Existe t-il une réponse libérale à la crise du Covid-19 ?

Free by Victoria Nevland(CC BY-NC 2.0) — Victoria Nevland, CC-BY

Analysons à la lumière de la philosophie de Frédéric Bastiat, si les décisions prises par les pays qui ont jugulé la crise épidémique peuvent être qualifiées de libérales.

Par Patrick de Casanove.

Il y a un écueil à éviter qui est de faire un exercice de style, en intégrant ce que l’on sait aujourd’hui, pour dire ce qu’il aurait fallu faire hier.

Afin d’éviter cela nous allons partir de la réponse à l’épidémie de Covid-19 faite par les pays qui l’ont jugulée. Nous allons analyser, à la lumière de la philosophie de Frédéric Bastiat, si les décisions prises peuvent être qualifiées de libérales.

Quelques définitions

Le libéralisme

Il repose sur les droits naturels au nombre de trois : personnalité, liberté, propriété.

« Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’Homme.
C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.
Ce n’est pas parce que les Hommes ont édicté des lois que la personnalité, la liberté et la propriété existent. Au contraire, c’est parce que la personnalité, la liberté et la propriété préexistent que les Hommes font des lois. » Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

À partir de là on constate que le libéralisme va bien au-delà de l’économie au sens étroit qui lui est donné aujourd’hui, et auquel ses détracteurs veulent le cantonner.

Les droits naturels sont indissociables. Détruire ou altérer l’un détruit ou altère les autres. Ces trois droits s’équilibrent harmonieusement. Aucun ne peut devenir prédominant sous peine d’étouffer les autres. Les droits des uns sont conditionnés par les droits équivalents des autres.

Les individus comme l’État sont tenus de respecter et protéger ces droits naturels.

Ces trois droits naturels induisent un élément fondamental qui est la responsabilité individuelle.

La liberté économique           

Les pays qui ont réussi à enrayer l’épidémie sont des pays économiquement libres selon l’Index of Economic Freedom 2020 : Taïwan 11ème et la Corée du Sud 25ème. (pour information la France est 64ème)

 « La liberté économique est le droit fondamental de tout être humain de contrôler son travail et ses biens. Dans une société économiquement libre, les individus sont libres de travailler, de produire, de consommer et d’investir comme bon leur semble. Dans les sociétés économiquement libres, les gouvernements permettent au travail, au capital et aux biens de circuler librement et s’abstiennent de toute contrainte, ou s’abstiennent de contraindre la liberté au-delà de la mesure nécessaire pour protéger et maintenir la liberté elle-même. »

Nous constatons qu’avec cette définition, la liberté économique, elle aussi, va au-delà de l’économie au sens restreint qu’elle a aujourd’hui.

Épidémie et droits naturels

La personnalité

La personne est sacrée. Chaque personne est unique. C’est sur elle qu’il faut veiller. Il ne faut pas lui nuire. Il faut personnaliser, individualiser sa prise en charge.

  • identifier la personne malade avant même qu’elle ne présente des signes de la maladie, la chercher, la dépister pour la prendre en charge le plus tôt possible, afin d’éviter les complications et donner toutes ses chances à la guérison.
  • éviter de disséminer le virus, chercher, dépister, isoler, traiter pour rompre la chaîne de contamination. Isoler à bon escient est une des bases du respect des personnes. Éviter de disséminer le virus nécessite de disposer de gel hydroalcoolique en abondance.

Éviter de disséminer le virus implique l’utilisation massive, pour ne pas dire systématique, de masques. Pour éviter aux malades ou aux porteurs sains de contaminer d’autres personnes les masques chirurgicaux sont indispensables. Pour éviter aux personnes soignantes ou au contact des malades d’être contaminées, les  masques FFP2 sont nécessaires et éventuellement une tenue complète. Pour éviter à toute personne en contact avec un nombre significatif d’individus, comme le sont policiers, gendarmes, postiers, caissières, artisans, employés, ouvriers etc. d’être contaminée, les masques FFP2 doivent être généralisés.

La responsabilité personnelle

Il est de la responsabilité personnelle de chacun, même si cela restreint sa liberté, de prendre des mesures pour éviter de contaminer quelqu’un. Chaque droit naturel est limité par les deux autres. Par exemple la liberté de chacun est limitée par la personne d’autrui à qui il ne faut pas porter tort. C’est-à-dire qu’il est moralement obligatoire de prendre des précautions pour éviter de contaminer autrui.

