Fiasco sanitaire : le rapport du sénat qui accuse

Après six mois de travaux, c’est un imposant rapport de 452 pages qui est publié par le Sénat.

Par Bernard Kron.

Cette situation est dénoncée dans Blouses blanches colère noire que j’avais commencé à écrire pendant les grèves des soignants au début de 2019. Il est prémonitoire et dénonce la totale impréparation de tout le système.

Revenons à la pénurie de masques en 2020

La commission d’enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19 accuse le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, d’être responsable du manque de masques à l’arrivée du virus, sans en avoir averti Agnès Buzyn. Les sénateurs reprochent au ministre de la Santé, Olivier Véran, et au gouvernement d’avoir « sciemment dissimulé le fiasco des masques ».

Des plaintes ont été déposées et des procédures pénales sont en cours.

Après six mois de travaux, c’est un imposant rapport de 452 pages qui est publié par le Sénat.

Le rapport analyse avec précision comment la France s’est trouvée démunie en nombre de masques. Il révèle le rôle majeur qu’a joué dans ce fiasco l’actuel directeur général de la santé, Jérôme Salomon, puis les errances du ministre de la Santé, Olivier Véran, pour reporter la responsabilité sur les gouvernements passés, et ne pas reconnaître la pénurie.

Disparition des stocks de FFP2

Les sénateurs résument :

La pénurie de masques restera le triste symbole de l’état d’impréparation du pays et du manque d’anticipation des autorités sanitaires face à la crise.

Ils rappellent des éléments déjà connus sur le changement de doctrine intervenu en 2013, avec Marisol Touraine, et amorcé en 2011, quand Xavier Bertrand était ministre de la Santé.

De 2011 à 2016, le stock stratégique de masques FFP2 est passé de 700 millions d’unités à 700000.

Un assèchement justifié par ce changement de doctrine du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).

Selon les sénateurs :

Or, les interprétations qui en ont été faites sont contestables : aucun de ces documents ne suggère l’abandon d’un tel stock

Par ailleurs, on peut lire :

Selon Xavier Bertrand, une logique budgétaire et court-termiste aurait présidé à ce choix.

Bien qu’alerté, Jérôme Salomon a choisi de ne pas reconstituer les stocks, sans en informer semble-t-il Agnès Buzyn, et a fait « modifier a posteriori les conclusions d’un rapport d’experts », toujours selon le sénat.

Le fiasco des masques a-t-il été sciemment dissimulé par le gouvernement ?

Dans cette drôle de guerre, les masques vont à nouveau jouer un rôle essentiel. C’est cette fois tout le gouvernement est mis en cause.

Les sénateurs évoquent :

Une pénurie sciemment dissimilée […] Le fiasco des masques a été sciemment dissimulé par le gouvernement durant la crise.

On se souvient des déclarations sur les stocks suffisants de masques, sans parler des propos sur leur inutilité pour la population.

Plusieurs responsables ont nié toute pénurie d’équipements de protection individuelle y compris pour les soignants. Pourtant, des documents étudiés par la commission d’enquête attestent que cette situation était connue du Gouvernement depuis – au moins – le 13 mars 2020, contrastant avec un discours exagérément optimiste.

Si Olivier Véran reconnaît devant le Sénat, le 19 mars, que « notre pays n’était – hélas ! – pas préparé, du point de vue des masques et des équipements de protection, à une crise sanitaire » il l’explique « en raison d’une décision qui a été prise voilà neuf ans ».

Le rapport sénatorial recadre les choses sur cette réécriture de l’histoire dédouanant les ministres :

L’absence de préparation du pays à une crise sanitaire […] ne découle en rien d’une décision d’il y a neuf ans mais d’un enchaînement de décisions initié en avril 2017 et dont l’élément principal a été la décision d’octobre 2018 de ne quasiment pas remplacer les 613 millions de masques à détruire.

Des commandes de masques très chères… et en retard

Le rapport souligne :

Au 15 juin, 3,9 milliards de masques ont été commandés (dont 2,7 milliards en Chine), pour un coût total de 2,8 milliards d’euros.

Donc un prix largement au-dessus de la normale. Et les sénateurs de dénoncer :

L’absence d’anticipation de l’État l’a en outre conduit à payer ces masques à un tarif exorbitant en comparaison des prix pratiqués en temps de paix. Si le choix avait été fait en octobre 2018 de reconstituer les stocks de masques chirurgicaux à hauteur d’un milliard d’unités, le coût budgétaire aurait été de 27 millions d’euros, contre 450 millions d’euros durant la crise.

Par ailleurs,

Les délais de livraison de ces commandes ont contraint les soignants à être sous-équipés pendant des semaines […] En outre, la quantité de masques reçus mais inutilisables ou mis en quarantaine dans l’attente de contrôles plus approfondis s’élevait à environ à 30 % fin mai, chiffre particulièrement alarmant mais malheureusement peu étonnant au regard de la précipitation avec laquelle le gouvernement a dû agir pour reconstituer les stocks.

