Le confinement est-il vraiment efficace ? 

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Ce confinement est supposé nous faire gagner du temps face au virus, afin de permettre aux hôpitaux de réguler le flux de malades. Est-ce la bonne stratégie ?

Par Rémy Poix.

Les mesures de confinement prises par le gouvernement aggravent en grande partie la situation. Une analyse dynamique de celle-ci montre que ce confinement est contre-productif.

Il nous faut regarder cette crise sous un autre angle : celui de l’équilibre à maintenir entre, d’une part le développement de l’épidémie, mais également d’autre part celui de nos capacités matérielles, humaines et techniques nous permettant d’y répondre.

Confinement : restez chez vous !

Certes, notre système de santé a été mal préparé et n’est pas à la hauteur dans la situation actuelle. Certes, un certain nombre de mesures qui auraient dû être prises bien avant ne l’ont pas été.

Mais ce n’est pas mon point. Mon point concerne justement le confinement lui-même, et ce à partir du moment où nous avons su que notre système de santé allait être dépassé, à partir du moment où nous avons adopté la stratégie « d’aplatir la courbe » afin d’éviter de surcharger les hôpitaux.

« Restez chez vous ! ». Oui, mais certains doivent sortir. Ne serait-ce que les médecins et urgentistes. Certains doivent continuer à aller travailler, d’autres doivent aller faire leurs courses, sortir leur chien, etc.

Alors, qui peut sortir ou non ? Et pour quoi ? Qui peut continuer à travailler ou pas ? Quel patron peut légitimement demander à ses salariés de rester au travail, et quels métiers, quels commerces doivent fermer leurs portes ?

Lorsqu’on écoute les virologues les plus alarmistes, à peu près tout et n’importe quoi nous semble extrêmement risqué, dès lors que nous dépassons le stade du confinement total à domicile, en autarcie complète. Encore un tout petit peu plus et les médecins aussi se retrouveraient assignés à domicile. Impossible, bien évidemment.

Heureusement, nous ne sommes pas en quarantaine, mais en « simple » confinement. Ce confinement est supposé plus simplement nous faire gagner du temps, afin de permettre aux hôpitaux de réguler le flux de malades. Tout cela nous a été très bien expliqué. Mais gagnons-nous réellement du temps, avec une telle stratégie ?

L’offre et la demande en temps de confinement

Ralentir l’épidémie par le confinement revient à tenter de limiter le nombre de malades arrivant au même moment à l’hôpital. Concrètement, cela revient à agir sur la demande (les besoins en soins médicaux), en tentant de la diminuer, afin d’être en capacité d’y répondre avec les moyens du bord.

Les moyens du bord, voilà bien le terme adéquat : il s’agit d’utiliser ce qui est disponible aujourd’hui, les lits en réanimation, les ventilateurs, les médecins et urgentistes, les stocks de masques, les ambulances, etc.

Seulement, nous ne sommes pas sur un bateau. Fort heureusement, d’ailleurs. Alors, plutôt que de nous contenter de considérer les choses de manière statique, en regardant uniquement nos moyens actuels et nos stocks, si nous les regardions plutôt de manière dynamique ?

Pour l’instant, le confinement se concentre sur la réduction de la demande. Soit dit en passant, il ne semble pas qu’il y parvienne vraiment, vu la croissance exponentielle du nombre de morts ces derniers jours, mais passons.

Il existe en réalité une autre stratégie que nous pouvons emprunter : accroître l’offre. Car si le stock est effectivement limité à un moment t particulier, en revanche il l’est moins en termes de disponibilité future, si on décide d’augmenter les moyens, d’accroître la production ; si on embauche, si on construit, si on réoriente les productions, etc.

Réactions en chaîne

Seulement voilà, dans notre société de marché interconnectée, où chaque acteur économique est le tout petit maillon d’une chaîne immense et complexe, rompre l’un de ces maillons fait courir un risque de déstabilisation de l’ensemble de la chaîne.

C’est ainsi par exemple qu’après avoir agi pour augmenter considérablement la production de masques, on s’aperçoit cinq jours après, une fois que les stocks sont enfin au rendez-vous, qu’on ne peut pas les livrer car l’usine de fabrication des emballages – considérée comme une activité mineure donc inutile – a été fermée. Or, sans emballages les masques seraient livrés avec le risque d’être déjà contaminés. Impossible, donc.

Et voilà qu’il nous faut alors rappeler tous les salariés de l’entreprise d’emballages qui ont été mis au chômage technique, relancer les machines, produire, pour enfin pouvoir effectuer la livraison. Comptez à nouveau cinq jours précieux de perdus, simplement pour ralentir « mathématiquement » les interactions, en mettant le plus possible de personnes au chômage et à domicile – celles qui « ne servent à rien ». Grave erreur, ou mauvais calcul : pas de masques à livrer, c’est autant de personnes qui, sans masques à disposition, vont en contaminer d’autres, ou être contaminées.

