Été 2021 : le marcheur de l’Élysée relance son trek en Absurdistan !

Screenshot_2021-02-09 Interview du Président Emmanuel Macron sur TF1 - YouTube — Emmanuel Macron on Youtube,

Dès lors que ce gouvernement se met en tête de contrôler la vie des autres, il est inéluctable de le voir s’enferrer dans une bureaucratie tatillonne qui enfle à mesure qu’elle détruit les degrés de liberté des citoyens.

Par Nathalie MP Meyer.

Chance inouïe cette année, nous ne serons pas « limités » à nos propres choix de villégiatures. Nous ne serons pas laissés à l’épouvantable arbitraire de nos préférences. Grâce à Emmanuel Macron, voyagiste en chef de l’Élysée, nous voici tous à l’aube d’être propulsés sans possibilité de s’y soustraire dans le folklore indépassable de l’Absurdistan français dont on avait déjà pu savourer les incommensurables délices lors des précédentes périodes de restrictions anti-Covid.

Vous aviez aimé le contrôle des randonneurs par hélicoptère, le sketch sur les produits essentiels et non-essentiels ou la Grande Roue de Lille tournant à vide à l’époque des confinements ? Eh bien, je sens déjà que vous allez adorer le nouveau tour de manège bureaucratique qui se prépare.

En ce vendredi 23 juillet 2021 au petit matin, l’Assemblée nationale vient d’adopter en première lecture le projet de loi d’extension du pass sanitaire annoncé par Emmanuel Macron dans son Adresse au Français du 12 juillet. Non sans avoir provoqué d’abord l’agacement du gouvernement qui aurait bien voulu emballer l’affaire en deux temps trois mouvements. « Prenez votre temps, le virus, lui, n’attendra pas ! » s’est exclamé le rapporteur LREM de la loi en direction des députés d’opposition qui dénonçaient des débats menés dans une urgence préjudiciable à leur qualité. Toujours la menace, toujours la peur.

Pour ma part, bien que vaccinée deux fois et ravie de l’être, je suis opposée au pass sanitaire tel qu’il se dessine. J’y vois une dangereuse blessure portée aux droits fondamentaux des personnes ainsi que l’ouverture d’un précédent préoccupant, alors que la situation vaccinale de la France est loin d’être aussi tragique qu’on voudrait nous le faire croire. Au-delà de 55 ans, soit dans les tranches d’âge les plus à risque, la couverture est en excellente voie d’avancement.

C’est du reste assez étonnant quand on réécoute la première intervention publique du M. Vaccin nommé par le gouvernement lui-même pour assurer le bon déroulement de la campagne de vaccination. Le professeur Alain Fischer avait tout du premier sceptique vaccinal de France : pas de recul sur la sécurité et l’efficacité des vaccins, aucune information tangible hormis les communiqués de presse des fabricants, pas de données sur l’efficacité pour les personnes les plus à risque, pas de données non plus sur la limitation de la transmission du virus – voilà texto comment il nous a présenté l’affaire.

Vous aviez envie de vous faire vacciner, après cela ? Et maintenant, le gouvernement se plaint du manque d’empressement des Français et sort la manière forte en faisant retomber la faute sur ceux qui tiennent des discours allègrement qualifiés de complotistes alors qu’ils sont pour la plupart assez identiques à ceux que tenait son propre M. Vaccin.

C’était la première étape de notre voyage en Absurdistan. Les suivantes n’allaient pas tarder à suivre, à commencer par une logistique mal anticipée et mal goupillée qui a mis du temps à se normaliser. Le nouvel objectif de 50 millions de primo-vaccinés à la fin du mois d’août annoncé par le Premier ministre Jean Castex mercredi dernier représente un défi qui a moins à voir avec la plus ou moins bonne volonté des Français qu’avec la capacité du gouvernement à rendre cela possible sur le plan de l’intendance.

