Entre facture citoyenne et facture démocratique, qui paiera le prix de l’écologie ?

Le président Macron a annoncé que le soutien de l’État à la mise en œuvre des propositions de la Convention climat s’élèverait à 15 milliards d’euros, mais qu’en est-il vraiment ?

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Entre facture citoyenne et facture démocratique, qui paiera le prix de l’écologie ?

Publié le 2 juillet 2020
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Par Jacques Garello.

Le Président a tiré lundi matin les leçons des municipales de dimanche. La vague verte serait bien la preuve que les Français veulent accélérer la « reconstruction écologique ». Et devant les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat il a également vanté les mérites de la « démocratie délibérative » destinée désormais à compléter et enrichir la « démocratie représentative ».

S’agit-il d’une tactique opportune au lendemain d’une déroute électorale de LREM ou d’une stratégie dans la perspective des présidentielles de 2022 ?

Emmanuel Macron a bien précisé d’entrée de jeu que le choix n’est pas « entre la fin du mois et la fin du monde » : s’il faut agir tout de suite, c’est qu’il y a urgence, puisque l’objectif est de sauver la planète des effets du réchauffement climatique d’ici la fin du siècle. Donc, c’est « en même temps », et peu importent les méandres : le fleuve écologique suivra son lit.

Peu importent aussi les alliances, et le fleuve a reçu pour affluents les rivières et torrents de la gauche et de l’extrême gauche « en même temps et ensemble ».

Je voudrais toutefois souligner la clarté et la puissance de l’engagement écologique du Président. Tout d‘abord il n’a cessé de féliciter pour leur travail les membres de la Convention – une instance qu’il a voulue et créée, et qui va désormais travailler de plain- pied avec le Parlement et les ministères.

Ensuite, il a approuvé 146 des 149 propositions, éliminant les 110 km à l’heure, la taxe sur les dividendes (encore un cadeau aux riches !) et l’inscription dans le Préambule de la Constitution.

Enfin, il a avancé un premier chiffre pour marquer le soutien de l’État à la mise en œuvre des propositions : 15 milliards d’euros.

Cette dernière précision est importante car le mystère demeure sur le coût réel, à court et moyen terme, de l’accélération de la « reconstruction écologique ».

La facture citoyenne

Les 150 ont déjà avancé certains de ces chiffres, et promettent d’en donner d’autres, une fois que les ordinateurs de Bercy et de l’INSEE auront fini leur travail. Pour convaincre l’opinion publique, rien de tel que d’aligner les chiffres, ne serait-ce que pour démontrer que la facture de leurs propositions serait aisément financée.

Ils ont déjà énuméré les recettes potentielles que je qualifierai de « classiques » : taxe sur les transports aériens (dite encore et à juste titre taxe Chirac) ; impôts sur les profits des GAFA (l’ardent défenseur en est Bruno Le Maire). Ils y ajoutent quelques innovations comme la surtaxe des consommations « ultra-transformées », l’augmentation des impôts sur les opérations financières.

Dans l’autre sens il faudra aussi mesurer les effets négatifs de la TVA à 5,5 % dont devraient bénéficier transports ferroviaires et fluviaux, les réparations et les pièces détachées nécessaires, les circuits alimentaires courts (produits locaux).

Non seulement la facture se trouve alourdie par ces exemptions mais les consommateurs potentiellement gagnants au niveau de leurs achats ne voient que très rarement les prix baisser, parce que les vendeurs gardent pour eux le montant de l’exemption (il y a des précédents !)

Mais de toutes façons ces essais de chiffrage me laissent dubitatif. Les dommages indirects causés par certaines propositions (externalités négatives) ne peuvent par définition être prises en compte. Dès aujourd’hui l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim se traduit en plus d’un millier d’emplois supprimés, mais aussi dans la ville désertée par le personnel licencié, et dans l’ensemble du département qui bénéficiait de l’implantation d’un pôle industriel (faudra-t-il relocaliser ?).

