Allemagne : de nouvelles centrales à charbon pour compenser les échecs éolien et solaire

Centrale à charbon, Niederaussem, Allemagne.

En raison de la cherté et du manque de fiabilité des énergies solaire et éolienne, 23 nouvelles centrales à charbon sont en train d’êtres construites en Allemagne.

En raison de la cherté et du manque de fiabilité des énergies solaire et éolienne, 23 nouvelles centrales à charbon sont en train d’êtres construites en Allemagne. Pendant ce temps-là, les militants écologistes exigent un « mode de vie durable » – pour les autres.

Par Kelvin Kemm (*), depuis Pretoria, Afrique du Sud.

Centrale à charbon, Niederaussem, Allemagne.

Il est surprenant de voir combien les médias internationaux sont biaisés dès lors qu’on parle de production d’énergie, en particulier d’électricité.

À la mi-août, l’Allemagne a ouvert une centrale thermique à charbon de 2200MW près de Cologne, une nouvelle passée quasiment inaperçue. Un silence d’autant plus étonnant lorsqu’on sait que l’Allemagne a annoncé qu’il serait nécessaire de construire de nouvelles centrales à charbon en raison de la cherté et du manque de fiabilité des énergies solaire et éolienne.

Dans un contexte économique dégradé, le nouveau ministre allemand de l’environnement Peter Altmaier, politiquement proche de la Chancelière Angela Merkel, a souligné à plusieurs reprises l’importance de ne pas infliger un coup à l’économie européenne – et allemande – en faisant grimper le coût de l’électricité.

Il s’est par ailleurs inquiété d’une possible dépendance énergétique de l’Allemagne aux importations d’électricité, la principale ressource de son industrie. Pour éviter ce risque, Altmaier a donné le feu vert à la construction de vingt-trois centrales à charbon, actuellement en cours de construction.

Oui, vous avez bien lu, vingt-trois nouvelles centrales à charbon sont en train d’êtres construites en Allemagne, car l’Allemagne a peur du coût sans cesse en hausse de l’électricité, et parce qu’elle ne peut guère se permettre de dépendre d’importations massives d’électricité étrangère.

Récemment, l’Allemagne a dévoilé les statistiques en matière de productivité réelle de son énergie éolienne au cours des dix dernières années. Le chiffre est de 16,3% !

En raison du caractère intrinsèquement aléatoire de l’énergie créée par le vent, les éoliennes ont été conçues pour un rendement de 30%. Ce qui signifie que l’Allemagne espérait obtenir à peine 30% de la capacité totale des installations – contre 85 à 90% pour le charbon, le gaz naturel, le nucléaire et les installations hydroélectriques. Cela veut dire que lorsqu’elle construit 3 000 MW d’énergie éolienne, elle espère en réalité quelque 900 MW, car le vent ne souffle pas toujours à la vitesse requise. Mais de fait, après une décennie, les Allemands se sont rendus compte qu’ils n’obtiennent que la moitié de ce qu’ils avaient espéré avec un certain optimisme et une certaine irrationalité : un bien modeste 16,3%.

Pire encore, après avoir dépensé des milliards d’euros en subventions, l’ensemble des installations éoliennes allemandes ont contribué à la production d’électricité allemande à une hauteur négligeable de 0,084% sur les 22 dernières années. Autrement dit moins d’un dixième de pourcent.

De plus, le coût réel de l’électricité éolienne et solaire allemande est de très loin supérieur à celui de son électricité thermique et nucléaire. Le tout pour une énergie soi-disant gratuite. Le tout au détriment des nombreux emplois allemands qui dépendent d’une énergie abondante et bon marché.

Quant au gaz naturel obtenu par fracturation hydraulique, il est également interdit, bien que nécessaire pour pallier le manque de fiabilité des installations éoliennes et solaires. Pas étonnant que les prix de l’électricité et du gaz naturel allemands soient pratiquement inabordables.

Pendant ce temps les écolos extrémistes continuent à vanter les bienfaits merveilleux d’une vie basée sur l’électricité solaire et éolienne. Ils parlent également de « mode de vie durable », un « futur durable », ou encore des lendemains sans hydrocarbures ni carbone. Soyons prévenus ! Ces exhortations vides de sens cachent un véritable rejet des standards et du niveau de vie d’un monde moderne. Autrement dit les pays développés doivent renoncer à une part sensible de leur niveau de vie, tandis que les pays en développement doivent abandonner l’espoir de les rattraper.

