L’énarchie, de Jacques Mandrin

Dans un pamphlet politique vieux de 50 ans, Jacques Mandrin, alias Jean-Pierre Chevènement, dénonçait les travers de l’ENA, cette école de la haute administration qui est au cœur du pouvoir en France. Il n’a pas pris une ride.

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L’énarchie, de Jacques Mandrin

Publié le 9 juin 2017
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Par Francis Richard.

Cinquante ans ont passé depuis qu’un pamphlet sur L’énarchie, signé d’un certain Jacques Mandrin était publié. C’était le numéro 5 de la collection des Brûlots – La Table Ronde de combat, dirigée par Philippe Tesson.

Derrière ce pseudo de Mandrin se cachait Jean-Pierre Chevènement, énarque de la promotion Stendhal… Un homme du sérail donc, un pur républicain, qui reprochait à l’École Nationale d’Administration de servir l’État bourgeois…

Lui aurait aimé que l’Administration française soit au service d’une politique socialiste, c’est-à-dire que cette politique soit servie par des hommes libres de toute allégeance particulière, sous-entendu d’allégeance au néo-capitalisme.

Au service de l’État-providence

En fait les énarques sont aujourd’hui au service de l’État-providence, dont ils se sont réjouis de la croissance (qui leur donne de l’importance), et au service du capitalisme de connivence, qui en retire des privilèges fort appréciables.

Le ton du livre était bien celui d’un pamphlet et le style était on ne peut plus percutant. Ce qui ne laisse pas de ravir l’esprit, même encore aujourd’hui. Il décrit par exemple un de ses condisciples en ces termes peu avenants : « Dans l’entrebâillement de deux vestons attentifs, je reconnais Adraste, autrefois répandu dans les clubs où les fonctionnaires gauchissent leur conscience…»

Alors que le bandit Louis Mandrin s’attaquait à l’administration fiscale de son temps, Jacques Mandrin prend la défense de l’administration en son entier et dit, en somme, qu’elle mérite mieux que les produits qui sortent de la fabrique à commis.

Le visage quotidien du pouvoir

Il faut dire qu’à considérer les quatre spécimens qui aujourd’hui font partie du pouvoir exécutif il est difficile de lui donner tort un demi-siècle plus tard : « C’est l’Énarque qui représente maintenant dans notre pays le visage quotidien du pouvoir ».

Nous avons en effet à la tête de l’État deux énarques : le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe. Et deux ministres sur dix-huit, petite proportion il est vrai, en les personnes de Sylvie Goulard et de Bruno Le Maire.

Jacques Mandrin disait :  « L’énarchisant est […] presque toujours un étudiant ou un sous-étudiant des Sciences Po » . Les quatre personnages sus-nommés sont sans surprise d’anciens élèves de l’Institut d’Études Politiques de Paris.

Jacques Mandrin observait : Comme autrefois le latin dans l’enseignement secondaire, l’agilité verbale est ici devenue une fin en soi de l’enseignement parce qu’elle est un critère et un attribut social : le président Macron en a administré maintes fois la preuve, en creux…

Le plan en deux parties

Jacques Mandrin évoquait le plan en deux parties qui, à l’École, avait remplacé le plan en trois. Il l’avait qualifié de balancement circonspect : on en trouve encore la trace dans en même temps, l’expression de liaison chérie par le président Macron.

L’exposé d’un énarque respectait en fait trois temps : Lorsqu’on a fait la preuve de son libéralisme (ouverture), puis de sa lucidité (balancement), il ne reste plus qu’à établir un constat d’incertitude. Peut-être ne faut-il pas employer le passé…

Jacques Mandrin remarquait que l’énarchiste lit peu, sort peu. Et qu’en conséquence il ne peut pas trouver dans la culture un équilibre plus profond que celui, instable, que lui donne la vitesse plus ou moins grande de sa course…

Pourquoi s’étonner que le président Macron ait dit qu’il n’existait pas de culture française, que la Guyane était une île, que les Guadeloupéens étaient des expatriés ou encore que la colonisation en Algérie était un crime contre l’humanité ?

Là où, finalement, Jacques Mandrin s’était montré perspicace, c’était quand il avait fait ce plaidoyer pro domo et pro Macron :

Placé dans la familiarité du pouvoir, l’Énarque habile ou doué trouve parfois l’occasion de s’élever au-dessus de sa condition. Il entame une carrière politique.

 

L’énarchie – Ou les mandarins de la société bourgeoise, Jacques Mandrin, 174 pages La Table Ronde de Combat

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  • Une qualité nécessaire de l’énarque est de ne pas passer inaperçu si il veut « faire carrière en haut ».
    J.P.Chevènement aura tout fait pour se rendre inoubliable, même ressusciter!

  • Les commentaires sont fermés.

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