La Loi Ma Santé 2022 ne résoudra pas la crise hospitalière mais l’aggravera

Doctors stock photo BY sergio santos- credit nursingschoolsnearme.com. (CC BY 2.0) — nursingschoolsnearme, CC-BY

Le dernier plan Hôpital du Ségur de la Santé et la Loi Ma Santé 2022 peuvent-ils résoudre la crise hospitalière et apaiser les soignants ?

Par Bernard Kron.

« Que peut-il ? Tout ! Qu’a-t-il fait ? Rien ! »

Jugeant très insuffisante la réponse du gouvernement à la crise de l’hôpital, 1200 médecins hospitaliers dont 600 chefs de services avaient décidé de démissionner avant la pandémie en 2019. Leur lettre de démission collective avait été rendue publique en conférence de presse. Ces médecins dénonçaient la crise de gouvernance et le manque de personnels. Ils rejoignaient ainsi les mouvements de grèves lancés par les services d’urgences et les internes.

Le collectif inter-hôpital s’était mobilisé avec les internes pour une grande manifestation le 14 février 2020. La Covid a tout stoppé mais rien n’est réglé et la contestation est repartie avec la grève des praticiens hospitaliers.

La restructuration des CHU est devenue une urgence

Les hôpitaux sont sur-administrés et ce budget empêche une réelle revalorisation des carrières. Malheureusement aucune simplification administrative n’est envisagée par le Ségur de la santé.

Avec le plan 2022 ce sera pire car il ne change pas de cap avec le nouveau Premier ministre Jean Castex responsable de cette situation. Il était aux affaires dès 1996 en inventant la T2A qui imposa aux hôpitaux de travailler à flux tendu.

Rien n’est prévu pour simplifier l’organisation administrative des régions et des hôpitaux. On renforce au contraire le rôle des ARS (Agences régionales de santé) et des GHT (Groupements hospitaliers de territoire) avec les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé).

L’exemple le plus criant est celui de l’AP-HP, l’Assistance publique de Paris avec onze strates administratives : le nombre d’échelons augmente à chacune des réformes qui vient s’ajouter à la précédente. Elles viennent s’empiler les unes sur les autres sans annuler la précédente et en multipliant encore les agences et instituts de santé qui ont été incapables de gérer la Covid et la vaccination.

Nombre de chirurgiens devront travailler sur deux établissements. Les urgences chirurgicales vont se disperser un peu plus entre les mains des urgentistes. Si on suit les propositions du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (HCAAM), influencées par notre collègue Guy Vallancien, cela pourrait se traduire par la création d’établissements de santé communautaires.

Le nouveau scénario du Ségur pour aller plus vite plus loin et plus fort est un mirage

« Un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé » disait Albert Einstein.

Le Ségur de la santé va malheureusement vers le renforcement de la gouvernance, ce qui est un très mauvais choix. Elle consistait déjà ces dernières années à faire évoluer vers les systèmes nordiques notre modèle de système de santé solidaire sans le bouleverser.

Cette stratégie nous a déjà amenés au bord du gouffre. Trop de postes hospitaliers resteront toujours vacants ou feront l’objet de nouvelles démissions car les primes promises ne régleront pas les problèmes de fond, les salaires trop bas et les plans de carrières obscurs. Nombre de postes resteront pourvus par des médecins n’ayant pas nos diplômes et par des vacataires !

Cette détérioration aggravera les listes d’attente car de nombreuses pathologies sont en souffrance et vont submerger les services après la crise. La démotivation des équipes entraînait déjà suicides, arrêts de travail, démissions, insatisfaction des usagers, burn-out des soignants et des situations de harcèlement.

Épuisés ou malades, les personnels sont à bout. En cas de doute, il suffisait pour s’en convaincre d’écouter avant la pandémie mes collègues raconter leur CME (Commission médicale d’établissement) ou lire les appels et lettres aux pouvoirs publics pour avoir des moyens de protection.

Le Ségur de la Santé avec des revalorisations salariales misérables ne calmera pas les esprits. Ce scénario risque d’aboutir à la désintégration.

« Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France… » (Victor Hugo, Napoléon le Petit)

Les contraintes administratives, la multiplication des agences et le poids technocratique vont aggraver le développement des déserts médicaux paralysant un peu plus l’hôpital de plus en plus en situation de monopole.

Avec le retard apporté à la prise en charge des pathologies lourdes depuis le confinement, la perte de chance va alourdir la durée et le coût des traitements.

Alors oui, les demandes des médecins hospitaliers sont totalement justifiées1

 

  1. Mon livre sur les blouses blanches à paraitre en mars expliquera comment sortir de cette situation.
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