Les tests

Avec les masques, les tests, c’est l’autre grand loupé de cette crise. Après un sérieux retard à l’allumage par rapport à un pays comme l’Allemagne dans le déploiement des tests, les choses ont eu du mal à s’améliorer.

Les sénateurs ajoutent :

Victime de son succès, la politique de tests, désorganisée, n’a pas permis d’endiguer la circulation du virus à la veille de la deuxième vague.

Échec du traçage et de l’isolement

« Avant le lancement de sa version 2, les atermoiements dans le développement de l’application StopCovid » n’ont rien arrangé. L’isolement ensuite des malades s’est « réduit à l’invocation » tranchent les sénateurs.

Le naufrage hospitalier : les illusions d’une gestion hospitalo-centrée

Si l’hôpital a fait au mieux lors de la première vague, cela a été particulièrement dur pour les soignants que les Français applaudissaient alors chaque soir à 20 heures.

Ils sont salués par les sénateurs :

Libérés de carcans administratifs et de la contrainte budgétaire, l’hôpital et ses personnels ont montré une capacité d’adaptation extraordinaire.

Mais la situation est devenue dramatique.

L’embolie du système de prise en charge a acculé les soignants à une priorisation des patients préjudiciable aux plus vulnérables […] Si les comparaisons sont rendues difficiles par la variation des ordres de grandeur d’une année sur l’autre, les données montrent toutefois un creux dans la part des plus de 75 ans admis en réanimation la semaine du 30 mars au plus fort de la crise.

Une gouvernance dépassée, une gestion centralisée

À une insuffisante coordination des instances d’expertise scientifique, s’est ajoutée une organisation peu lisible et peu efficiente d’une communication de crise gouvernementale jugée trop verticale […] Les querelles entre scientifiques sur la gestion de l’épidémie ont également pesé sur la capacité des pouvoirs publics à emporter l’adhésion de la population à des recommandations sanitaires souvent évolutives.

La gestion centralisée est restée sourde aux alertes du terrain venant des collectivités et aux grèves et manifestations de 2019 avant la pandémie.

Les propositions des sénateurs

Ils formulent une série de propositions dans leur rapport.

Des enseignements tirés de leurs travaux, au premier desquels la nécessité de « sécuriser la gestion des stocks stratégiques ».

Il convient de :

Prévoir la constitution au plus près des besoins de stocks de crise de masques chirurgicaux et FFP2, de se doter des moyens de contrôler et d’en suivre le niveau.

Il faut ainsi :

Définir, entre chaque agence régionale de santé et les établissements de santé et médico-sociaux, en fonction des caractéristiques de leur activité, le stock que ces derniers doivent détenir et en établir un recensement régulier et précis.

Dans mon livre Blouses blanches colère noire je dénonce cette accumulation d’agences et de strates administratives qui coûtent cher et se contredisent.

La saturation des services de réanimation

Les services de réanimation sont malades de la mauvaise gestion des hôpitaux ; les contaminations à l’hôpital se chiffrent à 40 000 cas en un an, les personnels sont épuisés, il y a pénurie de tout et retard du déploiement des oxygénateurs et de lits en amont et en aval.

La saturation des réanimations est un alibi qui témoigne de l’impréparation car rien n’a été fait.

Or, on nous avait promis quantité de lits supplémentaires.

Lors du premier confinement on a séparé les circuits et fermé les chambres à deux lits. Les soignants sont alors épuisés et aucune mesure n’a été prise pour former les aide-soignants et les étudiants en fin de cycle aux gestes de base de la réanimation, mesurer la saturation en oxygène des malades Covid et savoir les surveiller.

La surcharge des services de réanimation n’a pas été anticipée par des mesures d’urgence.

On n’a pas formé de personnels en recyclant les étudiants soignants à la surveillance de détresses respiratoires et en équipant de centrales d’oxygène les hôpitaux fermés, comme l’Hotel-Dieu et le Val-de-Grâce.

Si des centrales à oxygène sont installées dans ces hôpitaux fermés ce serait 200 lits que l’on pourrait équiper d’optiflow avec un personnel plus léger qu’en réanimation, et donc facile à former. Cela éviterait la menace théorique de saturation des réanimations et l’obligation de transférer des malades graves vers d’autres régions.

La réquisition des services de réanimation a paralysé totalement la chirurgie en dehors des urgences. Les malades devaient attendre au prix de complications parfois mortelles. Après le confinement la reprise des activités a été difficile par manque de tests et de produits d’anesthésie, les ARS les réservant aux services de réanimation.
Faute de préparation les blocs opératoires et leur personnel sont réquisitionnés au détriment d’interventions chirurgicales de nouveau reportées.

