Bienvenue à Gattaca : le nouveau monde sanitaire

L’enlisement sans fin dans la crise sanitaire rappelle de plus en plus les dystopies comme Bienvenue à Gattaca.

Par Olivier Maurice.

Pourquoi ne pas continuer un chantage quand celui-ci a extrêmement bien fonctionné ? C’est la question que doit se poser le gouvernement devant le peu d’engouement des Français à se faire injecter une troisième dose de vaccin anti-covid : pourquoi ne pas refaire le coup du chantage à la peur, à la maintenant traditionnelle amende à 135 euros et à la privation de chocolat qui ont si bien marché jusqu’à présent ?

Pourquoi ne pas refaire le coup du passe sanitaire ?

Dépité par le manque d’enthousiasme des Français à courir avec joie et entrain se faire piquer une troisième fois, le Premier ministre réfléchirait « à la possibilité de conditionner le passe sanitaire à l’injection d’une dose de rappel », entendant par là que la réflexion se situe sans aucun doute au niveau de l’évaluation des contraintes à la fois techniques et légales de la mise en place d’un système qui devrait alors forcément reposer sur la fameuse « éligibilité » à la troisième dose, éligibilité signifiant en l’occurrence triage entre les populations décrétées fragiles et les autres.

Anticonstitutionnellement

Un casse-tête juridique à l’horizon, ce critère discriminatoire ayant déjà été retoqué précédemment. Mais à défaut d’efficacité dans d’autres domaines, ce gouvernement a prouvé sa fabuleuse capacité à faire avaler n’importe quoi au Parlement, au Conseil d’État, au Conseil constitutionnel et aux autres institutions supposées servir de contrepouvoir, où à défaut, de garde-fou et de conscience.

Donc pourquoi pas ?

Une bonne occasion de faire passer le sacro-saint bien commun avant ces nauséabondes libertés individuelles. Une bonne occasion de faire société, dans un monde rongé par l’individualisme, le consumérisme et le matérialisme !

Allons-y ! En route pour le Nouveau Monde !

Qu’importe si les signaux se font de plus en plus clairs sur la relativité de la capacité des vaccins à endiguer les rebonds épidémiques, que ce soit en Israël, en Angleterre ou plus récemment à Singapour qui, vacciné à 85 %, a vu le flux d’infectés multiplié par dix en un mois, ainsi que malheureusement la même augmentation pour le nombre de décès.

Qu’importe s’il est maintenant clairement établi que la vaccination n’empêche nullement la transmission du virus. Qu’importe s’il est clair que le passe sanitaire permet aussi à des porteurs de se mêler à la population en toute impunité.

Qu’importe s’il faut surtout chercher parmi les populations les plus à risques, en particulier les plus âgés, les réfractaires au vaccin…

Qu’importe tout cela, en Absurdistan, nous ne sommes pas à une absurdité près, Surtout venant d’une équipe gouvernementale qui a largement perdu en crédibilité et de la part de qui une absurdité de plus n’apparaît nullement comme une surprise.

La République des médiocres

Mais s’il n’y avait que le gouvernement…

Avec un peu de recul, toute cette période depuis un an et demi ressemble à une immense fête débridée à laquelle se livreraient tout ce que ce pays compte d’esprits misérables et retors : pseudo-experts des réseaux sociaux, auditeurs anonymes auxquels on donne la parole, pseudo-spécialistes, adeptes du zèle réglementaire…

Toute cette dérive vers l’absurde semble coïncider avec une espèce de conjonction de planètes qui a fait se rencontrer les agendas les plus divergents dans une soupe boueuse de bas instincts et de mauvaise foi totale.

La peur, la jalousie, l’égoïsme, la mégalomanie, l’autoritarisme, la dénonciation, le manque de respect, la haine ont rempli nos quotidiens. Toutes les digues morales semblent bien avoir lâché en même temps.

Le tout bien arrosé de sophismes visqueux reconvertis en leçons de morale.

L’hypocondriaque est devenu médecin-chef.

L’aumône, la taxe et la dette forment désormais la Sainte Trinité économique qu’il convient de révérer et de louer à chacune de ses apparitions.

Les punitions avilissantes, les sévices fiscaux et les sermons infantilisants se succèdent et s’empilent les uns après les autres pour former un gigantesque mille-feuilles d’états d’urgence permanents et de mesures d’exception normales et ordinaires.

Toute la raison, la morale et l’esprit critique, toutes ces Lumières dont ce pays se targuait d’être le berceau ont fait place à la médiocrité des petits calculs et des petits arrangements.

Il ne reste plus aucune place au doute, seules demeurent les certitudes et leur lot de haine et de violence.

