Le nouvel autoritarisme sanitaire

Ce que l’on peut voir de totalitaire, ou non, dans nos confinements.

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Hannah Arendt by bswise (creative commons) (CC BY-SA 2.0)

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Le nouvel autoritarisme sanitaire

Publié le 27 avril 2021
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Par Albert Scott.

Profitons de ce deuxième confinement et demi (non pas qu’il s’agisse d’un demi-confinement, mais bien plutôt qu’il n’y a pas vraiment eu de déconfinement le séparant de celui d’automne) pour réfléchir à la nature du phénomène politique que nous vivons.

La tâche est difficile, puisqu’il est sans précédent. Certes, il y a déjà eu quelques quarantaines (inutiles, d’ailleurs) ici et là lors de pandémies pour la plupart bien plus terrifiantes, mais il ne s’agissait tout au plus que de quelques villes et de leurs environs, jamais de pays entiers.

Il ne s’agit pas d’un geste médical collectif anodin, comme un médicament désagréable à avaler que seul un caprice enfantin pourrait nous faire refuser. De telles politiques sont absolument nouvelles, alors que les pandémies sont relativement banales ; les plus de 65 ans connaissent déjà au moins leur quatrième pandémie ayant atteint ou dépassé le million de morts.

Il s’agit donc, au mieux, d’une incroyable innovation politico-sanitaire. Ou tout du moins, ça en aurait été une s’il s’était agi du fruit de nouvelles découvertes scientifiques, ainsi que d’une délibération politique raisonnable accompagnée de réflexion éthique rigoureuse pour décider de son application. Ça n’a pas été le cas.

Rappelons que quel que soit l’état de la recherche et de l’opinion populaire actuelle sur le bien-fondé du confinement, à la veille de la pandémie, le consensus scientifique (page 9) était que les quarantaines sont à éviter en toutes circonstances.

Et même si de solides éléments scientifiques étaient venus recommander les quarantaines nationales, il ne se serait pas pour autant agi d’une évidence politique. Il y a peu de temps auparavant, l’usage de la coercition n’était toléré pour des raisons médicales que dans des cas rares et très encadrés – lorsqu’un malade perd son autonomie, et qu’il devient dangereux pour lui-même et pour les autres. Autoriser aujourd’hui une coercition massive pour des raisons médicales, sur des non-malades, ne coule aucunement de source.

Si ce n’est la lumière de la science (à ne pas confondre avec le bruit de bonshommes en blouse blanche à la télé) qui est à l’origine du mouvement mondial auquel nous faisons face, c’est que celui-ci est d’abord bel et bien de nature politique. C’est de cette façon qu’il a déjà tenté d’être compris par ceux qui lui ont cherché des antécédents du côté du totalitarisme du siècle dernier. On a vu fleurir des citations (souvent approximatives) de Orwell, qui semblaient toutes merveilleusement décrire notre quotidien.

Mais si Orwell est un auteur brillant, qui a su dresser un portrait-type des sociétés totalitaires, il n’est pas forcément celui qui a le plus fait attention à leurs subtilités et leurs mécanismes plus profonds. Pour tout cela, un détour par Hannah Arendt et son monumental Les Origines du Totalitarisme s’impose. Je vous propose donc ici quelques considérations, en vrac, sur ce que l’on peut voir de totalitaire, ou non, au sens de Arendt dans nos confinements.

Commençons par rappeler qu’un totalitarisme n’est pas un simple autoritarisme classique, mais un contrôle étroit de chaque aspect de la vie des individus par une bureaucratie devenue omniprésente. Sous ce rapport, nos « khmers blancs » semblent être les plus purs des totalitaristes. Les lieux où vous avez le droit de vous rendre, les heures auxquelles vous avez le droit de sortir, les motifs sous lesquels vous pouvez rendre visite à vos proches, etc.

Plus rien de tout ceci n’échappe aux autorités. Qu’il nous manque le leader et l’abolition formelle des institutions démocratiques pourrait être vu comme une atténuation de ce caractère totalitaire – ou bien au contraire, on pourrait juger que nous vivons un totalitarisme plus pur que l’ancien, qui était mêlé d’un vulgaire autoritarisme traditionnel.

Remarquons tout de même que ces deux traits, le mépris pour les institutions et le culte du chef, ne sont pas complètement absents. En France, nous avons vu la plupart des décisions prises discrétionnairement par le conseil de défense et le conseil scientifique, contournant ainsi le gouvernement et le Parlement.

