La France a-t-elle, oui ou non, trop de fonctionnaires ?

Si l’on se réfère à sa population, la France compte 158 000 fonctionnaires de trop, hors contrats aidés. Le plus inquiétant reste cependant le taux de fonctionnarisation des agents.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La France a-t-elle, oui ou non, trop de fonctionnaires ?

Publié le 31 mars 2018
- A +

Par Claude Sicard.
Un article de Entrepreneurs pour la France

La France a trop de fonctionnaires, nous dit la rumeur publique, et cette affirmation est reçue comme un fait avéré. Aussi, dans le cadre des réformes qu’il entreprend de réaliser, le gouvernement aborde-t-il maintenant le difficile problème de la réduction du nombre des fonctionnaires. Emmanuel Macron avait annoncé le chiffre de 120 000 dans sa campagne électorale et François Fillon avait prévu un chiffre bien plus ambitieux, puisqu’il s’agissait de 500 000 postes à supprimer durant son quinquennat.

[related-post id=278424 mode=ModeLarge]

Comment évaluer le nombre véritable d’agents publics que la France a, ou aurait, en excès, et qui donc d’Emmanuel Macron ou de François Fillon a vu le plus juste ? Les économistes jugent toujours de l’importance des effectifs employés dans les services publics d’un pays en s’en rapportant à la population des actifs : ils nous disent qu’en France une personne sur cinq travaille dans le secteur public, contre une sur neuf en Allemagne, par exemple. La moyenne des pays de l’OCDE se situe à une personne sur six.

Population active ou population totale ?

Le rapport annuel de 2017 sur l’état de la fonction publique en France nous indique que les effectifs s’élèvent à 5 450 000 personnes, dont 2 398 000 dans la fonction publique d’État et 1889 000 dans la fonction publique territoriale. Avec les bénéficiaires d’un contrat aidé, on en est à 5 640 000 personnes.


On commet une grave erreur en voulant rapporter le chiffre des agents publics à ce que les statisticiens de l’Insee nomment la « population active ». Notre pays a, en effet, cette particularité curieuse d’avoir un taux de population active très inférieur à ce qu’il est dans les autres pays : 43,1 % seulement d’actifs, par rapport à la population totale du pays, contre 51,7 % pour l’Allemagne, 52,5 % pour les Pays-Bas, ou encore 53,1 % pour la Suède. La moyenne des pays de l’Union européenne se situe à 47,7 %.

Le taux français est une anomalie rare : prendre la population active comme référence, n’est donc pas la bonne méthode. Ce qu’il convient de faire, c’est de se référer à la population totale de ces pays, puisque les agents des services publics travaillent pour l’ensemble des habitants, et pas seulement pour la population dite active.

On découvre alors que la densité d’agents publics, comptée pour 1.000 habitants, varie considérablement d’un pays à l’autre. Les chiffres vont de 6 personnes pour 1000 habitants en Bulgarie, 58 en Espagne, 95 en Israël, 117 en Suède, à 168 en Norvège ! Avec 84 agents dans les services publics pour 1000 habitants, la France est au milieu du peloton : son chiffre est inférieur à celui de l’État d’Israël, un pays réputé pour son sens de l’efficacité.

Tendre vers 80 fonctionnaires pour 1000 habitants

Ces écarts tiennent essentiellement au niveau de développement économique des pays, et c’est une variable que l’on ne fait jamais intervenir : plus un pays est riche, plus il a la possibilité de dédier un nombre important d’agents à des tâches qu’il considère comme étant d’intérêt général. En effet, on s’aperçoit qu’il existe une assez bonne corrélation entre le PIB per capita des différents pays et le nombre de personnes employées dans la fonction publique pour 1000 habitants.

La corrélation entre la richesse et le nombre de fonctionnaires par habitant
L’auteur s’appuie sur un échantillon de 12 pays, en fonction des données disponibles sur les emplois publics.

Cette corrélation, en prenant le PIB/tête comme variable explicative, fait apparaître que la France se situe sensiblement au-dessus de la droite de régression. Selon cette corrélation, la France devrait en être à 79 emplois publics pour 1000 habitants. Ce ratio conduit, pour une population s’élevant à 66,9 millions d’habitants fin 2016, à un effectif « normal », en matière d’emplois publics, de 5 292 000 personnes.