L’État peut bien prétendre qu’il garantit les emplois, mais ses discours sont très vite démentis par les faits ; la décision de Sanofi de supprimer 1700 emplois intervient une semaine après la visite salvatrice d’Emmanuel Macron.

Voilà donc des coûts qui viennent alourdir, financièrement et humainement, la facture écologique.

Du point de vue scientifique ces prévisions, comme toutes celles qui accompagnent les temps de « l’après crise » sont ridicules : l’évolution macro-économique de l’économie française va dépendre durant les mois prochains du contexte mondial,  l’indépendance n’est pas pour demain. Les économistes mathématiciens inventent sans cesse des modèles macro-économiques de plus en plus sophistiqués, et les milliards qu’ils déroulent sont produits par des machines formatées avec des hypothèses sans consistance. Il est vrai que les chiffres macro-économiques font croire qu’il s’agit d’un travail scientifique.

Alors qu’importent les 15 milliards donnés par l’État, c’est-à-dire par les contribuables français, sous forme de divers impôts, dont l’impôt d’inflation puisque la dette publique est financée par les émissions de fausse monnaie par la Banque centrale européenne ?

La facture démocratique

Je crois plutôt, et plus gravement, que l’accélération écologique va se faire au détriment de nos libertés. Même si Emmanuel Macron a feint de ne voir dans les propositions des 150 que des mesures incitatives, et non punitives, il a lui-même précisé que nous devrions pousser les Français à consommer différemment, à vivre différemment, à épargner différemment, à investir différemment.

Les Français vont-ils se plier à ces nouvelles incitations, ou vont-ils faire preuve d’incivisme – auquel cas les mesures mises en place risquent de manquer leurs cibles ? Et de quel droit l’État, dominé par quelques minorités idéologiques, serait-il qualifié pour nous dire quels sont les comportements dignes de bons citoyens ?

L’accélération d’Emmanuel Macron n’est pas neutre : il s’engage à ce qu’un cortège de lois et règlements soit voté, décrété, appliqué. Et comble de l’audace, il annonce que le peuple sera appelé à se prononcer par referendum,en application de l’article 11 de la Constitution.

C’est une « première mondiale » a-t-il déclamé : en effet, mettre sur un pied d’égalité le gouvernement, le parlement et les Gilets jaunes, et rouges, les participants au Grand débat et à la Convention citoyenne pour le climat, c’est ridiculiser la démocratie représentative, qu’il n’est pas facile de vivre, surtout avec une Constitution monarchique comme la nôtre.

Je ne sais si ce passage du discours du Président sera commenté : il a l’intention de multiplier les conventions citoyennes, et l’actuel Conseil économique social et écologique deviendrait bientôt la Chambre des conventions citoyennes.

Dans la lancée du discours d’Emmanuel Macron nous pourrions vivre dans les mois prochains deux démarches politiques parallèles, toutes deux organisées depuis l’Élysée :

  • une série de consultations, de débats, de votes et d’adresses solennelles qui feront diversion et nous dispenseront de penser sérieusement à une véritable alternance ;
  • une accumulation de textes et une propagande accélérée pour engager le pays dans un nouveau système où l’écologie sera « au cœur de l’économie », la rentabilité abandonnée au bénéfice de la lutte contre le réchauffement et pour la biodiversité.

Mais évidemment, ces démarches peuvent être contrariées par une crise économique non maîtrisée, par le désordre social et la violence généralisée, et enfin, et c’est ce que je souhaite, par un retour aux valeurs de liberté : que les libéraux s’organisent pour persuader l’opinion publique que la liberté est une vraie promesse de prospérité et d’harmonie sociale.

Après la vague verte, pourquoi pas la vague bleue ?

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  • Une vague bleue? Pour cela il faudrait déjà que la droite cesse de tapiner sur le trottoir de gauche.