La société de marché a besoin d’une grande quantité d’acteurs interconnectés ; se priver de certains, c’est se priver tôt ou tard de tous. Même sans la fermeture par décret d’une entreprise ou d’une autre, certaines peuvent avoir fermé leurs portes par manque de commandes, car les établissements qui constituent leurs clientèles ont été fermés.

Pour prendre un autre exemple que celui des masques, le BTP n’a pas été complètement mis à l’arrêt, mais grosso modo, seules les commandes d’urgence pour les réparations essentielles ont été maintenues : fuites d’eau ou de gaz, interventions dans les magasins encore ouverts afin d’y adapter les infrastructures de manière à protéger les salariés, etc.

Or, le besoin se fait sentir de construire des hôpitaux de fortune, et le moyen le plus rapide, le plus économique et le plus facile à mettre en œuvre pour ce type d’installation, c’est le préfabriqué de type algéco, à un prix défiant toute concurrence car construit en panneaux-sandwich.

Mais les entreprises qui produisent et distribuent les panneaux-sandwich ont fermé leurs portes, faute de commandes à cause du confinement. Là aussi, il va donc falloir sans doute très prochainement rouvrir les usines produisant ces panneaux-sandwich, et lorsqu’on va s’en apercevoir, on se rendra alors compte qu’une fois de plus, un temps précieux a été perdu.

Chaînes de valeur et innovation

Il ne suffit donc pas de réduire la demande, mais également d’être en capacité de maintenir l’offre, voire de l’augmenter. Si on met tout le monde à domicile, on ne pourra jamais augmenter la capacité de nos hôpitaux.

Qui plus est, il nous faudra à terme développer une immunité de groupe. Or pour ce faire il faut que des gens tombent malades, puis soient soignés ; ou vaccinés, mais pour l’instant nous ne disposons pas de ce vaccin, et il est trop tard pour essayer de repousser l’épidémie à plus tard. Mais justement, s’il est trop tard, alors peu importe que nous tombions malades ; et si ça se trouve, nous sommes déjà tous contaminés.

L’heure est donc aux soins ! L’heure est à MULTIPLIER les soins, avec une plus grande exponentielle, encore plus que celle du nombre de patients qui vont arriver aux urgences ! Nous en avons les moyens. Et nous avons une chance incroyable, au milieu de notre malheur, c’est que cette pandémie est très peu risquée pour les enfants, les jeunes, les personnes en bonne santé. Tirons-en profit !

Les individus comme moi, encore jeunes et en bonne santé, ne demandent qu’à pouvoir se retrousser les manches et contribuer à l’effort collectif. Rester confiné chez soi, à compter les morts sans avoir le droit de mettre à profit son savoir et son savoir-faire est une véritable torture !

Si c’est une guerre, alors qu’attendons-nous pour nous battre ? Toutes les guerres ont d’ailleurs toujours été vaincues par ceux qui disposaient du système économique le plus prospère. Seule la prospérité économique peut nous permettre de fournir un tel effort. La stratégie du confinement s’apparente à une stratégie de la « terre brûlée ». Or, tous les militaires savent très bien qu’une telle stratégie a ses limites : affamer l’ennemi ne doit en aucun cas nous faire courir le risque de nous retrouver nous-même affamés.

En fermant les entreprises, non seulement nous nous rendons incapables de produire ce dont nous avons besoin aujourd’hui, mais nous nous rendons également incapables d’innover, et de développer dans un futur proche ce dont nous aurons besoin très bientôt : des médicaments adéquats, des vaccins et autres instruments de soin, des instruments et techniques d’isolement des malades et/ou de protection des personnes saines, etc.

Comment savoir de quels produits ou services ces innovations auront besoin à ce moment-là ? Comment savoir quelles entreprises nous pouvons raisonnablement fermer aujourd’hui, en étant certains qu’elles ne se révéleraient pas finalement indispensables dans un futur proche ? Qui aurait pu imaginer, par exemple, que Décathlon aurait l’idée d’utiliser ses masques de plongée en supports pour respirateurs ?

Pour vaincre cette pandémie, nous avons nécessairement besoin de l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’ensemble de la chaîne de production et d’échanges. Pour y arriver, nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer de l’un ou de l’autre : nous avons besoin de tous.

Notre meilleure chance de passer cette crise n’est donc certainement pas de diminuer l’offre, mais au contraire de l’accroître !

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