Grèves des hôpitaux : davantage de moyens ? Pour qui ?

Les médecins en grève n’obtiendront rien, pas plus que les patients, en réalité, même si les hôpitaux, eux, obtiennent une enveloppe juteuse.

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Grèves des hôpitaux : davantage de moyens ? Pour qui ?

Publié le 15 novembre 2019
- A +

Par Phoebe Ann Moses.

Les hôpitaux sont en grève ce 14 novembre. Ils emboîtent le pas aux urgences qui sont en grève en France, le saviez-vous, depuis 8 mois. Huit mois ! Huit mois sans que cela ne suscite l’émotion, l’indignation, ou au moins l’intérêt. N’est-ce pas la preuve que le système de soin s’écroule dans l’indifférence la plus totale ?

On ne reviendra pas sur les éternelles revendications des grévistes hospitaliers, puisqu’elles ont été énumérées au fil des mois sans soulever les interrogations.

On reviendra en revanche sur l’une d’entre elles, toujours la même : « davantage de moyens ! » Ce mot d’ordre facile à comprendre et facile à satisfaire (après évidemment les réticences d’usage). On veut croire que davantage d’argent ouvrira des lits dans des services fantomatiques, créera des postes de médecins qui n’existent pas encore, fera venir des infirmières attirées par un salaire de misère, satisfera les patients, les médecins, les aide-soignants, les infirmiers, les hôpitaux, leur sous-direction, leur direction…

Non : il n’y aura pas plus d’argent qui ruissellera sur ces vraies personnes qui travaillent, mais sur une belle administration fort bien huilée et qui est le nœud du problème actuel. À force de gestion, d’administration du système de soin, l’État a créé une hydre hospitalière faite de subventions et de réglementations en tous genres.

Résultat : les hôpitaux, publics comme privés, reçoivent de l’argent public en fonction de critères tellement nombreux et complexes qu’il leur faut une armada administrative pour traquer la subvention. C’est un vrai cercle vicieux : l’État accorde des subventions en fonction de critères, et pour les obtenir, les hôpitaux doivent embaucher des équipes toujours plus nombreuses de personnel administratif dont le rôle unique est de vérifier que les critères sont bien remplis et que l’hôpital a droit à telle ou telle somme d’argent. Car plus la fréquentation est forte, plus l’État donne de l’argent.

Le tout étant totalement déconnecté du monde réel : celui où les médecins travaillent, et qui, lui, n’obéit qu’à une seule contrainte : soigner.

Ces strates pourraient être simplifiées ainsi : tout en bas, les soignants ; au-dessus, leur administration, purement comptable ; au-dessus, les décisionnaires, politiques, qui ont parfois un titre de médecin, mais qui font de la politique depuis tant d’années que les seuls soins qu’ils donnent se dispensent désormais à coup d’argent public, prescrit par une grève trop longue ou des syndicats bien introduits.

En clair, il n’y a aucun intérêt commun entre celui qui prendra les décisions financières et celui qui gagne sa vie à l’hôpital. Pour l’un, il faut soigner à moindre coût et en répondant à des normes de soin toujours plus drastiques et toujours plus codifiées ; pour l’autre il faut répondre au besoin des patients, toujours plus nombreux.

Les médecins sont pris en tenaille : ils travaillent dans un système de plus en plus pauvre et de plus en plus coercitif ; et ils doivent obéir à la loi qui les oblige à une permanence des soins : en clair, ils n’ont pas le droit de faire défection1. On n’est pas à la RATP. Leur grève peut donc persister de longs mois sans que personne ne s’en émeuve : ils font le boulot même s’ils sont en grève.

Ainsi, demander « davantage de moyens » sera peut-être une revendication qui sera entendue et satisfaite. Mais l’argent ne coulera pas à flots sur de nouveaux lits, de nouveaux médecins, pléthore d’infirmières, et du matériel flambant neuf. Non. Il ira plus probablement gonfler la partie administrative déjà obèse dans le milieu hospitalier, en permettant d’embaucher encore plus de personnel pour récolter encore plus de subventions.

Les médecins en grève n’obtiendront rien, pas plus que les patients, en réalité, même si les hôpitaux, eux, obtiennent une enveloppe juteuse. Nous sommes dans un système où le payeur et le décisionnaire est un bureaucrate qui fait des choix pour celui qui fait un autre métier. On voit bien aujourd’hui où cela a mené.

