Covid : rien n’a été fait pour réorganiser l’Hôpital

Photo by Piron Guillaume on Unsplash — Piron Guillaume,

Il faudrait combattre la suradministration étatique de la santé mais on retrouve à la manœuvre ceux qui ont été la cheville ouvrière de ce désastre.

Par Bernard Kron.

Rien n’a été fait après la sortie du confinement pour réorganiser les soins sauf  séparer les circuits et fermer les chambres à deux lits. Les soignants sont épuisés et aucune mesure n’a été prise pour former les aide-soignants et les étudiants en fin de cycle aux gestes de base de la réanimation, mesurer la saturation en oxygène des malades Covid et savoir les surveiller.

Toute l’année 2019 avait été pourtant marquée par des grèves et des manifestations des différentes corporations des blouses blanches pour alerter les autorités sur la dégradation de l’hôpital. La pandémie Covid a tout arrêté et les soignants ont été envoyés au combat sans armes et sans protections.

L’incurie de l’État et de ses organes, les agences de santé, sont sur le devant de la scène.

Les manifestations et les grèves s’étaient pourtant multipliées depuis le mois de mars 2019 avec celles des urgences et des personnels hospitaliers ; puis les médecins, les soignants et les internes des hôpitaux s’étaient mobilisés. Avec la pandémie toutes les contestations se sont interrompues depuis le 20 janvier 2020 mais sont en train de reprendre.

Notre ministre de la Santé se montrait à tort optimiste ! Compte tenu des réquisitions la commande de masques s’est révélée impossible alors que nous n’étions pas approvisionnés.

De même la réquisition des services de réanimation a paralysé totalement la chirurgie en dehors des urgences. Les malades devaient attendre au prix de complications parfois mortelles. Après le confinement la reprise des activités a été difficile par manque de tests et de produits d’anesthésie, les ARS les réservant aux services de réanimation.

Le Ségur de la santé

Face aux demandes des soignants, le Ségur de la santé a apporté un léger baume avec des augmentations et des primes mais n’apporte pas de réponse à la situation. Les quatre lois sur la santé à l’origine d’un hospitalo-centrisme excessif n’ont pas été abrogées.

Elles enlevaient toute liberté à nos collègues. « Un seul patron à l’Hôpital »… le directeur et sa cohorte de collaborateurs… enlevaient tout pouvoir aux chefs de services. Les plans de carrière restent illisibles et la pénurie de soignants patente.

Les docteurs juniors sont stressés et leurs associations ISNI et ISNAR-IMG s’interrogent sur les réformes ubuesques mises en place : près de la moitié d’entre eux ont été contaminés faute de protections.

La loi Ma santé 2022 n’a pas été refondée avec le Ségur de la santé. C’est un faux espoir car elle ne tourne pas le dos à cette suradministration coûteuse et paralysante.

La sécurité sanitaire, la refonte de l’assurance maladie, les inégalités de santé, la loi de bioéthique restent des enjeux toujours au centre des préoccupations de la société mais pas des conseillers de l’État, toujours les mêmes. Ils ne veulent pas alléger le poids administratif car ce serait se saborder.

Les droits des malades ont été bafoués lors de la pandémie. On ne soignait plus, on attendait !

Les assurances et les déficits

Les déficits qui s’accumulent avant la crise du Covid ont explosé : 50 milliards d’euros pour la Sécu. Ils sont à nouveau transférés à la CADES. Avec 50 milliards de dettes, dont l’État en a repris dix, et un déficit annuel de l’ordre du milliard, la dette hospitalière va continuer de se creuser car les dépenses augmentent de 4 % par an et les taux d’intérêts sont élevés.

On meurt encore en France, de maladies aiguës ou de soins inadaptés ; et pour la première fois depuis la guerre l’espérance de vie avant la pandémie avait reculé d’un trimestre. Ce sera pire avec le rebond car l’hôpital à flux tendu ne peut plus assurer toute la chirurgie faute de lits de réanimation disponibles.

Les soignants ont été envoyés au combat contre la Covid sans armes, ni masques, ni surblouses. Cinquante médecins libéraux sont morts et des milliers de soignants ont été contaminés et présentent des séquelles respiratoires.

Le mal devrait être traité à sa racine en combattant « la suradministration étatique de la santé » mais on retrouve à la manœuvre ceux qui ont été la cheville ouvrière de ce désastre : Nicole Notat, Jean Castex, Olivier Véran et Jérôme Salomon.

L’explosion menace tout le système qui doit donc être refondé pour retrouver la médecine humaniste que j’ai connue car les soignants n’en peuvent plus.

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