Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan s’est-il rapproché de Marine Le Pen ?

Dupont-Aignan

Comme ni Marine Le Pen ni Nicolas Dupont-Aignan ne sont idiots, ils savaient très bien en signant leur pacte que les chances de Marine Le Pen de gagner l’élection sont infimes. Alors pourquoi avoir signé ? Quelques éléments d’explication.

Par Nathalie MP.

« Nous avons bâti une alliance historique qui va changer le cours de l’Histoire de France » a déclaré Nicolas Dupont-Aignan dans le micro de Jean-Jacques Bourdin le 1er mai dernier.

Rien que ça ! Il parlait bien sûr de l’accord de gouvernement négocié avec Marine Le Pen en vue de voir cette dernière accéder à la présidence de la République le 7 mai prochain. « L’objectif, c’est de gagner cette présidentielle » a-t-il affirmé les yeux dans les yeux du journaliste. 

Comme ni Marine Le Pen (MLP) ni Nicolas Dupont-Aignan (NDA) ne sont idiots, ils savent très bien et ils savaient très bien en signant leur pacte que les chances de Marine Le Pen de gagner l’élection sont infimes. Nous sommes le jeudi 4 mai, le second tour aura lieu dans trois jours exactement et le rapport de force est toujours de l’ordre de 60/40 entre Macron et Le Pen.

Insultes adressées à Nicolas Dupont-Aignan

Ce qui risquerait de mettre quelque peu en danger la candidature d’Emmanuel Macron seraient plutôt les insultes de haut niveau dont Nicolas Dupont-Aignan a été l’objet de la part d’un quarteron d’acteurs (Gilles Lellouche, Mathieu Kassovitz…) trop contents d’eux et toujours prompts à donner des leçons.

C’est typiquement le genre d’attitude vulgaire et sans argument dont nos progressistes bienpensants se sont fait une spécialité hystérico-ridicule, avec finalement plus de chance de pousser au vote Le Pen des personnes excédées du mépris dans lequel elles sont perpétuellement tenues par ces individus privilégiés que de les en détourner.

Il n’en demeure pas moins que la situation d’Emmanuel Macron reste aujourd’hui assez solide, contrairement à certains titres de presse qui expliquent à chaque variation d’un demi-point que l’écart se resserre entre les candidats.

Histoire de nous faire peur, j’imagine. Pour Emmanuel Rivière, Directeur général de Kantar Public, on voit mal « ce qui empêcherait Emmanuel Macron d’être élu ».

Macron élu

Il fonde cette opinion sur un sondage Kantar Sofres pour Le Figaro publié le 1er mai à partir d’un échantillon de 1 500 personnes. Non seulement les candidats sont crédités de 59% d’intention de vote (Macron) et 41% (Le Pen), mais la sûreté du choix est très élevée des deux côtés : 90% pour Macron et 84% pour Le Pen.

Le souhait de victoire se situe à 45% pour Macron et 29% pour Le Pen, et le pronostic de victoire est de 56% et 14% respectivement. 53% des personnes interrogées déclarent qu’elles ne voteront jamais pour Marine Le Pen tandis que 32% sont irréductiblement hostiles à son adversaire.  La participation est évaluée à son niveau du premier tour, soit 77%.

Problème du vote Macron

Ce sondage très complet nous livre d’autres éléments intéressants, notamment le fait que le vote Macron, s’il est très « sûr », est plus un vote de rejet de Marine Le Pen qu’un vote d’adhésion au projet du leader d’En marche ! Mais ceci sera le problème d’Emmanuel Macron.

Pour en revenir à NDA, on peut rayer de la liste de ses motivations le poste de Premier ministre que MLP lui a promis en cas d’une très hypothétique victoire. Promesse que cette dernière a pu faire avec d’autant plus de facilité et la certitude de ne froisser personne dans ses propres rangs que personne ne s’attend à la voir devenir Présidente.

Pour le Front national, il n’y a aucun risque à tenter ce rapprochement avec NDA. On n’a pas entendu parler d’électeurs qui l’abandonneraient en raison de cette alliance.

Que se passera-t-il pour NDA ?

Au pire, il ne se passera rien, et il n’est pas exclu que la présence à ses côtés de cet ancien membre de l’UMP, qui professe des idées très proches des siennes sans avoir l’inconvénient d’avoir été valser à Vienne avec la fine fleur de l’extrême-droite européenne, ne brise quelques digues qui empêchaient jusqu’alors des électeurs de droite de sauter le pas.

L’idée étant de réaliser le meilleur score possible au second tour de la présidentielle afin d’obtenir ensuite le plus de députés possible, notamment à la faveur de triangulaires, ce qui permettrait éventuellement au FN de se placer comme première force d’opposition.

Dans cette affaire, tous les risques sont pour NDA. Une fois que Marine Le Pen aura été battue, il sera celui qui s’est allié au Front national, éventuellement pour rien et au prix de la cohésion de son parti Debout La France dont le vice-président Dominique Jamet a déjà démissionné, et au prix de la confiance de ses électeurs de Yerres (Essonne) dont il est député et maire.

Un gaulliste souverainiste

Au premier tour des élections législatives de 2012, il avait recueilli 43% des suffrages exprimés, les socialistes 30%, l’UMP 10% et et le FN 7%. On peut difficilement parler d’un territoire acquis au Front national.

Et de fait, il a toujours mis en avant cette spécificité d’être un gaulliste souverainiste dans la foulée d’un Philippe Séguin. Il a toujours mis en avant cette offre politique alternative raisonnable non extrémiste. Dans un entretien accordé au Point en février dernier, il considérait déjà à propos du FN :

Il y a eu des propos qui ont évolué, c’est bien, mais l’arrière-boutique ne correspond pas à la vitrine et son programme n’est pas sérieux. 