  1. La loi française la reconnaît comme une « mission de service public » (article L.6314-1 du Code de la Santé Publique résultant de la loi HPST du 21 juillet 2009). Source Wikipedia)
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  • Avec 57 % du PIB le budget de l’état francais a dépassé celui des pays scandinaves, il ne reste plus que la Corée du nord, Cuba et le Vénézuela pour faire pire. …..Pour quel résultat ????? Le génie de la gauche c’ est de faire croire aux gens que l’ on va atteindre la lune en montant sur une echelle. Voilà pourquoi les français sont convaincus qu’ ils vont pouvoir travailler moins, gagner plus et payer moins……le beurre, l’ argent du beurre , le sourire de la crémière et bientôt la crèmerie. Depuis Mitterand la gauche s’ est toujours fait élire en diminuant le temps de travail, augmentant les aides sociales et le nombre de fonctionnaires. …..Ca ne marche pas !!!!!!!!! Le laxisme, le clintelisme et la démagogie de la gauche ont tué la France depuis l’ arrivée de Mitterand.

    • Reconnaissons que la droite n’a pas eu beaucoup le courage de revenir en arrière. Il faut dire que les réformes de gauche sont à effet cliquet: très difficile de revenir en arrière.

      • revenir en arrière avec la ponction publique?
        comment ? vous avez le resultat sous les yeux..

      • Pourquoi voulez vous qu’un socialiste de droite veuille modifier ce qu’à fait un socialiste de gauche ???

      • La droite ? quelle droite ?

        Il y a
        la gauche à pancartes
        la gauche caviar
        la gauche à rolex au fouquet’s
        la gauche à préférence nationale

        epicétout….

        • je dirai plutôt qu’il y a :
          les socialistes internationalistes (l’extreme gauche),
          les socialistes progressistes (la gauche),
          les socialistes conservateurs (la droite),
          les socialistes nationalistes (l’extreme droite).

          il y a bien une différence entre la droite et la gauche, mais elle se situe seulement au niveau des questions de sociétés : conservateur ou progressiste en gros.

          Et comme un libéral n’est pas socialiste, ni conservateur, ni progressiste (cf Hayek), il n’y a pas d’offre politique libérale en France.

    • depuis l’arrivée de VGE, premier président socialiste de France

    • C’est VGE qui a initié le mouvement. La mite errante l’a juste amplifié.

  • Bien analysé. Faire un duplicata pour tous les secteurs qui fonctionnent mal, c’est-à-dire presque tous…Mais il faut bien caser copains et les coquins dans des directions d’administrations qu’il faut bien garnir, et ne jamais supprimer ensuite.
    Le tout sur fnd d’une volonté de tout diruger, tout contrôler, dans une parfaite déconnexion du réel.
    Jusqu’à quand les Françaus vont-ils supporter cela?

  • A partir du moment ou on remet en cause les privilèges des agents publics , on a droit a la scène du deux.. hopital, ecole, sncf , ratp etc…
    c’est poir çà que ce pays n’est pas réformable et c’est pour çà qu’il coule , comme tous les pays socialistes

  • On est dans le schéma classique et constant du socialisme partant d’une étatisation forcenée générant régulation excessive administrée par une bureaucratie surdimensionnée… qui absorbe progressivement et sans limite l’ensemble des moyens disponibles au détriment de la réalité des activités réelles qu’elle dirige. Embourbement mécanique inévitable.

  • Pour comprendre pourquoi l’état est inefficace en tout (sauf pour faire la guerre et pour faire faillite) cf Milton Friedman dans « la liberté de choix » , le chapitre : les 4 façons de dépenser de l’argent.

  • Si je comprends bien, les hôpitaux sont à l’image de notre société: une gestion tellement complexifiée et tellement onéreuse qu’elle étouffe les forces vives de notre pays. Jusqu’à l’agonie ?

  • Un infirmier en fin de carrière en France gagne 2800 euros nets en moyenne. Totalement inadmissible !!! Villa là ou mène une vision collectiviste de la société. Le pire, si on leur propose des solutions libérales pour sortir de cette logique, les syndicats sont vent debout. On n’est pas sorti de l’auberge.

