Comment sortir de l’étatisme

Le moment est venu de concevoir et d’appliquer une nouvelle stratégie plus ambitieuse : si sortir de l’étatisme est un objectif souhaitable pour un nombre grandissant de Français, il faut trouver les processus qui conduiront à ce résultat.

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Comment sortir de l’étatisme

Publié le 28 mai 2019
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Par Hervé Gourio.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Pour la première fois depuis très longtemps l’opinion publique française évolue sur la question de l’étatisme. Pour témoins le rejet en 2017 des partis de gouvernement qui l’ont pratiqué tous deux continûment à quelques brefs entractes près, et fin 2018 le soutien au mouvement des Gilets jaunes avant qu’il ne ritualise une violence anti-élitiste.

Pour ceux qui comme nous pensent depuis longtemps que ce mode de gouvernement est néfaste, qu’il handicape gravement notre pays, le paysage change radicalement. On peut certes continuer d’entretenir l’évolution de l’opinion pour renforcer l’hostilité grandissante contre ce système. Autrement dit, continuer la bataille des idées.

Beaucoup de cercles libéraux s’y emploient comme ils l’ont fait depuis longtemps, souvent avec talent, mais avec un succès médiocre face à la coalition puissante des étatistes de tout acabit. Mais aujourd’hui ces derniers n’ont plus partie gagnée. L’espoir doit changer de camp en confortant un rejet de l’étatisme de plus en plus populaire. Il n’est plus seulement souhaitable, il devient réalisable avec l’appui des Français.

Question principale : comment fait-on ?

Le moment est venu de concevoir et d’appliquer une nouvelle stratégie plus ambitieuse : si sortir de l’étatisme est un objectif souhaitable pour un nombre grandissant de Français, il faut trouver les processus qui conduiront à ce résultat et qui seront politiquement porteurs, y compris face à des adversaires encore puissants, même s’ils sont de plus en plus discrédités.


La bataille des idées a laissé penser qu’on pourrait remplacer des gouvernements autoritaires étatistes par des gouvernements autoritaires libéraux. Dans le nouveau paysage émergent on ne séduira pas des citoyens par un programme de gouvernement. C’est la démarche actuelle, fondamentalement étatiste d’Emmanuel Macron. Elle échouera. On ne soigne pas le mal par le mal.

Avec qui les étatistes devront-ils partager le pouvoir ?

Allons à l’essentiel : si l’étatisme consiste par définition à confier à la haute fonction publique la définition des politiques publiques et même du bien commun, il faut retirer cette mainmise prioritaire à cette caste particulière. Il faut donc lui ôter une partie de ses pouvoirs ou la contraindre à partager avec d’autres personnages appartenant à d’autres groupes sociaux ou à d’autres institutions.

Cette réorganisation risque d’effrayer un pays aussi frileux que le nôtre qui, pour planifier des changements, attend souvent le dernier moment, proche de l’explosion ou de la catastrophe. Pourtant il faut appeler un chat un chat. La question clé est de désigner les concurrents des étatistes en place et de convaincre que cette réforme est faisable.

Des scénarios de réorganisation…

Il nous faut mettre maintenant à l’ordre du jour les scénarios qui décriront comment certains enlèveront des pouvoirs aux acteurs de l’étatisme actuel. En évitant les faux- semblants qui nous sont si familiers où toute possibilité de changement est verrouillée, aussitôt la porte entrouverte, afin de prolonger le statu quo.
Esquissons quelques pistes pour illustrer notre propos.

Deux réhabilitations sont possibles : du côté parlementaire et avec le secteur privé. Des mauvaises habitudes pourraient être bannies afin de rétablir des principes anciens aujourd’hui battus en brèche, mais qui sont encore admis et respectés, au moins verbalement.

1. Le contrôle parlementaire est devenu quasiment marginal, et son rapport coût efficacité semble désastreux. Les députés novices le découvrent avec stupeur et le disent publiquement. Les élus dont les contributions à la rédaction des textes ont des chances d’être admises sont ceux qui ont déjà donné des gages à l’administration dont ils sont souvent consanguins. La compétence technique des députés n’est pas respectée par les fonctionnaires. Leur avenir politique dépend davantage de leur soutien au gouvernement dans les territoires que de leur travail législatif.


Il faut leur redonner les ressources en temps, en formation, en assistance, pour une contribution à la qualité des lois ex ante et à leur amélioration ex post en s’appuyant sur l’expérience de leurs électeurs. En acceptant qu’ils se spécialisent et en récompensant les meilleurs spécialistes de temps à autre par un poste de ministre. Les généralistes font rarement d’excellents ministres dans le monde complexe d’aujourd’hui.

2. Avec le secteur privé règne une paix armée. Le travail de sape, la guérilla ou le scepticisme des entrepreneurs d’un côté, et de l’autre la communication politique et la phraséologie idéologique omniprésente des politiques sont les monnaies d’échange prégnantes entre deux mondes étrangers l’un à l’autre et qui vivent depuis un siècle dans une relation amour/haine.

