Pandémie : quelle place pour la liberté individuelle ?

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OPINION : bien que les restrictions sanitaires adoptées par différents gouvernements constituent une science inexacte, ces restrictions étaient nécessaires et dans plusieurs cas sont arrivées trop tard.

Par Le Minarchiste.

Étant donné son échec à contrer la pandémie, le gouvernement n’a eu d’autre choix que d’adopter des mesures sanitaires liberticides. Les cas les plus extrêmes sont certes survenus en Chine, où nous avons vu les autorités souder les portes d’immeubles résidentiels pour emprisonner leurs occupants. Il faut réaliser que dans un système communiste, le tout vaut vraiment davantage que la somme des parties…

Pandémie : mesures nécessaires et tardives en Occident, contestées par certains

Dans les pays occidentaux, des règles plus humaines ont été adoptées trop tard pour réduire le rythme de propagation. Mais encore une fois, une grave erreur a été commise initialement, en affirmant que le port du masque n’était d’aucune utilité. Cette directive initiale visait sans doute à prévenir une ruée sur ces équipements, de manière à en réserver la disponibilité aux personnels de santé.

On craignait aussi que les gens les utilisent mal et que le masque donne à la population un faux sentiment de sécurité, aboutissant à un comportement moins prudent. Des préoccupations certes légitimes, mais qui ont grandement miné la crédibilité des autorités sanitaires suite à la volte-face subséquente.

Une fois qu’il a été clair que le secteur privé pouvait fournir amplement de masques en tissu à la population, les gouvernements ont corrigé le tir et ont non seulement encouragé le port du masque, mais l’ont en plus imposé dans les lieux publics. Il s’avère que le masque permet de freiner la grande majorité des micro-gouttelettes qui transportent le virus et permet donc de protéger les gens autour de nous au cas où nous serions infectés. Plusieurs études ont d’ailleurs démontré l’efficacité de cette mesure (voir ceci et ceci).

Encore une fois, si le gouvernement avait planifié au départ, il aurait été moins pris au dépourvu sur la question du masque et n’aurait pas commis cette erreur.

Par contre, cette directive nous a fait connaître une nouvelle sorte d’individus peu doués au niveau intellectuel : les anti-masques. Ces individus dont la fibre militante s’est soudainement réveillée se sont mis à croire d’innombrables sornettes du genre que les masques causent l’asphyxie, le cancer ou des moisissures dans les poumons.

Bien qu’il soit normal de poser des questions sur les justifications de telles mesures en cas de pandémie, ces personnes ont décidé d’ignorer tous les experts et de croire à des stupides théories du complot (voir ceci).

Des mesures de confinement ont aussi été adoptées, variant d’une région à l’autre, soulevant énormément de protestation. Cependant, il faut réaliser que ces mesures sont très efficaces à ralentir le taux de propagation. De nombreuses études l’ont d’ailleurs démontré, dont celle-ci récemment publiée dans Nature et que j’ai trouvé très bien faite.

Elle évalue l’impact des mesures sanitaires sur le taux de reproduction du virus (R) dans 56 pays. En combinant leurs analyses statistiques, les chercheurs ont attribué un score à chaque mesure. Ils concluent qu’il faut une combinaison de mesures pour obtenir un R de 1 ou inférieur à 1, mais que certaines sont plus efficaces que d’autres. (notez qu’un R=1 signifie que chaque personne infectée ne transmet le virus qu’à une seule autre personne)

La mesure la plus efficace est d’interdire les petits rassemblements, suivie de la fermeture des institutions d’enseignement et des restrictions frontalières. Puis, l’annulation des grands rassemblements et l’accès accru à des équipements de protection personnels (PPE) obtiennent aussi un score supérieur à 50 %. Le tableau suivant, tiré de l’étude, présente les scores pour chaque mesure.

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La Suède et la gestion de la pandémie, un exemple, vraiment ?

Certaines personnes ont montré l’exemple de la Suède comme étant la preuve que le confinement n’était pas nécessaire. La Suède a permis aux écoles, bars, restaurants et salles de spectacle de demeurer opérationnels sous certaines conditions. La distanciation sociale a été encouragée, incluant le travail à la maison, et il été d’éviter les transports en commun. Les rassemblements de plus de 50 personnes ont aussi été interditss. Le port du masque n’est pas obligatoire, excepté dans les établissements de santé.

Pourtant, cette analyse des données démontre qu’en Suède, l’absence de confinement aurait causé 1200 morts de plus lors de la première vague. Un confinement aurait réduit le nombre de mort de 33 %. Par contre, le bilan aurait pu être encore pire si la Suède n’avait pas au départ un bon système de santé avec suffisamment de capacité ; un luxe que nous n’avions pas au Québec.

Par ailleurs, l’objectif n’a jamais été d’atteindre l’immunité de groupe, un concept rejeté par la très grande majorité des scientifiques. D’ailleurs, moins de 10 % des Suédois ont développé des anticorps contre la Covid-19 selon une analyse de septembre dernier.