Un soutien piégé

Et le plus amusant, c’est que face à Jean-Jacques Bourdin, il se présente à nouveau comme cela, sans réaliser combien les vertus dont il pare son côté du deal font ressortir combien elles manquent du côté Le Pen :

Marine Le Pen a accepté un partenariat où j’apporte mon gaullisme, mon humanisme, mon sérieux, ma modération. 

Laissons tomber le « gaullisme », terme qu’il ne définit pas et qui peut faire l’objet, surtout en période électorale présidentielle, de toutes sortes d’interprétations et de récupérations pratiques dans un peu tous les camps politiques : parle-t-on du de Gaulle qui a mis sur pied l’État-providence avec l’appui des communistes, de celui qui a soutenu Jacques Rueff dans sa modernisation et son ouverture de l’économie française en direction de l’Europe notamment, de celui qui a fait de l’État un stratège économique, de celui qui a quitté l’OTAN ? Il y a plusieurs de Gaulle.

Humanisme, sérieux et modération ?

Mais à l’entendre expliquer avec insistance qu’il apporte humanisme, sérieux et modération à l’alliance avec le FN, on ne peut s’empêcher de penser qu’il juge ce parti fort mal pourvu de tous ces éléments. Je serais MLP, je finirais par être vexée.

Il prend un soin extrême à faire savoir que le programme de gouvernement signé entre eux n’est pas le programme du Front national, que ce n’est même pas le programme de MLP lors du premier tour, mais un programme qu’il a lui-même amendé sur six points précis, dont, et ce n’est pas peu dire, la sortie de l’Euro qui ne serait plus vraiment la sortie de l’Euro. Quant à la préférence nationale, c’est complètement fini, on parle maintenant de priorité nationale, ça n’a rien à voir ! Comprenne qui pourra.

Si les choses devaient mal tourner…

C’est ce que j’appelle les confessions de Nicolas Dupont-Aignan. Si les choses devaient mal tourner, adieu le FN et bonjour le sérieux et l’humanisme de Debout La France.

En attendant, il y a des sièges de députés à obtenir (et les financements publics associés), et donc une possibilité de renforcer DLF sans en passer par un humiliant retour au bercail de la droite.

En 2012, NDA avait réalisé un score de 1,79% au premier tour de la présidentielle. Aujourd’hui, il est à 4,70%, de quoi se sentir pousser des ailes et souhaiter passer de parti à un député (lui-même, si l’on excepte François-Xavier Villain qui lui est aussi parfois rattaché) à parti doté d’un groupe parlementaire (au moins 15 députés).

L’échec de Fillon et la percée de NDA

Le petit problème étant que la « percée » de NDA est au moins autant due aux ennuis de François Fillon qu’à ses qualités socialo-souverainistes propres.

NDA n’a pas fait mystère à J.-J. Bourdin que son accord avec le FN prévoyait qu’il pourrait présenter des députés DLF dans les 577 circonscriptions dont 50 sans candidats du FN en face de lui. Mais là encore, petit problème : quelques minutes avant, Marine Le Pen répondait à un journaliste d’Europe 1 qui l’interrogeait sur leur accord législatif :

Pour l’instant, ce débat n’a pas eu lieu. Chacun présente ses candidats et nous verrons bien, pour l’instant ce qui est important c’est la présidentielle. 

Le problème des petits calculs

Je vois bien cet accord tomber en complète désuétude dès dimanche soir. Les petits calculs, c’est bien, à condition de les faire à deux. Or 50 circonscriptions réservées à NDA, c’est beaucoup par rapport à ce que le PS a l’habitude d’accorder à EELV par exemple, et pour le FN, qui n’a pour l’instant que 2 députés, c’est 50 occasions de perdre des députés potentiels.

Mais à ce stade, on n’est jamais que dans la tambouille politicienne la plus classique. Il est beaucoup plus dérangeant de constater que sur le fond, la plus grande confusion règne. NDA estime que face à la souffrance des Français, face à cette « austérité » venue de Bruxelles qui les mine, lui seul a su se montrer courageux. Il justifie ainsi sa prise de contact avec le FN :

J’ai fait mon choix, je ne veux pas voir la France gouvernée par les socialistes cinq ans de plus. 

NDA parle comme l’extrême gauche

Fort bien. Et dans la foulée, il nous récite le chapelet intégral de l’extrême-gauche sur les patrons qui veulent asservir les travailleurs, l’argent qui corrompt et les profits qui tuent :

Avec Emmanuel Macron, ce sera « la fin du droit du travail, la pire régression sociale, la fin des allocations chômage telles qu’elles sont aujourd’hui ». Ce sera « la dictature des banques, de Bruxelles, des marchés financiers ».

On croirait entendre Mélenchon. On croirait entendre Marine Le Pen qui expliquait doctement avant le premier tour :

Cela fait des années que j’ai détecté que le modèle économique ultra-libéral qui nous avait été imposé était mortel pour notre économie…

Ultra-libéralisme introuvable

Le petit problème de tous ces braves gens qui veulent soulager la souffrance des Français par plus de protectionnisme, plus de taxes et plus de dépenses, c’est qu’ils voient partout un ultra-libéralisme qui n’existe certainement pas en France. Et NDA n’est pas le moins halluciné d’entre eux.

Quand Emmanuel Macron fera du socialisme à la sauce social-démocrate façon Hollande, ce qui n’est déjà pas folichon, on peut être sûr que NDA et Le Pen n’auront de cesse, en tant qu’opposants, de hurler à l’ultra-libéralisme et proposeront à la place du socialisme puissance dix.

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