Il est de la responsabilité personnelle des médecins, d’utiliser au cas par cas les traitements qu’ils jugent utiles. Ce qui veut dire la possibilité pour chaque médecin, en son âme et conscience de prendre des initiatives, d’innover, à condition de ne pas nuire.

Le respect des personnes

Éviter de déclencher la panique.

Il est certain que l’impréparation de la France, la cacophonie et les incohérences, gouvernementales entre autres, ont déclenché ce désarroi. Les deux « Adresse aux Français » d’Emmanuel Macron ont aggravé la situation.

La panique entraîne des comportements inadmissibles, mais heureusement très minoritaires, d’agressivité des uns vis à vis des autres. Par exemple la stigmatisation des soignants ou l’augmentation des violences conjugales.

Une politique efficace, un discours clair, cohérent, une gestion maîtrisée sont des facteurs rassurants pour la population.

Éviter de majorer l’angoisse.

Une épidémie génère toujours de l’angoisse. À celle-ci s’ajoute celle entraînée par le confinement. Celui-ci génère des effets néfastes psychologiques ou physiques. Plus il se prolonge plus ses effets délétères apparaissent. Les personnes doivent être particulièrement résilientes et soutenues.

« Une revue de littérature parue dans  » The Lancet « montre que la plupart des études portant sur le confinement rapportent des risques de troubles psychologiques comme des confusions, des troubles de l’humeur, etc. Ces risques sont liés aux conditions et à la durée de confinement, rappelant l’importance de gérer ces aspects dans les décisions publiques. »

Le pays à l’arrêt est cause de frayeurs. Plus les mesures prises sont collectives, généralisées, draconiennes, plus la peur monte, plus l’infection paraît terrible. Un confinement massif est plus anxiogène qu’un confinement personnalisé, entre autres parce que la personne peut considérer qu’elle est prise en charge de manière spécifique et que, le reste du monde continuant de tourner, elle sera aidée autant qu’il le faut. L’épidémie sera alors vécue comme maîtrisée.

D’où l’intérêt des quarantaines personnalisées sur des individus identifiés. Elles sont  mieux supportées, plus faciles à surveiller et à respecter que le confinement de masse.

D’où l’absolue nécessité de chercher, dépister, traiter, confiner individuellement à tous les stades de l’épidémie. Cela évite les souffrances inutiles. Le dépistage permet également de calmer les angoisses des personnes non contaminées et de leur entourage. Dans le contexte où nous vivons, le bien-être de ces personnes a son importance. Elles sont le soutien des malades et de l’économie.

La subsidiarité

C’est partir de la base. Ce sont les individus qui agissent. Il faut faire confiance aux acteurs de terrain proches des gens que sont les médecins et les infirmières. Au contact des populations ils peuvent mener à bien un vaste dépistage actif et faire passer les messages et informations de manière rassurante.

Il est nécessaire de leur laisser liberté et initiative. Il est judicieux de leur donner des moyens, une large autonomie et de leur permettre de comparer leurs expériences. Ces professionnels peuvent s’appuyer sur les sociétés savantes pour définir une ou des conduites adaptées, lignes directrices (le terme « protocole » est souvent utilisé en France). Chacun s’enrichit de l’expérience de l’autre. L’exact contraire d’une démarche dogmatique centralisée, déconnectée du terrain et partant du haut.

Il faut faire confiance aux opérateurs de terrain que sont les laboratoires de ville pour des tests faciles d’accès..

La liberté

La contrainte minimale

Le respect de la personne impose qu’elle ne soit pas contrainte inutilement, ou plus que nécessaire à la protection des droits naturels.

Si tant est que l’État ait un rôle, celui que lui concèdent les minarchistes, auxquels Bastiat est traditionnellement affilié, est de protéger et défendre les droits naturels individuels.

La contrainte nécessaire à l’atteinte de ce but doit être strictement limitée. La contrainte nécessaire pour venir à bout de l’épidémie doit être la plus minime possible. Pour ce faire, il faut un énorme travail de dépistage pour identifier chaque cas et réagir de manière appropriée.