Pourtant le candidat Emmanuel Macron avait laissé espérer des frontières claires donnant espace et oxygène aux acteurs privés dans le cadre d’une régulation bien acceptée. Situation banale dans tout le monde occidental. Il n’est pas difficile de réformer dans ce domaine. Il suffit de regarder vers le nord de l’Europe comment sont définies les frontières permettant à une économie prospère de dispenser ses bienfaits.

Deux « importations » seraient également rassurantes pour nos concitoyens car ils fonctionnent bien depuis longtemps dans les pays voisins.

1. La responsabilité des partis politiques est de concevoir des programmes gouvernementaux assez détaillés pour permettre des accords de gouvernement après des élections en fonction de leurs résultats. Leur rôle n’est pas de préparer les pitreries électorales dont nous venons encore d’avoir un exemple ces dernières semaines ; ni de servir de terroir mafieux entre rivaux qui se comporteront comme les propriétaires de suffrages obtenus sans scrupules. Une réforme aisée ici : puisque les partis vivent d’argent public il faut que celui-ci soit employé à des tâches sérieuses exploitant en particulier les données confisquées de fait par les administrations, au mépris de lois antérieures.

2. Faire reculer le jacobinisme, synonyme géographique de l’étatisme. Pas seulement par déconcentration des administrations centrales mais en s’appuyant sur la légitimité largement ressentie des maires des très grandes comme des très petites communes. Autrement dit en amorçant une décentralisation bottom up, une subsidiarité de type suisse où les échelons supérieurs justifient leur action et leur rôle par leurs services aux unités de rang inférieur. On peut pour commencer donner à des regroupements de communes de taille socio-économique viable un chef élu, des compétences et des ressources propres précises et stables, enfin une liberté de contracter entre nouvelles communes pour gérer les besoins qu’elles ne peuvent pas satisfaire seules. Et cela sans demander à l’État une aide supérieure à celle qui leur a été accordée dans le passé récent.


Bien sûr ce renversement des priorités devrait être d’abord conduit dans une région française prête culturellement à l’autonomie et attirée par le dynamisme économique en admettant que notre pays n’est pas uniforme. On peut en tout cas s’attendre à ce qu’il puisse attirer des hommes politiques de talent. Plusieurs n’ont-ils pas déjà préféré une mairie ou une région à n’importe quel ministère ?

Conclusion : sortir de l’étatisme est à notre portée et sera populaire

Ces exemples de scénarios n’ont pas la prétention d’être les meilleurs. Nous avons voulu seulement montrer que la préséance des étatistes et la domination de ce système de gouvernement qui a affaibli la France depuis si longtemps, oui, tout cela peut être rompu.


Au moyen de réformes faciles à comprendre et donc à appliquer, a priori peu ou pas du tout coûteuses. Pas révolutionnaires en un mot. Alors que les mesures tombées de Paris sont tout le contraire.

On voit bien comment ces exemples pourraient être attrayants pour ceux de nos concitoyens qui en ont soupé de l’étatisme. Il faut atteler à ce travail de conception de scénarios tous ceux qui ont appris à vivre dans des entités autonomes et responsables, entrepreneurs ou gérants d’associations ou professionnels indépendants. Nous avons enfin une lueur au bout du tunnel pour donner à la France un tout autre visage.

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  • Franchement ces exemples de processus de désétatisation sont un peu « bateaux » et pas très clairs. Un peu naif aussi peut etre ?

  • J’ai bien peur que les français ne prennent jamais conscience que le mal dont ils souffrent a pour principal responsable l’Etat.

  • Je pose la question sans esprit polémiste mais :

    – est-ce que l’esprit des libéraux français n’est pas contaminé par le partisanisme et le verticalisme politique ?

    Dans notre pays si proprement centralisé, toute l’activité politique est également cloisonnée, un peu comme l’était les disciplines scientifiques. Là où de nombreux Etats ont une culture de la coalition libre, chez nous elle se produit avec une construction artificielle type macroniste forcèment rigide et dirigiste. Certes les Etats-Unis aussi ne coalisent pas, mais ils ont une organisation décentralisée et une nette séparation des pouvoirs.

    Alors on peut se cacher derrière son petit doigt doctrinaire et se voiler la face, pour que rien ne change.

  • On ne sortira jamais de l’étatisme sans une banqueroute ou une grève fiscale. En France même les guerres civiles aboutissent à plus d’étatisme. Les modifications des institutions vont toujours dans le sens de plus d’Etat. La grève fiscale me semble la solution la plus plausible.

    • Vu l’esprit de délation et la volonté de faire payer les moins pauvres, je crains fort que la grève fiscale ne soit condamnée dès le départ elle-aussi. Je vois plutôt le salut dans une croissance de l’économie parallèle.

  • Dans vos rêves!

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