Pénurie de gel hydroalcoolique : le marché plus fort que l’État

Savon extra pur by Alvaro (CC BY-SA 2.0) — Alvaro, CC-BY

Il est permis de croire que la réponse du marché sera bien plus efficace que la réglementation étatique d’encadrement des prix, pour mettre fin à la pénurie.

Par Patrick de Casanove.

Les annonces du gouvernement concernant l’épidémie de coronavirus, abondamment relayées par les médias, ont entraîné une grande inquiétude chez les Français.

Il y a donc eu une augmentation très importante de la demande en gels hydroalcooliques et en masques. Il y a même eu des vols.

Subjectivité de la valeur et mauvaise réponse gouvernementale

La conséquence est que le marché des gels hydroalcooliques connaît des difficultés d’approvisionnement, c’est-à-dire une pénurie, soit le manque de ce qui est nécessaire. Ces difficultés à se procurer ces solutés peuvent elles-mêmes majorer les inquiétudes des populations et engendrer un nouvel accroissement de la demande, créant ainsi un cercle vicieux.

Le manque de gels hydroalcooliques a parfois entraîné des augmentations du prix de vente, ce qui signifie que certaines personnes ont été suffisamment effrayées pour accepter de payer ces produits au prix fort, estimant que le service rendu valait le prix auquel elles les achetaient.

Frédéric Bastiat nous a expliqué que la valeur est subjective.

« Au point de vue économique, la société c’est l’échange. La première création de l’échange, c’est la notion de valeur. » – Harmonies économiques, De la valeur (1850)

« Or une analyse complète de la valeur démontre que chaque service vaut d’abord en raison de son utilité intrinsèque. »Harmonies économiques, Échanges. (1850)

La question à se poser est de savoir pourquoi ces personnes ont-elles été autant effrayées.

Face à cette pénurie, la réponse gouvernementale a été d’encadrer les prix, mesure technocratique qui ne rendra pas le gel plus abondant mais qui, émotionnellement, passe bien dans l’opinion.

L’augmentation des prix n’est pas inattendue car ils sont des informations qui indiquent l’existence ou non d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Quand un prix monte, il signale que l’offre est insuffisante.

Les industriels augmentent la production de gel hydroalcoolique

David Frappart, directeur marketing du laboratoire Cooper, détaille :

« Nous avons mis en place un plan d’approvisionnement renforcé pour nos gels hydroalcooliques. En plus de notre fabricant à Lille, nous avons mis en place une ligne de production supplémentaire près de notre siège social à Melun. »

Avant de poursuivre :

« Nous avons également diversifié nos composants (gels et flacons 125 ml et 200 ml, en plus du traditionnel flacon 75 ml), car c’est toute la chaîne d’approvisionnement sur ces produits qui est actuellement sous haute tension et n’arrive pas à suivre l’explosion du marché. Sur les derniers jours, on peut estimer que le marché ne répond pas à la demande. »

De nouveaux acteurs entrent sur le marché

  • Des professionnels : les pharmaciens ont demandé à pouvoir fabriquer des gels alors que des règlements technocratiques le leur interdisent actuellement.

« La proposition a été envoyée en fin de semaine dernière, informe Carine Wolf-Thal. Le Conseil de l’ordre des pharmaciens qu’elle préside a demandé au ministère de la Santé de prendre un arrêté afin d’autoriser – de façon temporaire – les officines à fabriquer du gel hydroalcoolique. Pour l’heure, sa production est encadrée par des réglementations européennes et nationales, comme tous les autres produits de la famille des biocides, des désinfectants. Donc interdite aux pharmaciens. »

  • Des particuliers pour une autoproduction : il est facile de trouver des informations grand public pour en fabriquer soi-même, autoproduction qui n’en valait pas la peine du temps de l’abondance. L’OMS elle-même édite un guide pour la fabrication locale de gels hydroalcooliques.

Le savon et le marché

L’existence d’autres possibilités sont rappelées, comme le simple lavage des mains à l‘eau et au savon, efficace, essentiel et hélas, négligé. Négligence due en partie à la mise en avant des solutés hydroalcooliques par les médias, ce qui les fait passer pour la panacée.

À la lumière de ces faits, il est permis de croire que la réponse du marché sera bien plus efficace que la réglementation étatique d’encadrement des prix, pour mettre fin à la pénurie et satisfaire la demande accrue en gels hydroalcooliques. La fin de la pénurie entraînera une baisse des prix.


[Mise à jour dimanche 8 mars, 14 h 00] Le gouvernement français a finalement publié hier un décret autorisant les pharmacies à fabriquer elles-mêmes du gel hydroalcoolique selon la recette de l’OMS.

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