Croyez-moi, les petits fermiers africains rêvent tous de devenir comme les grandes exploitations commerciales qu’ils voient chez le voisin. Ils ne rêvent pas de labourer leurs champs avec des bœufs pendant que le voisin a des tracteurs et des moissonneuses. Et il en va de même pour toutes les petites activités commerciales dans lesquelles un approvisionnement d’électricité fiable et bon marché est essentiel. En fait on pourrait appliquer ce raisonnement à chaque bureau, boutique, hôpital, école et famille de tout le continent africain.

Dans le même temps, en Afrique du Sud, une organisation qui se fait appeler « Green Truth » (vérité verte) a distribué une note promotionnelle sur un film sorti récemment et simplement intitulé Fuel (carburant). Voici un extrait de cette note :

« Fuel » est un regard complet et divertissant sur l’énergie : une histoire de là où nous sommes arrivés, cette fâcheuse situation actuelle, et une solution à notre dépendance au pétrole étranger. Enthousiaste et réactionnaire, « Fuel » est un voyage surprenant, personnel et en profondeur par l’éco-évangeliste Josh Tickell sur la (sur)utilisation du pétrole, qui examine un vaste éventail de solutions énergétiques alternatives, les défaillances de l’industrie pétrolière et automobile aux États-Unis et les dernières tendances alternatives.

Un large panel de décideurs, d’éducateurs et d’activistes intervient dans le film, parmi lesquels Woody Harrelson, Neil Young et Willie Nelson. Tickell avait conscience qu’il ne pouvait pas rester les bras croisés. Il a donc décidé de faire un film centré sur les connaissances et découvertes qu’il a pu faire, mais qui laissent également espérer des solutions à notre portée. Un « type normal » qui s’est dit qu’il pouvait changer les choses, qui a passé 11 ans à réaliser ce film, se prouvant à lui-même – et aux autres – qu’un seul individu peut effectivement changer les choses. Un documentaire radical et politiquement incorrect, plusieurs fois récompensé. « Fuel » interviewe experts et éco-personnalités tels que Sheryl Crow, Larry David, Richard Branson et Robert Kennedy, Jr.

La note promotionnelle insiste sur un « mode de vie durable » et un « futur prometteur ». Alors que les chanteurs, acteurs, activistes et autres « experts en énergie » sont tous très riches et qu’il est très peu probable qu’ils adoptent le mode de vie que Tickell et eux défendent si vigoureusement.

Ce film a-t-il un quelconque rapport avec la « vérité » sur l’énergie ? Ou bien est-il simplement un film de propagande pour le « mode de vie durable » cher aux producteurs et activistes (pour les autres, pas pour eux) ? Après un instant de flottement, on fait vite le rapprochement avec Une vérité qui dérange [le film d’Al Gore] : des intervenants loin de la vérité, quantité d’erreurs scientifiques, de biais personnels, et l’hypocrisie de riches partisans qui possèdent de superbes villas et se rendent en jet privé à des événements où ils expliquent aux autres comment vivre « plus durablement ».

Je suis certain que « l’éco-évangeliste » Josh Tickell est un « type normal », comme le dit la promo de son film. Mais je préfèrerais largement que le futur électrique de mon pays soit imaginé et mis en place par des ingénieurs électriciens, scientifiques, et par des citoyens et politiciens qui y vivent effectivement – plutôt que par un « type normal », un activiste écolo et ses soi-disant « experts » en énergie et en « modes de vie durables ».

En tant qu’ancienne nation éco-évangéliste, l’Allemagne a démontré qu’un pays ne peut pas se permettre de calquer ses politiques énergétiques sur des films comme Fuel ou Une vérité qui dérange. Ses politiques et son futur doivent être fondés sur l’authentique vérité et sur une réalité honnête.

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Article original publié sur Watts Up With That? le 28.08.2012. Traduction : Axpoulpe/Contrepoints.

(*) Le Docteur Kelvin Kemm est un physicien nucléaire et consultant en stratégies financières basé à Pretoria, Afrique du Sud. Membre du bureau international des conseillers au Committee For A Constructive Tomorrow (Comité pour un Lendemain Constructif), www.CFACT.org, le Docteur Kemm a été récompensé par un prix pour l’ensemble de sa carrière par le Forum National de Science et Technologie d’Afrique du Sud.