En revanche, les mesures sanitaires suédoises ont été gérées de manière à maintenir suffisamment de capacité dans les hôpitaux. Dans différents pays, cet objectif requièrt différents niveaux de restrictions en fonction de la population et de la capacité du système de santé. Les mesures suédoises n’auraient donc pas pu être appliquées par tous les pays.

Ce graphique montre le nombre de cas cumulatif par 100 000 habitants pour différents pays. On constate que la Suède n’est devancée que par les États-Unis, alors que ses voisins nordiques (Finlande, Danemark et Norvège) ont mieux fait que la plupart des pays. En Suède, le nombre de décès de la Covid par 100 000 habitants est le double du Canada, quatre fois plus élevé que le Danemark et huit fois plus élevé que la Norvège et la Finlande.

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En revanche, son économie n’a pas tellement mieux fait que ses voisins (voir tableau ci-bas). Le taux de chômage y est demeuré plus élevé que dans les autres pays nordiques.

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Avec leurs soins intensifs qui approchent de la pleine capacité, il fait maintenant consensus pour les experts que la stratégie suédoise contre la pandémie a échoué. D’ailleurs, la confiance de la population du pays envers les autorités sanitaires est en chute libre.

La Covid n’est pas une petite grippe

Un des éclaircissements qu’il est important de faire est que la covid est bien plus mortelle que la grippe saisonnière. Ce graphique intéressant montre la mortalité par groupe d’âge.

Au total, la Covid est 230 fois plus mortelle selon ces chiffres ajustés. La portion de droite montre la mortalité en Chine, soit 2,3 % lors de la vague initiale. Cependant, même si on prend la mortalité totale pour différents pays développés, on obtient les chiffres du second graphique ci-bas (prélevé sur le site John Hopkins University à la fin décembre 2020), soit entre 0,8 % et 3,5 %, comparativement à 0,1 % pour la grippe.

Les différences de taux de mortalité s’expliquent surtout par la démographie (les personnes âgées en établissement représentent la majorité des décès au Canada), des différences de méthodologie, la prévalence des tests et la performance du système de santé (l’impact principal pour l’Italie).

En pandémie, sacrifier un peu de sa liberté individuelle

S’il y a une restriction qui aurait dû être adoptée plus tôt, c’est bien celle de voyager hors de son pays. Initialement, les autorités, incluant l’OMS, ont cru que des restrictions sur les voyages étaient inefficaces à la lumière de la littérature scientifique existante (voir ceci).

Par contre, à la lecture du synopsis de ces nombreuses études, on constate vite qu’elles étaient inadéquates pour la Covid-19 car elles ne considéraient qu’une fermeture partielle des frontières, et dans certains cas avec une réduction de seulement 40 % des voyages.

Il apparaît aujourd’hui évident qu’une fermeture complète des frontières accompagnée d’une quarantaine obligatoire et sévère pour les ressortissants de retour au pays aurait pu aider à ralentir la progression initiale de la pandémie et aplatir la courbe. Tel qu’expliqué dans le documentaire discuté dans la première partie de cette série, ce sont les voyages qui transforment un virus en pandémie.

Pour les fêtes de fin d’année 2020, beaucoup de Canadiens ont voyagé vers des pays aux restrictions sont plus souples et sont revenus contaminés, un véritable gâchis. Plutôt que d’être simplement non-recommandés, ces voyages auraient dû être interdits. Le gouvernement a ensuite dû improviser en exigeant des tests et des quarantaines.

En somme, bien que les restrictions sanitaires adoptées par différents gouvernements constituent une science encore inexacte à ce point-ci, ces restrictions étaient nécessaires et dans plusieurs cas sont arrivées trop tard. Il est selon moi mal avisé de considérer ces mesures comme des atteintes aux libertés individuelles.

Au bout du compte, la plupart des libertariens concèdent que nous acceptons de sacrifier un peu de liberté individuelle pour vivre mieux en société, comme par exemple le Code la sécurité routière qui impose des restrictions. Il ne faut pas confondre une mesure qui facilite le vivre-ensemble avec une atteinte à la liberté individuelle, surtout que les mesures sanitaires sont temporaires.

De plus, on peut considérer qu’une personne qui ne respecte pas les règles impose un coût au reste de la société, non seulement en risquant d’infecter les autres, mais aussi en contribuant à surcharger la capacité des hôpitaux qui doivent alors consacrer davantage de ressources à cet effet. Ainsi, cette année des personnes mourront d’autres maladies comme le cancer car leur intervention chirurgicale aura été reportée par manque de personnel.

Cette situation est semblable à celle des vaccins. Le gouvernement ne contraint personne à être vacciné, mais la plupart des libertariens sont d’accord pour que les non-vaccinés ne puissent pas accéder à certains services publics car ils imposent un risque trop grand au reste de la société.

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