  • Je crains que cette enveloppe de 15 milliard ne soit très vite consommée dès qu’il faudra procéder à l’isolation thermique du bâti un peu ancien…
    En outre, on mesure mal encore jusqu’à quel point ce nouveau monde sera affecté par une tendance à la décroissance : le traitement du chômage risque de coûter (encore plus) fort cher. Les centaines d’emplois perdus à Fessenheim nous paraîtront alors bien dérisoires, face à ce qui nous attend. Ajoutons, à ce titre, que les technologies ENR (et leurs matériaux) celles qui montent aujourd’hui en puissance, sont presque toutes préemptées par la Chine… Le développement économique concerné ne touchera donc guère la vielle Europe.

    • Il y a environ 37 millions de logements, sans compter les bâtiments publics, les bureaux, les usines… En excluant les logements relativement récents, disons 5 millions à la louche, ce sont 32 millions de logements qu’il faudrait rénover, pour un coût unitaire situé entre 10000 et 100000 euros. Compter au moins 1000 milliards de dépenses. Pour quel gain ? 5 milliards par an d’énergie économisée ? RDV dans 200 ans pour faire le bilan de l’opération.

      Quant au chômage, la France va rapidement dépasser les 8 millions de chômeurs toutes catégories. C’est pour l’instant indolore, mais l’effet de la drogue monétaire va bientôt se dissiper. Alors, les Français testeront en réel les merveilleuses conséquences de l’idéologie de la décroissance.

      Si la croissance économique consiste à produire plus en travaillant moins (par substitution du capital au travail), alors la décroissance revient à produire moins en travaillant plus. Sur le chantier, la pelleteuse flambant neuve est remisée. Retour à la pelle et à la pioche. Mais également retour aux salaires de misère, conséquence de l’effondrement de la productivité. Ce n’est pas comme ça qu’on va pouvoir rénover 32 millions de logements (et encore moins payer les retraites). Il n’est même pas sûr qu’on ait encore besoin d’autant de logements, une part significative de la population ne survivant pas à la décroissance.

      • c’est un peu comme quand on vous demande de changer de chaudière : sur le papier c’est mirifique, en réalité, le retour sur investissement est très long

        • Sous-estimation de la dépense immédiate, surestimation de l’économie à venir, et le tour est joué pour appâter les gogos.

          C’est d’ailleurs le même jeu malsain qui se joue dans l’éolien et le solaire pour nous faire avaler la couleuvre. Depuis des années, les escrocs professionnels tentent de faire accroire que l’éolien coûterait moins cher que le nucléaire, ce qui relève du gag récurrent. Quant au solaire, il est rentable à la revente uniquement parce qu’on pille la collectivité avec des tarifs de rachat exorbitants. Chaque fois qu’on voit des panneaux PV sur une toiture, ce sont nos feuilles d’impôts qu’on admire.

          Ceci dit, le solaire est rentable en autoconsommation hors subvention, avec un rendement au maximum, dans deux cas seulement : pour alimenter la clim ou pour chauffer la piscine. Clim, piscine, que des soucis de pauvres, comme on le voit. Rarement une dépense publique a été aussi antisociale, au service exclusif du fameux 1% qui, en dehors des quelques riches de connivence qui ne sont pas encore échappés, est désormais essentiellement composé de hauts fonctionnaires, précisément ceux qui ont mis l’Etat obèse à leur service exclusif.

        • Je confirme, j’ai changé ma chaudière gaz de 22 ans par une à condensation. Nettement plus « confortable » car se remet en route selon les températures extérieures, mais pour ce qui est d’économies de gaz, pas franchement évident.

  • la délinquance explose dans les villes vertes ; paris , Grenoble , bordeaux…..interdire les bagnoles , ça les écolos savent le faire ; protéger les citoyens , ça ne les intéresse pas ; quand à la facture écolo , ce sont tout les contribuables qui vont devoir payer les lubies d’une poignée d’idiots ;

    • 20% des français sont contribuables, donc 80% des français sont heureux au milieu des petits oiseaux des voies piétonnes et sur leur trottinette et avec des animateurs de rues dignes des meilleurs parcs à theme genre Chicago années 30.