L’excédent, ainsi évalué, serait donc de 348 000 personnes. En ne tenant pas compte des contrats aidés qui, normalement, devraient être supprimés, cet excédent ne serait plus que de 158 000 agents. Ason estimation de 120 000 agents, Emmanuel Macron se trouve légèrement en dessous de ce qu’il conviendrait de faire, pour autant qu’il supprime rapidement ces contrats aidés qui relèvent de l’aide sociale.

Quant aux 500 000 postes à supprimer qui figuraient dans la campagne électorale de François Fillon, on voit que le candidat de la droite manifestait la volonté de faire bien mieux que la moyenne des pays, s’alignant sur l’exemple de l’Allemagne ou des Pays-Bas, des pays particulièrement économes des deniers publics.

Notons que si l’on optait pour la méthode habituelle consistant à se référer aux effectifs de la population active des pays, il faudrait alors viser l’objectif de 4 766 000 personnes dans la fonction publique pour se situer dans la moyenne OCDE.

Recourir aux contractuels de droit privé

L’anomalie française, et il y en a effectivement une, se situe dans le taux extrêmement élevé de fonctionnarisation des agents de la fonction publique. On a, en effet, les chiffres suivants : France (81 %), Allemagne (30 %), Italie (15 %) et Suède (10 %).

Le taux français est exorbitant, et il frise l’absurde. Au Royaume-Uni, seuls quelques centaines de hauts fonctionnaires bénéficient d’un emploi à vie. En Suède, un effort considérable a été fait pour que la plus grande partie des agents de la fonction publique soit employée, à présent, selon des contrats semblables à ceux du secteur privé. Quant à la Suisse, elle se caractérise par le fait qu’en 2002, par référendum, le statut de fonctionnaire a, tout simplement, été aboli.

La réforme principale à laquelle il faut procéder, en France, consiste donc à réduire considérablement le nombre des agents bénéficiant d’un statut leur assurant un emploi à vie. Cela donnera aux responsables des services publics de la souplesse dans la gestion de leurs effectifs, et sera de nature à accroître très sensiblement la productivité de ces personnels. Il va donc s’agir de ne pas se tromper sur la nature des réformes à accomplir.

Sur le web

Voir les commentaires (22)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (22)
  • 1980 : 2 100 000 fonctionnaires
    2015 : 6 500 000 !

    • Ça c’est vrai mais ceux des années 1950/1980 devaient être plus doués (il n’y avait pas d’informatique perturbatrice)…
      Nos élus nous ont créé des couches supplémentaires, ON a ajouté les régions sans dégraisser les départements, il y a les fonctionnaires européens en plus de nos sénateurs et députés nationaux, et en ce moment ON nous re-ajoute les communautés de communes et les communautés d’agglomération… Il n’ont pas encore penser à créer des fonctionnaires pour guider les fonctionnaires (et peut-être aussi le public) dans les méandres de l’administration.

      • @JeanM-64
        Bonsoir,
        « Ça c’est vrai mais ceux des années 1950/1980 devaient être plus doués (il n’y avait pas d’informatique perturbatrice)…
        2100000 fonctionnaires en 1980, 6500000 en 2015, et 5450000 en 2017. Soit 2.5 à 3.5 fois plus qu’en 1980. L’informatique devait rendre le travail plus aisé, et supprimer des emplois. Cela n’a clairement pas été le cas dans fonction publique. En plus c’est devenu plus complexe.

  • curieuse approche…. la suisse a aboli le statut de fonctionnaire…on voit donc l’artificialité du concept..
    le sujet est la part de l’économie contrôlée directement par l’etat. ou la liberté économique et donc la fiscalité dédiée me semble t il…

    • l’emploi à vie est un sujet en lui même…et une fondamentale absurdité.. parler d’emploi…en éludant la question du salaire est une pirouette c’est comme parler de l’age de la retraite sans parler du montant des pensions..

  • trop de fonctionnaires , oui , dont beaucoup ne sont pas vraiment utiles ;

    • Pas nécessairement de trop, mais trop spécialisé et non remplaçable celui de l’état-civil ne peux pas s’occuper du commité de fêtes ou de la bibliothèque…
      Pour taper un courrier il faut trois fonctionnaires chacun étant responsable d’une ligne de touches du clavier (1 de A à P, 2 de Q à M, 3 W à N et seul de chef de bureau s’occupe des lettres accentuées)… Et, comme les 3 mousquetaires, ils étaient 4 !

