Sauvons l’Europe !

Pour sauver l’Europe, les libéraux doivent emprunter le chemin du réalisme. Et ne pas rester silencieux le 26 mai prochain. OPINION

Par Bruno Pineau-Valencienne.

Cette Europe technocratique et impuissante n’a plus d’avenir mais est-ce une raison suffisante pour laisser brûler « la maison commune » ? Voulons-nous revivre le pitoyable spectacle du Brexit avec le risque d’éclatement et la relégation de notre continent ? Certes pas ! Alors n’abandonnons pas l’Europe, refondons là !

En 2016 Bruno Le Maire avait avancé l’idée d’un référendum positif, la démarche inverse de cette consultation populaire organisée au Royaume-Uni en juin 2016, dont l’objectif consisterait à redonner la parole aux peuples européens, non pas pour valider leur présence au sein de l’Union, la question ayant déjà été tranchée mais plutôt pour leur permettre de se ré-approprier un nouveau projet fondateur.

Repenser l’Europe est une urgence

Dans cet esprit, rouvrons sans tarder le débat pour proposer un nouveau traité garantissant des frontières stables tout en redéfinissant les règles de Schengen, la mise en place d’une politique commune contre les réseaux de passeurs, une coordination renforcée du renseignement européen et de la police, ou le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. En matière de défense donnons-nous également les moyens d’intervenir sur les théâtres d’opérations en nous dotant d’une véritable force de projection européenne tout en mutualisant le risque et en partageant la facture militaire dans un contexte géopolitique en pleine ébullition avec à l’est un Poutine imprévisible et au sud une menace terroriste qui se superpose à une crise migratoire gravissime et incontrôlée.

En parallèle, puissions-nous trouver dans cette Europe le véritable catalyseur qui nous obligera à entreprendre chez nous, Français, les réformes nécessaires telles que la diminution des déficits, la refonte du marché du travail et des retraites afin de remédier à notre décrochage économique pour qu’enfin nous respections nos engagements. Pour gagner la confiance de nos partenaires, proposons un nouveau cadre fiscal attractif favorisant la liberté économique, la création d’une vaste zone de libre-échange et un entrepreneuriat européen imaginatif et puissant.

La France dispose également de nombreux atouts pour reprendre la main sur la transition énergétique face à une Allemagne sur le déclin qui a connu un échec retentissant avec ses usines au charbon. Capitalisons sur notre savoir-faire en promouvant le nucléaire qui fait partie des énergies renouvelables puisque décarboné.

Sur le plan fiscal osons revoir la règle des 3 % de déficit. Un bon budget n’a jamais été un budget à 3 % de déficit… un bon budget c’est d’abord un budget en équilibre !
Mettons fin à la comitologie en revoyant les règles de fonctionnement de la Commission européenne dans le but de rééquilibrer les pouvoirs en favorisant au contraire le rôle du conseil européen composé essentiellement des chefs d’État qui sont eux élus démocratiquement par leur peuple dans le but de faire émerger une véritable capacité d’action et de décision efficace et légitime, en somme un vrai pouvoir exécutif.

Une Europe pour les libéraux ?

En 2017, une grande majorité de libéraux avait rejoint François Fillon mais aujourd’hui les temps ont changé… Quelles alternatives s’offrent donc à nous dans un scrutin qui n’a rien de comparable à l’élection présidentielle même si les débats de politique intérieure ont relégué les enjeux européens au second plan ? La droite française aphone n’a pas de programme fédérateur et encore moins sur l’Europe, aucun chef, du jamais vu sous la Cinquième République. Pire encore, des députés LR préfèrent s’allier à nos adversaires les plus tenaces, emboîtant le pas à l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon et au PS au sein d’un front anti-Macron comme nous avons pu le constater lors de leur conférence de presse conjointe contre le projet de privatisation d’ADP. L’ opposition à l’unisson réédite le programme commun, une première au Palais Bourbon !

Et que dire de ses chefs, de Jean-Luc Melenchon à Marine Le Pen en passant par Nicolas Dupont-Aignan ou Laurent Wauquiez, lesquels ont été d’une complaisance inouïe dans la crise des Gilets jaunes comme fascinés par la violence des casseurs. En soufflant sur les braises, ils ont instrumentalisé le chaos, s’imaginant peut-être que celui-ci leur ouvrirait plus facilement les portes du pouvoir. En enfilant le Gilet de la honte ils ont été complices de ce viol collectif de la démocratie, prêts à tout marchander jusqu’à jeter aux orties les valeurs et les principes qui ont fondé nos libertés publiques.

Certes, Emmanuel Macron a commis des erreurs, se montrant tantôt hésitant ou faisant preuve d’un manque d’autorité mais l’homme a également beaucoup appris, synthétisé et mûri pour, espérons-le, mieux rebondir et fixer un nouveau cap. Le contexte international lui offre en tout cas une formidable fenêtre d’opportunité pour prendre le leadership de l’Europe alors que Merkel et May contestées au sein même de leur propre majorité s’apprêtent à abandonner le pouvoir dans la tourmente.

Fort de ce constat et en l’absence d’un sauveur ne vaut-il pas mieux tenter de soutenir un Président réformiste pro-entreprise, le plus libéral que nous ayons eu depuis Pompidou, à égalité avec Valéry Giscard d’Estaing, en essayant d’influer sur sa politique plutôt que s’engager dans un choc frontal stérile dont la France en sortira à coup sûr perdante ?

Nonobstant des sondages en berne Emmanuel Macron sera réélu en 2022, c’est une quasi-certitude si l’intéressé décide de se représenter.

Plus les réformateurs seront nombreux à l’entourer et plus nous maximiserons nos chances de faire progresser nos idées libérales. C’est en tout cas le pari que j’ai décidé d’entreprendre en soutenant le programme pro-européen de la liste Renaissance, le plus abouti, le mieux structuré bien que la taxe carbone sur les produits importés et le transport aérien, l’instauration d’un salaire minimum, ou la taxe sur les géants du numérique en Europe nous laissent dubitatifs. C’est bien connu, dans certains cas il faut savoir choisir ses batailles. « Choose your battles » ! En revanche, rester dans le silence ou l’abstention le 26 mai prochain c’est être dans le déni en faisant le jeu des extrêmes, des jaunâtres, des jacobins et autres souverainistes, ces perdants à répétition qui vocifèrent et nous promettent un champ de ruines. Face à la montée des périls, l’Europe mérite tout de même de livrer pour elle l’ultime bataille !

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