Mais pour en venir aux événements récents, figurez-vous par exemple que selon des informations rapportées en début de semaine par le journal l’Opinion, le Président LREM de l’Assemblée nationale Richard Ferrand s’est exprimé contre l’application du pass sanitaire aux députés dans l’enceinte du palais Bourbon. Raison invoquée ? La meilleure qui soit : comment empêcher un député élu par le peuple de siéger ? Ce serait contraire à toutes les règles de notre démocratie et le Conseil constitutionnel pourrait trouver à y redire.

Mais M. Ferrand déraille néanmoins, car s’il réclame en tant qu’élu d’être protégé par la Constitution, on voit mal pourquoi il dénierait cette faculté aux citoyens qui l’ont placé au perchoir de l’Assemblée. Or c’est précisément ce qu’il a l’intention de faire. Deux poids, deux mesures. Les gouvernants, précieux, fragiles, à protéger ; et les autres.

Le Conseil constitutionnel pourrait trouver à redire à beaucoup de choses car ce sont tous les Français qui vont se retrouver empêchés d’exercer leurs droits de citoyens garantis dans la Constitution s’ils ne présentent pas le précieux sésame. La défenseure des droits, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (ou CNIL) et même le Conseil d’État n’ont pas manqué de souligner combien les dispositions envisagées constituaient une atteinte d’ampleur inédite aux libertés fondamentales des citoyens.

Mais plutôt que de faire machine arrière, plutôt que d’adopter la méthode raisonnable privilégiée en Allemagne par Angela Merkel – ne pas revenir sur sa parole de ne pas rendre la vaccination obligatoire et faire des vaccinés les ambassadeurs de la vaccination auprès de leurs proches – on voit le gouvernement s’enfoncer dans le maquis d’ordres et de contrordres caractéristique du micro-management (sous-entendu contrôle) obsessionnel qui saisit les politiciens et les fonctionnaires dès qu’ils voient une crise (ou même seulement la possibilité d’une crise) se pointer à l’horizon.

Ainsi, le pass sanitaire ne s’appliquerait qu’aux commerces situés dans les centres commerciaux de plus de 20 000 m2, pas dans les commerces indépendants. Mais attention, le Conseil d’État a pointé le fait que cela entraverait le libre accès des personnes aux produits de première nécessité. Il est donc maintenant question de suspendre l’application du pass si les habitants d’un « bassin de vie » n’ont pas d’alternative pour se procurer des produits de première nécessité dans un rayon de 20 km autour de leur domicile. C’est simple ! Et l’on sent qu’on est reparti pour les listes complètement aberrantes de produits essentiels et non-essentiels dressées par l’administration.

De la même façon, le masque pourrait disparaître en intérieur pour les lieux soumis au pass sanitaire… mais il pourrait réapparaître en extérieur sur décision des préfets si la situation sanitaire l’exigeait. Quant aux lieux de culte accueillant plus de 50 personnes, ils ne pourront exiger le pass que pour les visiteurs, pas pour les participants aux cérémonies religieuses. Sans parler des Français qui ont reçu leur vaccination à l’étranger et qui ne disposent donc pas d’un certificat de vaccination conforme aux attentes domestiques.

Tout est à l’avenant. Règlementations pointilleuses, promesse darmanesque de se montrer intraitable envers les récalcitrants, puis rafistolages, exemptions, privilèges, et finalement, injustice et discrimination.

Mais ne nous étonnons pas. Dès lors qu’un gouvernement fait l’impasse sur l’appel à la responsabilité personnelle – et cette impasse, c’est depuis que fut instauré en France l’État providence qu’elle est faite et qu’elle formate les citoyens à tout attendre de l’État, y compris la permission de bouger, manger, parler, se soigner, apprendre, créer, entreprendre – dès lors que ce gouvernement se met en tête de contrôler la vie des autres de A jusqu’à Z, il est absolument inéluctable de le voir s’enferrer dans une bureaucratie tatillonne qui enfle à mesure qu’elle détruit les degrés de liberté des citoyens.

Hayek et tant d’autres penseurs libéraux de renom ont parfaitement décrit ce processus d’effondrement des libertés impérieusement motivé par les opportunes nécessités de l’heure. Tiens, La Route de la Servitude : à relire. Les vacances et les circonstances s’y prêtent.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.