  • Macron a l’intention de multiplier les conventions citoyennes : quand je vois les conclusions de la 1ère je m’effraie.
    Toutes ces personnes se sentent (croient) investies d’une mission spéciale et ô combien importante mais en fait ils sont manipulés.
    Nous allons avoir une kyrielles de lois et d’interdictions qui vont fleurir.
    France, ton avenir est plus que morose et dans le podium des nations qui étaient au top, nous allons dégringoler quelques marches.

    • Il pourrait déléguer immédiatement à terra nova les tâches du gouvernement, ne perdons pas de temps, il y a urgence climatique et Greta ne va pas tarder à sortir du bois.

    • jeloag : D’après Malraux, le XXIème siècle aurait dû être religieux. On s’est rapidement aperçu qu’en fait c’est le triomphe de la superstition et de la sorcellerie.

  • Pourquoi payer la facture des écologistes.
    Ils sont inutiles et dangereux.

  • « Mais évidemment, ces démarches peuvent être contrariées par une crise économique non maîtrisée, par le désordre social et la violence généralisée » Et plus sûrement les mettre à plat. Ce n’est qu’après le chaos qui s’annonce (et à mon avis ça va ch…) qu’on verra ce qu’il reste de l’ancien monde et de ses idéologies dépassées.

  • A L’auteur: Vous avez parfaitement analysé, ce n’est pas du montant des factures qu’il faut s’inquiéter, mais de la disparition programmée de la Nation et de ses fondements démocratiques, au profit de Commandos « Convention Citoyenne » qui sont a la démocratie ce que les Racailles et Black Blocs, sont a une manifestation pacifique et légales de personnes responsables

  • L’écologie ne coûte rien, elle remplace seulement votre entrecôte par une poignée de pois chiches et vous interdit de travailler plus pour vous payer votre entrecôte.

    • En effet l’écologie ne coûte rien et est même intéressante pour les scientifiques si sont capables de la comprendre ; c’est l’écologisme qui est ruineux et stupide.

  • Qui peut payer à part le Contribuable
    ?

  • Euh…, pour le moment, on lui demande juste de sauver la France. Pour la planète on verra plus tard. Et puis on ne l’a pas élu pour ça

    • « On » se demande pourquoi il a été élu car étant donné les résultats je ne vois pas de quoi l’on pourrait s’esbaudir !

  • « Emmanuel Macron a bien précisé d’entrée de jeu que le choix n’est pas « entre la fin du mois et la fin du monde »  »

    Ben si justement : il n’a donc rien compris comme d’habitude.

  • Ce n’est pas du montant des factures qu’il faut s’inquiéter, mais de la disparition programmée de la Nation et de ses fondements démocratiques, au profit de Groupuscules « Convention Citoyenne » qui sont a la démocratie ce que les Raques cailles et les briseurs gauchistes vêtus de noir sont a une manifestation pacifique et légale de personnes responsables

    • Un peu comme tous les « machins » internationaux, ONU (et ses dérivés, FAO, OMS, IPCC…), CIO, FIFA… qui ont du pouvoir mais dont on ne sait plus trop qui ils représentent.

  • Pfff… Quand on part du principe que même si le RCA était vrai, même si les hypothèses du GIEC fausses depuis 40 ans devenaient vraies (!), l’effet des mesures proposées serait de quelques millionièmes de degrés… Alors que par contre les conséquences pour les Français seront dramatiques, ce qui nous promet des retours des gilets jaunes et autres excités !!
    Forcément, à force de vouloir se nourrir sur la bête, les profiteurs du système vont se rendre compte que la source se tarit… Et pour certains, ils risquent de finir guillo.tinés s’ils ne veulent pas comprendre !

  • La « première mondiale » ça va surtout être l’effondrement économique et social d’un des grand pays occidental riche d’après guerre.

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