Les citoyens de la Convention pour le Climat envoyés au casse-pipe

Les citoyens de la Convention pour le Climat vont devoir résoudre en quelques weekends ce qui n’a pas été réalisé depuis des décennies.

Par Michel Negynas.

 

Parmi les documents fournis sur le site de la Convention pour le climat, on trouve une synthèse des objectifs de la France pour atteindre la « neutralité carbone » en 2050.

Les citoyens ont donc une feuille de route imposée, et il semble qu’aucune remise en question ne soit à l’ordre du jour.

Et pourtant…

 

Voici la « trajectoire » déjà définie par les Institutions

Convention climatCe diagramme à lui seul appelle un grand nombre de remarques et de questions :

─ les « puits », en vert, c’est-à-dire l’absorption par la biomasse et l’enfouissement du CO2 apparaissent négligeables dans l’équation.

─ de 1990 à 2015, on a diminué de 3,4 Mt/an, avec une baisse drastique de notre activité industrielle. Entre 2014 et 2017, on a même stagné comme on peut le voir sur le diagramme visible sur le site du CITEPA, organisme chargé de comptabiliser les émissions en France. Comme par miracle, ou extraordinaire créativité des 150 citoyens, on passe directement à une baisse de 10 Mt/an… On attend donc les résultats de la Convention avec un espoir immodéré.

─ la trajectoire a été déterminée « sans faire de paris technologiques. » Sauf qu’il faut identifier, quand même, les « verrous technologiques. » S’il y a des verrous, c’est que toutes les technologies ne sont pas disponibles. Alors comment peut-on éviter de faire des paris ?

─ une trajectoire linéaire, ça ne s’est jamais vu : les dernières émissions de CO2 seront bien plus difficiles à éliminer que les premières…

─ l’objectif de moins 40 % à 2030 paraît pour le moins extrêmement ambitieux… C’est dans 10 ans… C’est-à-dire que s’il faut mettre en place des technologies lourdes (véhicules hydrogène, électricité à tous les étages etc.), il faut vraiment se dépêcher !

 

Mais regardons où on peut faire des gains

C’est ce que je ferais si j’avais été tiré au sort.

Ci-dessous, les contributions et leur évolution des principaux secteurs comme montré par ce diagramme du site de la convention (données Secten, consultables sur le site du CITEPA).

Convention climat

Convention climat

Sur ces diagrammes, on voit que seules l’industrie (autant par gain d’efficacité que par délocalisation) et l’énergie ont baissé leurs émissions. Les autres sont rigoureusement constants.

Et encore, l’énergie a sans doute baissé car une partie des émissions de l’industrie lourde est comptabilisée dans l’énergie.

Alors, citoyens tirés au sort, que faire ?

Hé bien, heureusement, le document du site de la convention donne des pistes, voir le tableau ci dessous pour « notre » neutralité carbone et pour notre empreinte carbone, c’est-à-dire tenant compte de notre balance import export ; qui, il faut le dire en passant, est le seul indicateur vraiment significatif.

Convention climat Convention climat

Avec les chiffres de consommation en 2017, on voit d’emblée les enjeux sur l’éolien et le solaire…

Reprenons les pistes d’action :

décarboner l’énergie :

Pour l’électricité, c’est déjà fait. Pour le reste, par quoi peut on remplacer les 120 Mtep d’énergie fossile consommée en 2017 ? Par l’électricité ?

Il faudrait au moins doubler le nombre de centrales nucléaires, et/ou pour le chauffage alimenter un chauffage urbain généralisé par des chaudières nucléaires. Pourquoi pas, mais ça sera difficile à proposer… par exemple construire 100 réacteurs entre 2030 et 2050… car il va sans dire que pour l’éolien et le solaire, à 2 Mtep en 2017, il y aurait du chemin à faire.

L’hydrogène, sous forme de gaz liquéfié ou converti en méthane ? Mais c’est aussi, au départ, de l’électricité. Et le rendement global est ridicule.

La biomasse ? Au début XIXe siècle, dans une France encore peu industrialisée et de 20 millions d’habitants, il n’y avait plus de forêts dans un rayon de 100 km autour des villes… L’arrivée du charbon a sauvé les forêts françaises.

Mais faisons confiance à « l’expertise des non-experts », domaine d’un des cabinets mandatés pour l’organisation.

réduire fortement les émissions de l’agriculture et de l’industrie :

Une idée géniale, d’autant que ça reporte le bébé sur le secteur privé.

Or on a vu que c’est justement l’industrie qui a diminué depuis 1990, et malheureusement pas que pour des raisons d’efficacité.

Supprimer l’industrie, les citoyens tirés au sort vont-ils oser ? C’est possible : en France seule 10 % de la population travaille pour l’industrie, cela fait statistiquement 15 citoyens sur les 150, difficile de faire entendre sa voix aux 135 autres, sutout avec des organisateurs comme Cyril Dion, qui trouve anormale la présence d’un représentant des entreprises dans le comité de gouvernance.

Quant à l’agriculture, rigoureusement constante depuis 1990, on voit mal ce qui pourrait provoquer un bouleversement… ou plutôt on le voit très bien. (voir plus loin)

─ augmenter des puits de carbone :

On voit sur le diagramme que cela participe peu des enjeux, de l’avis même du ministère de l’Écologie.

Et la capture et l’enterrement du CO2 est un fiasco coûteux en énergie, risqué sur le plan environnemental (le CO2 fait de l’acide carbonique avec de l’eau).

─ le dernier moyen, réduire la consommation :

Bien sûr, des gains d’efficacité sont possibles, mais il faut surtout retenir une idée : « la sobriété des modes de vie. »

C’est donc cela que les citoyens tirés au sort doivent développer. Bon sang mais c’est bien sûr…

Sans viande, l’agriculture émettra moins (peut-être, ce n’est pas si simple). Et à 19 degrés dans les maisons, ça gagne. Et sans avions, il fera bon rester chez soi…

En fait, ce plan d’action est conforme à Negawatt, le projet de Greenpeace, qui prévoit que la sobriété comptera pour 60 % dans les gains énergétiques.

─ Un autre moyen, ne plus rien faire, tout importer, et exporter de l’immatériel :

Évidemment, pour la planète, c’est pareil, et même peut-être pire. Il faudra donc comptabiliser les empreintes carbone…

C’est certain, les Chinois vont nous donner aimablement le détail de leurs procédés de production, pour que nous puissions calculer une empreinte carbone qui servira à taxer leurs produits…

 

Moi, si j’étais un citoyen tiré au sort, j’aurais du mal à trouver le sommeil.

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