Économie : ce rapport européen qui accable la France

La France est sous surveillance et la Commission européenne n’a aucune illusion sur le court terme : rien ne se fera avant les élections.

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Économie : ce rapport européen qui accable la France

Publié le 11 mars 2017
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Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

Le 22 février, la Commission européenne a publié un volumineux rapport comprenant son analyse annuelle de la situation économique et sociale des les États membres, mais aussi le « Paquet d’hiver », examinant les progrès réalisés, ou non, par les États membres au cours du dernier semestre.

Il s’agit non seulement d’un rapport global, mais aussi d’analyses sur l’application du pacte budgétaire, ainsi que des rapports détaillés par pays. Celui sur la France comprend à lui seul 89 pages, donnant une analyse extrêmement fouillée de la situation. Bien entendu, certains points, notamment dans les recommandations, sont discutables et reflètent des a priori, mais le diagnostic est intéressant et notre pays est montré du doigt pour déséquilibres excessifs et insuffisance de réformes.

Une classification des pays est faite entre ceux qui ne connaissent pas de déséquilibres, ceux qui ont des déséquilibres et ceux qui connaissent des déséquilibres économiques excessifs. Pour 2016, comme pour 2017, 6 pays présentent des déséquilibres excessifs : l’Italie, Chypre, le Portugal, la Bulgarie, la Croatie et la France. La Grèce n’y figure pas, car ce pays, sous perfusion, symbole de toutes les dérives étatiques, fait l’objet d’un traitement à part. D’autres pays n’y figurent plus, notamment l’Espagne, classée désormais simplement dans la catégorie « déséquilibres », car de vrais efforts de redressement sont en cours.

Une analyse très critique des faiblesses françaises

Le communiqué de presse présente une synthèse des conclusions des bilans approfondis par État membre. La partie critique concernant la France pointe du doigt les problèmes essentiels :

La France connaît des déséquilibres excessifs. Dans un contexte de faible croissance de la productivité, l’importance de la dette publique et la faiblesse de la compétitivité peuvent entraîner des risques pour l’avenir et avoir une incidence dépassant les frontières nationales. La compétitivité a commencé à s’améliorer, et les parts de marché à l’exportation se sont stabilisées ces dernières années.

La faible croissance de la productivité empêche cependant un rétablissement plus rapide de la compétitivité-coûts en dépit des mesures prises pour réduire le coût de la main-d’œuvre et d’une évolution modérée des salaires. Les marges bénéficiaires des sociétés non financières se sont quelque peu redressées depuis 2013, mais continuent à peser sur l’investissement. La dette publique continue de croître, quoiqu’à un rythme plus faible, et les risques en termes de soutenabilité à moyen terme sont élevés.

La Commission s’exprime dans un langage « politiquement correct », pour ne pas trop froisser les États concernés, mais ce diagnostic rejoint sur plusieurs points les problèmes régulièrement pointés du doigt par l’IREF. C’est le cas de la dette publique, qui continue à croître et l’expression soulignant « les risques élevés de soutenabilité à moyen terme » signifie que la dette pourrait devenir rapidement hors de contrôle, si la hausse actuelle des taux se poursuivait. La France emprunte en effet aux nouveaux taux, non seulement pour financer les déficits actuels, mais aussi pour remplacer la dette ancienne arrivant à échéance, une forme de cavalerie extrêmement dangereuse, une fuite en avant qui n’a rien à envier aux systèmes de Ponzi ou de Madoff.

Des efforts restent à faire

La synthèse insiste aussi sur la faiblesse de la compétitivité. Si les parts de marché à l’exportation se sont stabilisées, c’est au plus bas niveau historique, comme nous l’avons montré (lire « Déficit extérieur : des raisons d’être inquiets »). On voit bien que les mesurettes prises pour réduire les coûts sont insuffisantes et que les marges des entreprises restent trop faibles pour permettre une vraie reprise des investissements.

Certes, le rapport souligne que certaines réformes « entreprises récemment constituent un progrès notable », mais ajoute aussitôt que « les pouvoirs publics doivent encore remédier à certains problèmes et prendre de nouvelles mesures, notamment pour accroître l’efficience des dépenses publiques et de la fiscalité, pour réformer le salaire minimum et le système d’allocations de chômage, et pour améliorer le système d’éducation et l’environnement des entreprises. ». Autrement dit, l’essentiel reste à faire…

C’est avant tout la liberté dont la France a besoin

La France est donc sous surveillance et la Commission n’a aucune illusion sur le court terme : rien ne se fera avant les élections, et elle attend un « nouveau programme national de réforme (PNR) », « rédigé par le nouveau gouvernement ». Mais porter le taux marginal de l’impôt sur le revenu à 90%, avec 273 milliards de dépenses publiques supplémentaires, comme le propose Mélenchon, ou mettre en œuvre un revenu universel coûtant entre 300 et 430 milliards, comme le propose Hamon, entre dans la catégorie des « fausses promesses » qu’évoque V. Dombrovskis, vice-président de la Commission, en présentant le rapport.

Mais il ne suffit pas d’éviter les mesures suicidaires, ni d’envisager des réformes ponctuelles, et le rapport de la Commission pêche par un biais social-démocrate, ce qui devrait mettre fin à la fable de l’Europe « ultra-libérale ».

Certes, elle suggère un triangle vertueux : « la relance de l’investissement, la poursuite des réformes structurelles et la mise en œuvre de politiques budgétaires responsables ». Mais aucune vraie rupture pour la Sécurité sociale, le poids des dépenses publiques, la fiscalité spoliatrice ou une vraie libéralisation du marché du travail. Or, fondamentalement, c’est de liberté que la France a besoin pour se redresser, non de mesures cosmétiques. De ce point de vue, la période qui nous sépare de l’élection présidentielle sera décisive.

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