  • Il est faut de dire que l’hôpital public manque de moyen : si on compare notre situation à celle de l’Allemagne, la Grande-Bretagne, sans parler des pays scandinaves, on consacre plus d’argent par habitant en France pour l’hôpital que dans ces autres pays. Le cas Britannique est particulier (il n’est pas un modèle avec des performances très médiocres), mais si on s’alignait sur la Suède ou le Danemark, on économiserait 20% du budget des hôpitaux. Les causes de la gabegie Française ? Avant tout une mauvaise gestion par des fonctionnaires qui ne sont pas responsables des dépenses engagées, l’interférence de l’état et des collectivités locales pour des raisons politiques, les rigidités de la fonction publique hospitalière, le corporatisme et le syndicalisme (voir les hôpitaux de Marseille), sans compter qu’il y a trop de petit hôpitaux en France. L’interdiction faite aux structures hospitalières privée de développer des services d’urgence efficace (les urgences sont très rentable pour les hôpitaux publiques, ils ne veulent pas de concurrence).
    Les hôpitaux privés sont un travail de qualité équivalente ou meilleur avec un budget inférieur de 20%…(meilleure organisation, meilleure productivité, plus de travail avec moins de personnel plus motivé etc..)

    • « L’interdiction faite aux structures hospitalières privée de développer des services d’urgence efficace (les urgences sont très rentable pour les hôpitaux publiques, ils ne veulent pas de concurrence) » merci pour l’info. Refus de la concurrence et étatisation des soins

    • Il ne faut pas exagerer ,la France n’est pas la Suède un grand territoire avec des millions comparé a quelques millions dans quelques villes ,ca ne tient pas la route.

  •  » ….Pour qui ? …. »
    Il suffit de regarder certaines files d’attentes !

  • La plus grosse erreur concernant l’hôpital a été de mettre à la tête des conseils d’administration les maires des communes , siège de ces établissements…Tout en a découlé …Premier employeur de la ville et j’en passe…La seconde a été ensuite de donner les clés aux mandarins , le directeur n’étant qu’un faire valoir sans pouvoir…..Hypertrophie de services d' »excellence » qui assuraient leur renommée…A quel prix..!!! Puis enfin de promouvoir le DG comme chef de l’entreprise hôpital , les médecins n’ayant que le droit de se taire ou d’approuver..Avec un zeste de 35 heures , un numérus clausus qui va bien and so on…C’est de mon point de vue tellement pervers actuellement …Irrécupérable…Quant aux cliniques privées c’est pas forcément la joie partout…!!

  • Excellent article, et je confirme absolument par expérience personnelle : ce qui tue l’hôpital, c’est bien la présence (trop envahissante, lourde et finalement inefficace du fait de la complexité -voulue- des textes et protocoles) du corps administratif obèse (et pas toujours très compétent !)

  • Ce n’est pas parceque nos syndicats crient que l’hopital est mort ,tout ca est exagéré .

  • Usager de l’hôpital français après avoir été celui du Texas, je constate que le service de soins hospitaliers français « que le monde entier nous envie » a au moins 20 ans de retard.
    Les économies faites par les gouvernements successifs afin de pouvoir distribuer de l’argent aux électeurs potentiels ont eu pour effet d’empêcher l’évolution normale des techniques.
    La santé coûte de plus en plus cher. C’est un fait établi. Seulement, en France, au lieu d’accepter ce fait, on économise…
    Par ailleurs, les grèves actuelles sont comprises comme des revendications et soignées par des augmentations de salaire. Alors qu’elles devraient être une revendication des Français pour une meilleure qualité de soins, soignée par un ensemble de mesures dont les augmentations de salaire.

  • En 2018, les hôpitaux publics ont officiellement coûté 73 milliards d’euros, contre 60 milliards en 2009, soit une progression de 22% sur la période, deux fois plus rapide que la croissance en volume du PIB.

    A ce montant, il faut encore ajouter les soins de longue durée et quelques autres dépenses mystérieusement non comptées officiellement comme dépenses hospitalières, pour un total avoisinant les 100 milliards.

    Alors, qui manque de moyens ? Les hôpitaux publics qui disposent déjà de 100 milliards chaque année, ou plutôt ceux qui sont contraints de les financer et qui enregistrent une perte de 100 milliards sur leurs revenus et leurs salaires ? Mais où passe l’argent, que font-ils de ces piscines olympiques de notre fric ? Quand donc en auront-ils suffisamment ?

    Le temps est venu de mettre un terme à ces revendications aussi infantiles qu’indignes. Il y a déjà tout l’argent nécessaire dans l’hôpital public, et même plus d’argent que nécessaire.

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