La contrainte minimale entraîne la préservation de l’économie du pays. Les libéraux sont attentifs à la prospérité qui est indispensable à une prise en charge sanitaire convenable des habitants, bien davantage que le système de couverture sociale. Opposer la santé et l’économie n’a pas de sens. L’économie au sens de Bastiat c’est la vie.

« L’échange, c’est l’économie politique, c’est la société tout entière ; car il est impossible de concevoir la société sans échange, ni l’échange sans société. » Frédéric Bastiat Échange (1850)

Le génie humain

L’Homme est créateur. Le génie humain peut s’épanouir dans une société économiquement libre. Depuis la révolution dite industrielle du XIXe siècle, mais qui devrait plutôt s’appeler « la révolution capitaliste », le génie humain a mis à la disposition de l’humanité des moyens thérapeutiques, technologiques, scientifiques gigantesques.

Encore faut-il les utiliser. Toute la puissance de la technologie moderne au service des personnes a permis de maîtriser l’épidémie dans les pays qui l’ont utilisée intensivement et de manière pertinente.

Ceux qui pensent pouvoir vaincre la prochaine épidémie en limitant la liberté économique et la prospérité, devraient observer comment se déroule l’épidémie de COVID-19 en France.

La France n’a rien anticipé, s’est privée de ces moyens modernes et a adopté une conduite archaïque. Elle s’est comportée en pays du siècle passé quand toutes ces innovations n’existaient pas. Elle s’est laissée submerger.

Vouloir limiter la liberté économique c’est s’interdire de disposer de moyens puissants pour lutter contre les catastrophes sanitaires. C’est entraîner la mort de milliers de personnes qui auraient dû vivre. La Corée du Sud, Taïwan, ont utilisé toute la puissance de la modernité. Ils sont venus à bout de l’épidémie avec des dégâts limités, tant au point de vue pertes humaines que pertes économiques.

L’utilisation de tous les moyens technologiques modernes à grande échelle autorise une stratégie fine et ciblée. Grâce à quoi la prise en charge est individualisée et efficace, avec une contrainte minimale. On en revient toujours là.

Propriété

En Corée du Sud, à Taïwan, il n’est à déplorer aucune atteinte à la propriété, ni pour lutter contre l’épidémie, ni pour faire face à ses conséquences. La propriété privée est strictement préservée. Il n’est pas question de nationaliser, ni d’empêcher de verser des dividendes.

Ces pays sont conscients que c’est parce qu’ils sont prospères et économiquement libres qu’ils ont vaincu l’épidémie.

Conclusion

Quand l’épidémie sera terminée il faudra vérifier si les pays entièrement libres ou très libres économiquement, selon les critères de l‘Index of Economic Freedom, ont tous réagi comme la Corée du Sud et Taïwan.

On se rendra probablement compte que la culture de chaque pays modèle la réaction. En attendant, force est de constater que ces deux pays, qui ont les meilleurs résultats, sont des pays libres économiquement.

Ce sont ces pays où l’épidémie a été contrôlée, vaincue, sans confinement de masse et avec une très faible mortalité. Dans ces pays il n’y avait pas pénurie mais abondance.

Aucun moyen de prévention n’a manqué, ni les masques, ni les combinaisons, ni les solutés hydroalcooliques, ni les tests, ni les moyens de contrôler la température. Le dépistage a été massif, tout l’arsenal de la technologie moderne a été employé, la prise en charge a été individualisée. Tous les traitements étaient disponibles sans frein, y compris la chloroquine.

La démarche de soins a été décentralisée. Elle s’est appuyée sur les acteurs de terrain. L’information a été claire, cohérente. Il n’y a pas eu de panique ni d’incivilités. L’économie a continué de tourner.

La prise en charge y a été personnalisée, la contrainte a été ciblée et minimale. La liberté individuelle a été préservée au maximum. La propriété a été et sera respectée.

Nous retrouvons : personnalité, liberté, propriété.

La Corée du Sud et Taïwan n’ont sûrement pas décidé formellement de prendre des mesures respectant au mieux les droits naturels. Ils ont simplement pris les décisions de bons sens qui coulaient de source au vu de leur culture et de la grande liberté économique de leurs pays.

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