  • Budget de l’éducation nationale : 50 Mds € / an ; Que des salaires et pour quel résultat !
    Budget de la défense : 30 Mds € / an ; et ils payent leurs personnels, partent en opex, s’achètent des bateaux, des avions, des voitures, de camions, des armes, payent leurs locaux, etc . . .
    Le taux de fonctionnarisation n’est pas tant un problème, comme le souligne l’article. C’est d’abord de sa bonne utilisation dont il est question.

  • « L’anomalie française, et il y en a effectivement une, se situe dans le taux extrêmement élevé de fonctionnarisation des agents de la fonction publique. On a, en effet, les chiffres suivants : France (81 %), Allemagne (30 %), Italie (15 %) et Suède (10 %). » Tout est dit.
    Le premier poste budgétaire de la France est la Dette, dont la première cause est les retraites des fonctionnaires. La SNCF n’est que la partie émergée, car elle cumule aussi une gestion industrielle catastrophique, et la Gangrène CGT-iste

    • « La SNCF…, cumule aussi une gestion industrielle catastrophique… » Peut-être aussi parce que les investissements étaient pilotés par le clientélisme des élus voulant leur gare de TGV !
      Il faut instituer une retraite par points pour tous avec un minimum de cotisation et permettre d’acheter des points supplémentaires pour ceux qui désirent investir dans leur retraite futur avec un régime unique pour TOUS.
      Le problème de la fonction publique c’est qu’il y a jamais de remise en cause… Chauffeur de TGV tu ne peux pas devenir contrôleur ou guichetier si tu ne peux plus (ou ne veux plus) assurer la conduite, professeur de littérature (ou autre spé) devenir informaticien ou responsable administratif si l’on ne veux ou ne peux plus enseigner…
      Dans le privé, Chef de Projet et Ingénieur Système j’ai terminé ma carrière comme simple programmeur avec 30% de perte de salaire mais un boulot ! C’est inconcevable pour un fonctionnaire.
      Pour les syndicats, les CGT (CGT et FO) ont 70% de leurs adhérents dans la fonction publique, n’ont qu’une manière de « discuter » c’est la grève donc enm…rder le public, en oubliant qu’ils sont en principe au service du public…

      • Non je n’en veux pas de votre truc pour TOUS ! Le marché peut très bien s’occuper des retraites ! Je suis LIBRE de choisir mon système !

    • en fait…si la mission de « service publique » était démocratiquement acceptée ,le budget voté..et en gros le bazar payé à crédit ..que ce soit des fonctionnaires qui « fassent » le boulot serait anecdotique.

  • A mettre en relation avec une autre anomalie française : le nombre d’élus par habitant (1 pour 100 rien que ça) bien plus que tous les pays modernes (par exemple à l’autre bout de l’échelle l’Irlande compte un élu pour 2336 hab.). Tous ces élus bedonnant et redondant représentent une ardoise de 1,2 Mlds par an selon le député Dosière.
    Bref si on veut bien faire le boulot il faut supprimer des fonctionnaires mais il faut aussi supprimer des élus (moins d’élus mais avec plus de pouvoirs).

  • Deux remaques:
    1. le fait que la poplation active soit plus faible en France qu’ailleurs montre bien que ce pays est un pays de fainéants, de personnes incapables de générer en valeur ajoutée le niveau du SMIC, et de retraités trop tôt (SNCF, EDF, et autres privilégiés), etc.
    2. quant on connait la productivité des agents des back office et de la territoriale, on peut affirmer sans risque de se tromper de beaucoup qu’on pourrait supprimer pas loin d’un agent sur deux.

    Un calabrais membre de la mafia locale disait « les hauts fonctionnaires français ont réussi à rançonner tout leur pays, dans la légalité; à coté d’eux, nous ne sommes que de petits amateurs! »

    • J’ajoute à vos remarque que l’anomalie qui rend la fonction publique totalement nuisible aux intérêts du pays est que ces fonctionnaires pléthoriques sont ELIGIBLES…..Ce qui fait que 90% du personnel politique est fonctionnaire….
      La principale mesure d’assainissement devrait étre de rendre le fonctionnaire inéligible, du garde champêtre au haut fonctionnaire de Bercy…La deuxième serait de réduire le nombre de postes électifs, le président de la république: exit….100 députés, 100 sénateurs maxi, 10 conseillés départementaux, 1 régional par département….