La campagne de vaccination de 2021 contre la Covid

De nombreux pays ont commencé leur campagne de vaccination dès décembre 2020.

Quelle organisation pour la vaccination en France ?

Une consultation des autorités compétentes a été menée par la HAS. Celle-ci promet une information transparente.

Le professeur Alain Fischer en charge de son organisation avait déclaré :

L’élément essentiel c’est d’assurer que ces vaccins, le jour où on pourra commencer à les administrer à nos concitoyens, aient été validés comme étant raisonnablement sûrs et efficaces. Il faudra du temps pour savoir si cette balance entre les bénéfices et les risques soit extrêmement favorable.

La confiance dans les vaccins avait en effet été ébranlée avec l’échec de celle contre le H1N1 pour laquelle les médecins n’avaient pas été sollicités. La vaccination contre la Covid-19 ne devrait pas être obligatoire car elle serait contre-productive ; mais le législateur est sournois et trouvera les biais pour l’imposer.

Cela implique notamment de rendre publiques les données scientifiques disponibles au sujet de l’efficacité et de la sécurité des vaccins après leur mise sur le marché.

Israël très en avance dans cette vaccination transmettra ses données aux deux laboratoires qui lui ont fourni ces vaccins.

Les professionnels de santé devront jouer un rôle central dans l’information, la vaccination elle-même et le suivi des personnes. À ce titre, une information claire, précise et mise à jour devra leur être délivrée au sujet de l’évolution de l’épidémie, de la stratégie vaccinale et sur les bénéfices et les risques. Une transparence totale sur la gestion des stocks et sur les contraintes garantira que l’allocation des vaccins entre les citoyens soit bien équitable.

L’élargissement des compétences vaccinales aux infirmiers et aux pharmaciens aiderait à atteindre une couverture vaccinale optimale dans les populations ciblées. Malheureusement le manque de doses la rend chaotique.

Le pays devait disposer de 20 millions de doses dans un premier temps mais en a reçu seulement un million en janvier. Les personnes fragiles avec comorbités, les EHPAD et les soignants ont été prioritaires.

La société MacKinsey a été chargée par Olivier Véran d’organiser la campagne en France. Le coût est exorbitant et la démarche parfaitement inutile, car ce qui manque en effet ce sont les vaccins.

La campagne de vaccination est-elle ubuesque ?

Compte tenu de la conservation à basse température nécessaire pour certains vaccins, le démarrage a été complexe.

Plusieurs vaccins sont déployés mais la confiance en France n’était pas encore au rendez-vous, expliquant peut-être les retards ; sans compter le fait de ne pas avoir anticipé les commandes. Les doutes ont rebondi avec le vaccin Astrazeneca qui serait responsable de thromboses. Il sera donc réservé aux volontaires et aux personnes âgées de plus de 60 ans.

Le succès de la vaccination va permettre de rouvrir les pays mobilisés précocement comme Israël, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le paradoxe est que les pays qui ont échoué dans la phase un, face à la propagation de la contamination sont plus prompts à réussir la phase deux, celle de la vaccination.

L’exemple type est celui de nos voisins Britanniques dont la gestion catastrophique de la pandémie a conduit à une campagne de vaccination accélérée. À l’inverse, l’Asie qui a su limiter la pandémie en fermant ses frontières est en retard pour les vaccins et va se trouver confrontée à un dilemme, rester en vase clos.

Quel avenir pour le système de soins ?

Le Ségur de la santé a apporté un léger baume aux soignants grâce à des augmentations et des primes. Mais il n’apporte pas de réponse à la situation car les quatre lois sur la santé à l’origine d’un hospitalo-centrisme excessif n’ont pas été abrogées.

La Loi Ma santé 2022 n’a pas été refondée avec le Ségur de la santé. C’est un faux espoir car elle ne tourne pas le dos à cette sur-administration coûteuse et paralysante.

Les soignants ont été envoyés au combat contre la Covid sans armes, ni masques, ni surblouses. Cinquante médecins libéraux sont morts et des milliers de soignants ont été contaminés et présentent des séquelles respiratoires.

Le mal devrait être traité à sa racine en combattant cette sur-administration étatique de la santé.

La suppression de l’ENA est actée mais le diable se cache dans les détails et il est malin… Cette suppression est-elle le début du dégraissage du mammouth administratif et la fin de la pensée dogmatique de la caste des élites pour conserver les meilleurs postes ? Tous les grands corps de l’État devraient être réformés.

L’explosion menace tout le système qui doit être refondé.

Ces pistes sont détaillées dans Blouses Blanches colère noire. Ce livre trace le chemin à suivre pour remettre au premier rang le système de soins de la France. Il faudra du sang, de la sueur et des larmes.

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