La liberté qu’il faut craindre

Nul besoin de grand remplacement pour détruire le pays. Celui-ci compte suffisamment de volontés obnubilées par la perspective de l’effacement de la liberté individuelle et surtout de son corollaire, la responsabilité, pour s’autodétruire tout seul dans la joie et l’allégresse.

Bienvenue dans un monde d’irresponsabilité, où l’État bienveillant et tout-puissant permettra aux heureux élus de jouir dans l’abondance saine et écoresponsable, et dans la plus totale insouciance.

La liberté selon Saint Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon : jouir du progrès bienveillant et infini.

La liberté selon Saint Jean-Jacques Rousseau : jouir sans entrave, sans avoir à craindre le regard des autres.

La liberté selon Saint Donatien Alphonse François de Sade : assumer pleinement que la nature humaine peut être irrémédiablement mauvaise et corrompue lorsqu’on la laisse jouir sans entrave…

La liberté selon Saint Joseph de Maistre : la liberté ? Un péché qu’il faut expier, parce que la nature humaine est irrémédiablement mauvaise et corrompue.

Ou encore, la liberté selon Emmanuel Macron : une liberté qui impliquerait des devoirs, parce que sans devoirs, la liberté n’est que libre cours à l’individualisme, à la nature humaine et à ses débordements.

La route vers la servitude

Non, la liberté n’implique pas des devoirs, la liberté implique des responsabilités.

La liberté n’est nullement conditionnée au jugement et à la contrainte morale dictée par une grande autorité régulatrice qui en fixerait les règles, en contrepartie de quoi chacun pourrait vivre dans une bulle où tout comportement moral ou immoral, vice ou vertu, paix ou violence, serait permis et protégé à condition qu’il ne dépasse pas les bornes et qu’il s’acquitte de ses devoirs envers la communauté… ou qu’il ne se fasse pas prendre.

Dans le temps, les devoirs envers l’État, envers la société, envers la communauté… ça s’appelaient la taille et la corvée.

Non, l’argument altruiste de devoir être vaccinés pour protéger les autres n’a aucun sens moral.

Surtout si la principale justification est celle d’obtenir ainsi le privilège de pouvoir jouir d’un bon repas entre amis à la terrasse d’un restaurant en toute sérénité.

Surtout si le principal argument est de retrouver une vie sociale qui a été justement restreinte par la peur des autres. Une vie sociale basée sur la peur des autres…

Avoir peur des autres n’est pas un argument moral. C’est compréhensible, c’est audible, mais cela reste un critère personnel pour lequel il est fondamentalement immoral d’en imputer la responsabilité aux autres plutôt qu’à soi-même.

Si vous avez peur des autres, cela ne relève pas de leur responsabilité mais bien de la vôtre.

Surtout, si vous avez peur des autres, ce n’est clairement pas l’État qui vous protégera, et ce pour une raison toute simple : parce que l’État, la société, la communauté : c’est les autres !

Bienvenue à Gattaca

Étape après étape, marche après marche, le pays s’enfonce de plus en plus loin dans la dystopie d’un monde schizophrénique : d’un côté, la promesse d’une issue libératrice et d’un Eden de sécurité et d’abondance, de l’autre côté, la réalité des petits arrangements avec les principes moraux et les destructions que ces écarts engendrent tout autour d’eux.

Il y a les personnels de santé mis au placard ou à la rue. Il y a les hausses de suicides chez les adolescents, l’augmentation des violences conjugales, des violences quotidiennes. Il y a l’augmentation des taxes. Il y a la haine entre pros et anti. Il y a l’inflation. Il y a les mesures inflationnistes pour faire oublier l’inflation…

Il y a cette escalade sans fin de mesures liberticides qui échouent toutes les unes après les autres, appelant alors d’autres mesures encore plus liberticides…

Bienvenue en 2022 : le soleil nous éclaire de ses beaux rayons verts et le maitre vous protège de son haut château. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Post-scriptum

Pour en revenir au passe sanitaire, à la troisième dose et au vaccin, il ne faut pas perdre de vue que des personnes ont travaillé d’arrachepied, nuit et jour pour délivrer les vaccins, vaccins qui sont d’incroyables outils qu’il conviendra à chacun de considérer selon ses propres critères.

Tous ces chercheurs, ces scientifiques, ces médecins, ces microbiologistes et tous les autres qui ont permis de fournir à la Terre entière une solution en un temps record et à un prix largement abordable… toutes ces personnes, ces hommes et ces femmes… ne sont nullement responsables de la médiocrité et de la malhonnêteté chronique affichées par ceux qui se drapent de vertu en faisant l’apologie d’un produit auquel ils ne comprennent absolument rien, dans le seul but de pousser leur petit agenda personnel et d’exhiber ce qu’ils considèrent être leur supériorité morale.

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