De plus, en France comme ailleurs, il semblerait que les dirigeants voient leur popularité augmenter lors des périodes de contraintes les plus dures. En Argentine, après six mois de confinement, le président a vu son approbation s’élever à plus de 85 %. Mais Arendt, à l’affût des discontinuités et des changements qualitatifs dans l’histoire, ne nous permettrait sans doute pas d’identifier de tels traits comme semi-totalitaires.

D’autres caractéristiques totalitaristes peuvent toutefois nous frapper aujourd’hui. En premier lieu, pour Arendt, à la racine du totalitarisme, se trouvent l’isolement et la désolation, c’est-à-dire, non seulement être coupé des autres, mais aussi de soi-même et de se vivre comme « superflu » (c’est le mot de Arendt, nous dirions plutôt aujourd’hui « non-essentiel »).

Toutes les tyrannies, nous dit-elle, fleurissent sur le terreau de l’isolement, et s’assurent d’entretenir celui-ci. Mais la désolation permet une domination bien plus grande des hommes, puisque c’est la totalité de leur vie, et pas seulement leur rapport avec les autres, qui tombe sous les griffes du régime totalitaire.

La forme de la propagande et de l’idéologie totalitaires telles que décrite par Arendt aussi mérite notre attention.

Une fois le régime au pouvoir, nous dit-elle, il n’est plus nécessaire de chercher à convaincre qui que ce soit. Il s’agit seulement de donner, non, décider des faits et de présenter la communication du parti comme ni plus ni moins que de la science. Mais d’une science pervertie, tout entièrement tournée vers la prédiction du futur, plutôt que vers l’explication du passé.

D’une fausse science irréfutable, qui quoi qu’il advienne y verra une confirmation de ses prophéties. Nous le savons tous aujourd’hui : de toute évidence, même lorsqu’il y a beaucoup de morts lors d’un confinement, c’est bien la preuve qu’il y en aurait eu encore davantage sans lui, et lorsqu’il y en a peu sans confinement, c’est qu’il aurait pu ne pas y en avoir du tout.

Pour le vérifier, inutile de comparer les résultats des pays ayant confiné ou non. D’ailleurs, mieux vaut éviter de le faire : certains s’y sont risqués et n’ont pas tous eu le bonheur de confirmer le bien-fondé des diktats de nos médecins-commissaires.

Mais il ne faut pas pour autant négliger les différences importantes entre ce nouvel autoritarisme sanitaire et le totalitarisme ancien.

L’apparent maintien du multipartisme et des institutions est une première différence visible, le relativement faible usage de la répression violente en est une autre. Il y a bien quelques cas de passage à tabac par des policiers pour non port du masque, et une impressionnante charge de cavalerie dans une foule en Belgique, mais comparé au volume des normes qui nous sont imposées, la faiblesse de la violence pour les faire respecter est étonnante.

Elle l’est d’autant plus que pour Arendt, la violence et la cruauté visible sont un trait essentiel du totalitarisme, qui a aucun moment ne cache son intention de causer des atrocités. Cette brutalité en vient à être vue comme désirable par un peuple devenu nihiliste et apathique. Aujourd’hui au contraire, c’est la plus grande des mièvreries, dégoulinante de moraline, qui vient justifier l’enfermement.

La cruauté de celui-ci, le sort des millions de personnes qui sombrent dans la pauvreté, les tentatives de suicide d’enfants, etc. tout ceci est tout simplement oublié. Y penser et envisager de le prendre en compte revient à insulter les soignants. Ce mal n’est pas désiré… Mais il n’est même pas accepté non plus, comme on aurait pu le faire s’il s’était agi d’un calcul politique d’un genre habituel.

Une autre différence, je ne sais pas si elle est plus subtile, mais il faut Arendt pour la voir, est que le totalitarisme est essentiellement un mouvement. Il est une masse atomisé, privée de structure, et mise en mouvement par un chef. Il serait étonnant de voir comme un mouvement ce qui consiste justement à immobiliser autant que possible chaque personne. De plus, ce mouvement se présentait comme éternel, et destiné à durer des siècles.

Aujourd’hui au contraire, on semble, depuis plus d’un an déjà (et je t’imagine ricaner, lecteur égaré de 2022), persuadé de n’en avoir plus que pour quelques semaines. Peut-être s’agit-il en fait du plus parfait inverse du totalitarisme arendtien. Mais peut-être aussi s’agit-il d’un mouvement analogue à celui de la reine rouge de Lewis Carroll, mais à l’envers.