  • le calcul rapporté à la population totale est discutable car dans les inactifs il y a beaucoup de retraités et le taux retraités sur actifs est plus élevé dans la fonction publique, ce qui dégrade la position française

  • La question n’est pas d’être sur le droite de régression, que l’on devrait aussi appeler gauche, mais de pouvoir payer ces gens là.
    Or ils sont impayables avec un état à 60% du PIB, une dette à 100% du PIB sinon 500%.

  • Peut-être le nombre de fonctionnaires n’est pas ce qui est important. Ne pourrait-on pas plutôt évaluer ce que les citoyens, ou plus exactement les contribuables, acceptent de considérer comme missions nécessaires de service public puis de fixer des objectifs à cinq ans et de ne nommer dans cette limite basse le nombre de fonctionnaires indispensables, complétés par des salariés de droit commun.

  • Je pense que la bonne approche n’est pas la comparaison par rapport aux populations quelles qu’elles soient, mais comme dans le secteur privé une comparaison des services rendus, services par service.
    Et la on sait qu’à service égal rendu, les fonctionnaires sont très en retard sur le secteur privé, que l’état est un mauvais employeur (dans le sens par efficace économiquement) et un mauvais acheteur.
    Bref la solution est comme en Suisse de supprimer le statut de fonctionnaire, et de privatiser un grand nombre de sujets qui n’ont pas à être pilote par l’état, c’est-à-dire par des hommes politiques plutôt corrompus par l’agent ou par les intérêts électoralistes.
    Dans computer qu’avec les lois sur le cumul, les ressources des élus ont fortement diminue provoquant des départs nombreux verts le privé. Qui les remplacera ? Des incompétents ou des corrompus.
    Bon we

  • Comparer le nombre des fonctionnaires au nombre des actifs est parfaitement légitime: ce sont les actifs qui payent les fonctionnaires. C’est donc aussi un indice sur les charges qui pèsent sur le privé (salariés et entreprises). Vouloir comparer a la population sous prétexte que ça place mieux la france est tout simplement un écran de fumée, d’autant plus que les fonctionnaires sont aussi comptabilisés dans le nombre d’habitants.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Bruno Le Maire a tout à fait raison de refuser l’indexation des salaires sur l’inflation. Le problème est de savoir s’il sera entendu par le gouvernement.

 

Un peu d'histoire récente

Afin de démontrer la nocivité de l’indexation des salaires sur l’inflation, il suffit de faire un retour aux années 1960-1980. En voici les conséquences.

En 1967, l’inflation en France était maîtrisée à 2,7 % mais a commencé à déraper l’année suivante pour atteindre 13,7 % en 1974.

Que s’est donc-t-il passé ?

Tout d’abord, ... Poursuivre la lecture

Par Nathalie MP. 

Après « Qu’est-ce que vous faites du pognon ? » dont la réponse est toute l’histoire de la France championne du monde des taxes et des dépenses publiques, autre question mystérieuse : « D’où vient l’argent ? » Là, je risque de décevoir : l’argent compris comme la richesse réelle ne pousse pas sur les arbres… Mais où, alors ?

Vous vous souvenez certainement de Jacline Mouraud. En novembre dernier, elle allumait la révolte fiscale des Gilets jaunes en lançant à Emmanuel Macron sa désormais célèbre – et judicieuse... Poursuivre la lecture

Par Ryan Bourne.

 

Cinquante jours seulement après avoir perdu contre Liz Truss lors d'une élection à la direction du parti conservateur, Rishi Sunak se retrouve tout de même Premier ministre du Royaume-Uni.

Le Parti conservateur avait initialement rejeté Sunak en raison de ses politiques fiscales en tant que chancelier de l'Échiquier et du rôle qu'il aurait joué dans la chute de l'ancien Premier ministre Boris Johnson. Mais après la tourmente financière qui a suivi le "mini-budget" de Truss, les députés conservateur... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles