Convention Climat : un poison pour l’État, les écolos et la démocratie 

L’histoire retiendra soit une trahison d’un idéal de démocratie directe, soit la tentative de contournement d’un régime représentatif. Dans les deux cas, la démocratie n’en sort pas gagnante.

Par Michel Negynas.

Le président Macron a fait du « sauvetage » du climat un support pour exister sur le plan international. L’accord référent n’est il pas l’Accord de Paris ?

L’écologisme macronien

Mais on sent bien que pour lui les questions environnementales sont des sujets parmi d’autres, avec un fort relent électoral. Il est jeune, mais toutefois pas suffisamment pour avoir connu Science Po telle qu’elle est maintenant : un organe de propagande pour écologistes radicaux post-modernistes.

À beaucoup de détails, on subodore qu’il ne maîtrise pas tous les tenants et les aboutissants de la question, sur le plan technique, peut-être par manque de conseillers technologiquement compétents, et sur le plan sociétal par manque d’intérêt sans doute. À sa décharge, il n’est pas le seul.

Dans la droite ligne du Grand débat suscité par la crise des Gilets jaunes, il s’est engagé en 2020 dans une Convention sur le climat sans se rendre compte qu’il était sur un terrain complètement différent.

Les Gilets jaunes n’étaient pas structurés, leur message était suffisamment flou et incohérent pour qu’on puisse en tirer ce qu’on voulait. Avec le Climat, nous sommes dans un monde écologiste hyper organisé, avec son avant-garde radicale rompue aux mécanismes des débats publics, et déjà largement représentée dans les organes décisionnels, ou au moins consultatifs, de nos institutions.

Ainsi, le Président n’a pas prêté suffisamment attention à l’organisation de la Convention et aux nominations des principaux leaders. L’un des garants de la bonne tenue des débats et de la représentativité des propositions était un militant notoire, et le Président semble n’avoir réalisé que depuis peu à qui il avait affaire.

Dans une interview accordée à Brut vendredi 4 décembre, il s’est emporté lorsque les journalistes ont évoqué les critiques des membres de la Convention. Il a ainsi déclaré :

Je suis vraiment très en colère contre des activistes qui m’ont aidé au début et qui disent maintenant « il faudrait tout prendre »[…] Je n’ai pas de leçons à recevoir ! […] Personne n’en a autant fait, depuis dix ans ! […] On a arrêté des projets que tout le monde laissait traîner, Notre-Dame-des-Landes, la Montagne d’or, EuropaCity […] J’ai 150 citoyens, je les respecte, mais je ne vais pas dire, ce qu’ils proposent, c’est la Bible ou le Coran.

C’est trop tard ; on ne peut, par nature, pactiser avec les activistes, encore moins les utiliser. Le plus on leur en donnera, le plus ils en demanderont, car leur vision du monde n’est tout simplement pas compatible avec la nôtre.

La Convention climat

Nous avons souligné sur Contrepoints les biais inhérents à la constitution de cette convention : pseudo tirage au sort, non neutralité des organisateurs, opacité et orientation du choix des conférenciers

Le contexte plus général des « objectifs pour le climat », totalement inatteignables et surréalistes, a renforcé sans doute aussi le côté hors-sol des débats et des propositions.

La Convention climat a donc accouché de 149 propositions, la plupart étant les tartes à la crème habituelles des activistes du climat. En fait, si Cyril Dion avait dès le départ écrit lui-même les propositions, elles ne seraient guère différentes…

Ce n’est pas étonnant, puisque les citoyens « tirés au sort » ont d’abord été fortement « travaillés » par tout ce que la France compte de climatologues catastrophistes. L’effet de groupe, le sentiment de participer à un évènement historique, le sens des responsabilités chez des gens terrorisés par « l’urgence » ont conduit à la surenchère.

Le seul problème, c’est qu’aucune des propositions n’a fait l’objet d’étude de faisabilité, tant juridique, que technique, économique et surtout sociétale. Malgré cela, le Président a promis de les reprendre « sans filtre ».

Ce qu’il a plus ou moins fait, sauf que ses services ont quand même du faire le ménage pour proposer des articles de lois confrontés aux réalités. Cyril Dion a aussitôt lancé une pétition pour protester contre une version édulcorée des propositions : une trahison selon lui.

L’embarras du gouvernement

L’étalage de mesures punitives, voire liberticides, le retour  de l’écotaxe, tombent plutôt mal dans la conjoncture actuelle. Le gouvernement marche sur des œufs ; ainsi, la plupart des propositions ont été édulcorées, sans que cela n’enlève complètement leur caractère négatif pour le citoyen moyen.

Le résultat est un tollé des associations écologiques, qui crient à la trahison, et sera sans doute une attaque en règle par les parlementaires et certains secteurs de la société civile.

Sur un plan technique, devant les protestations de manque d’ambition, le gouvernement a promis une étude montrant que ces mesures, et d’autres déjà prises, pourront remplir l’objectif de réduction de 50 % des émissions de CO2 entre 1990 et 2030… l’exercice s’annonce extrêmement problématique.

En outre, la promesse d’un référendum sur une modification de la Constitution, renforçant l’exposition de certains acteurs à des poursuites juridiques est tout de même un pari risqué.

Le bilan pour l’écologisme

Il est très mitigé. Ils ont obtenu des avancées juridiques aux portées plutôt symboliques (délit d’écocide).

Mais l’irréalisme des propositions ne peut qu’être mis en évidence de façon criante lors des débats parlementaires, surtout au Sénat. Les élus vont avoir à cœur de montrer qu’ils existent, quelles que soient les conventions citoyennes qu’ont leur met sur leur chemin. Même édulcorées, beaucoup de propositions auront du mal à passer comme on le verra en appendice.

Et l’organisation éventuelle d’un référendum sur l’environnement est un pari risqué aussi pour les écologistes. On sait que cela se transforme souvent en un vote pour ou contre le pouvoir en place.

En outre, la focalisation sur la loi met en évidence l’attitude des associations extrémistes et peut générer une prise de conscience de la part du public. Nul doute que c’est déjà le cas chez notre Président.

Et la démocratie dans tout ça ?

La « démocratie directe » et le « tirage au sort » viennent souvent d’un contresens sur la démocratie athénienne, amplement démontré par Paul Veyne.

« Si nous revenions  dans l’Athènes antique, nous y retrouverions non pas le demi idéal démocratique des pays occidentaux, mais le climat mental des partis politiques activistes » – Diogène, décembre 1983

La notion de citoyen à Athènes était très différente de la nôtre. Qu’une part de nos représentants au Parlement soit tirée au sort, afin d’apporter de la diversité dans le personnel politique, pourquoi pas ?

Mais la constitution de la Convention n’est pas un vrai tirage au sort : ses membres étaient volontaires (comme d’ailleurs les citoyens athéniens) ce qui en a fait, en définitive, de surcroît par le biais d’un conditionnement psychologique, un parti militant.

Un bilan finalement catastrophique

En définitive, il est douteux que l’opération de Convention citoyenne pour le Climat (qui était tout de même, vu du Président, un exercice de communication autant qu’une tentative de faire cautionner des mesures contraignantes par des citoyens) profite à qui que ce soit.

Le principe de réalité a joué et jouera encore contre la radicalité environnementale et ses militants. Mais les promesses du Président ont suscité une loi qui, ménageant la chèvre et le chou, ne peut que mécontenter tout le monde, voire déclencher des mouvements sociaux incontrôlables. La leçon des Gilets jaunes et de la taxe carbone n’a pas complètement été comprise.

L’histoire retiendra soit une trahison d’un idéal de démocratie directe, soit  la tentative de contournement d’un régime représentatif. Dans les deux cas, la démocratie n’en sort pas gagnante.

 

Appendice : les points principaux des propositions de la Convention climat :

  • Obligation d’affichage d’un « score CO2 » sur les produits. Ceci est tout à fait dans la lignée d’une méthode favorite des radicaux : le name and shame. Que le calcul du  contenu CO2 d’un produit ou d’un service soit un sujet très technique et coûteux, inaccessible aux petits acteurs si on veut le faire correctement ne semble pas être un problème… gageons qu’il donnera lieu à d’intenses débats d’experts qui empoisonnerons pour longtemps les relations entre le gouvernement et les fédérations professionnelles.
  • Interdiction de la publicité pour les énergies fossiles : la Convention voulait l’interdiction pour les produits utilisant les énergies fossiles… Le gouvernement a édulcoré, anticipant des problèmes avec l’industrie automobile et ses emplois. Il reste à déterminer quelles énergies, et ce qui entre dans le cadre de la publicité…
  • Haro sur les transports : zones obligatoires « à faibles émissions » dans les grandes villes, surenchère des normes d’émission pour les véhicules par rapport aux objectifs européens, avec interdiction à la vente etc.
  • Éco taxe poids lourds : on y revient, mais le gouvernement, courage fuyons, semble refiler la patate chaude aux régions…
  • Interdiction de certains vols aériens si le trajet en train n’excède pas deux heures et demie. Vu des compagnies aériennes, il y a là une véritable entrave à la liberté d’entreprendre. D’autant que le texte prévoit aussi l’obligation de « compenser » les émissions… Où sera alors le gain ?
  • Interdiction de créer de nouveaux centres commerciaux sous prétexte de diminuer « l’artificialisation des sols ». Ce thème de l’artificialisation des sols est un marronnier récurrent de l’écologisme à tel point qu’un organisme institutionnel a été créé pour le suivre, car sa mesure n’est pas évidente. On y constate : que l’histoire de la disparition d’un département tous les dix ans est fausse, et que l’essentiel (68 %) est du à l’habitat… et on s’attaque aux centres commerciaux !
  • Interdiction de louer des « passoires thermiques » : c’est peut-être la mesure la plus anti sociale. Comme toutes les mesures de réglementation de l’habitat prises depuis des décennies, les principaux effets risquent d’être pervers. Soit on décourage les propriétaires bailleurs, avec finalement une baisse des logements disponibles, soit on les aide aux frais du contribuable, et c’est inéquitable. D’autant que cela représente de réhabiliter 500 000 logements par an… Et changer seulement un poste de perte (chaudière, ou fenêtres, ou isolation toiture) ne sera pas accepté.
  • Établissement d’un délit d’écocide dont on a déjà parlé ici.

 

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