Celle-ci court pour rester au même endroit, parce que dans un monde en constante évolution, c’est la seule façon de rester au même endroit. Cette immobilité, toujours provisoire, est peut-être justement ce que l’on a pressenti comme la façon la plus radicale d’imprimer un changement à la société. Pour le meilleur… ou pas.

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  • voui à ceci près que je n’admets pas la qualification de « sanitaire ».. ce n’est pas non plus scientifique..
    c’est juste macron qui se prend pour le sauveur..et c’est dans la droite ligne de toues les décisions de la démocratie représentative..
    surtout quand on a une constitution semi libérale comme la notre, le gouvernement n’a pas à la violer il lui suffit de déclarer une situation exceptionnelle assimilable à une guerre..

  • Ils sont devenu fous.. On ne discute pas avec un fou, il est dans sa logique.

    • Le monde est devenu fou. Ceux qui surfent sur cette vague ne sont pas tous forcément fous mais d’autant plus stupides.

  • tout ce que je vois , tout ce que je ressent , c’est une dictature via un état malsain et sournois sous couvert  » de vouloir sauver les gens  » ;

  • Personnellement, je ne vois pas une grande différence entre les dérives socialistes, sanitaires, genristes ou antiracistes et écologistes.

    Le nombrilisme confinant à l’utopie et à la négation du réel nous entraînent dans des politiques absurdes et contre-productives qui bafouent le respect des individus jusqu’au valeurs humaines les plus sacrées. On n’est encore qu’à mi-chemin mais dans une fuite en avant évidente – sauf pour ceux qui défendent leur idées fixes « progressistes » personnelles aux dépends de celles des autres et cherchent même à les museler.

  • Merci pour cet excellent article dont je partage l’essentiel.
    J’ai quand même une question qui me taraude depuis un an, quel est l’objectif final de cette politique?
    Je n’arrive pas à discerner la moindre malice dans notre pouvoir politique, j’ai plutôt l’impression d’une incompétence ayant conduit à la panique et pas seulement sur le sujet de la santé.
    Pour ce qui est du monde médical, il y a bien-sûr des médecins qui sont devenus célèbres grâce au Covid et qui gagnent mieux leur vie en étant consultant TV que dans leur cabinet.
    Il y a aussi des conflits d’intérêt chez certains d’entre eux mais pourquoi n’entend on pas l’immense majorité du corps médical qui ne peut quand même pas cautionner une telle politique sanitaire ?
    On devrait d’ailleurs dire anti Covid et non pas sanitaire car la santé ne se résume pas à la lutte anti Covid.
    Et puis, il y a nous, les citoyens et j’avoue que je ne suis pas épaté par notre intelligence collective.
    Dès que je croise une personne, elle fait un pas de coté pour garder ses distances puis me pose l’inévitable question « es tu vacciné ? »
    La majorité admet que tout ce qui a été fait depuis plus d’un an l’a été pour notre bien et quand j’émets quelque réserve, je vois bien que je ne fais qu’entretenir ma réputation de râleur patenté.
    Nous sommes devenus une société complètement abrutie par les médias qui organisent des faux débats qui s’inspirent davantage des « Marseillais à Dubaï » que de « l’heure de vérité »
    Nous sommes réduits à une simple fonction de consommateur à qui on peut tout vendre, les masques en extérieur, le vaccin, le pass sanitaire, la croissance verte qui va miraculeusement nous propulser au rang de champion économique…
    On peut déjà imaginer le scénario des prochaines semaines, Macron va lâcher un peu de lest pour nous récompenser de nos efforts et nous serons contents comme un enfant à qui on levé sa punition.
    Avec la complaisance de certains médias, il entretient le mythe de celui qui résiste face à une administration inhumaine et pour l’instant ça marche.
    Pour terminer, je ne citerai pas Hannah Arendt mais Gustave Parking « il ne faut pas oublier que la majorité des Français est plus con que la moyenne »

    • Complètement d’accord avec vous. Moi aussi je suis « la râleuse qui n’aurait pas mieux fait ». La majorité des gens se croient encore en mars 2020…
      Je ne supporte plus tous ces mensonges, toute cette stupidité, je déprime. Heureusement que mes collègues de boulot pensent comme moi, et que je ne suis pas suicidaire.

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