Vers une troisième voie libérale, progressiste et européenne ?

Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Aujourd’hui, notre vie politique est toujours catégorisée de manière binaire, sans qu’aucune tentative de modernisation de l’appareil institutionnel ne soit à l’ordre du jour. Et si on renversait la table ?

Par Alexandre Mancino.

Vers une troisième voie libérale, progressiste et européenne ?
Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Les primaires de la droite et de la gauche semblent s’être normalisées dans le paysage politique français. Alors que Donald Trump vient d’accéder à la présidence des États-Unis et que le Royaume Uni s’apprête à sortir de l’Union européenne, il est urgent de refonder la manière de faire de la politique, en s’éloignant de toute idéologie partisane.

Un cadre institutionnel dépassé

Le scrutin majoritaire à deux tours était destiné à solidifier le pouvoir législatif en lui donnant une véritable assise face à au pouvoir exécutif. Ceci a amené droite et gauche à alterner le pouvoir : l’avènement de la première cohabitation en 1986 a en effet montré les limites du septennat ainsi que de la logique d’appareil politique destinée à affaiblir toute décision de réforme substantielle. Même si le clivage droite gauche a eu un sens lors du siècle précédent alors que les États étaient fermés sur eux-mêmes et peu disposés à s’ouvrir au reste du monde, le consensus économique existant aujourd’hui sur le libre échange et l’économie de marché rend cette dichotomie obsolète et peu adaptée au monde moderne.

Notre histoire révolutionnaire a très vite catégorisé les uns et les autres selon un paradigme de la disjonction, bien compris à l’époque car partagé par le plus grand nombre. La droite, monarchiste à ses débuts, avait le monopole de l’ordre établi, de la promotion des traditions et de la liberté économique. La gauche était républicaine, laïque et sociale, privilégiant l’égalité de tous sur la liberté. Alexis de Tocqueville a très bien montré que la « tyrannie de la majorité » allait conduire à un égalitarisme forcé en nuisant ainsi à l’initiative individuelle. Il ne s’agit pas ici de nier l’héritage historique du clivage droite gauche mais d’en interroger le bien-fondé aujourd’hui.

Un clivage obsolète ne répondant plus aux préoccupations des citoyens

Aujourd’hui, notre vie politique est toujours catégorisée de manière binaire, sans qu’aucune tentative de modernisation de l’appareil institutionnel ne soit à l’ordre du jour. L’instauration d’un minimum de proportionnel aux élections législatives permettrait de faire entrer de nouveaux acteurs sur le terrain politique et de représenter ainsi un plus grand nombre de sensibilités.

Le tabou existant sur l’entrée du Front National à l’Assemblée Nationale n’est plus approprié tant il apparaît aujourd’hui comme le premier parti de France en terme d’électeurs. La démocratie ne pourrait être vue comme la norme sans en accepter les contreparties. À celles et ceux qui se revendiquent de droite ou de gauche, la question première consisterait à définir explicitement ce que l’on entend comme tel. La vision marxiste de lutte des classes est simpliste et ne correspond plus à la réalité.

François Hollande a très vite compris que les déficits n’étaient pas viables sur le long terme et qu’une politique de relance n’était plus adaptée. La loi Macron suivie de la loi Travail ne seront certainement pas considérées comme des lois structurelles ayant amélioré l’économie française dans le sens où leur application pratique a été bien trop limitée. Mais elles ont eu pour avantage d’aller dans une direction de libération des freins à la croissance et de flexibilisation du droit du travail. Leur intention initiale était bonne mais les appareils de partis ont vite pris le dessus pour les vider de leur substance.

Pourquoi, dès lors qu’une loi va dans le sens de l’amélioration générale des conditions économiques, refuser de la voter sous prétexte que ses initiateurs ne sont pas dans les mêmes bancs que l’opposition dans les hémicycles du Parlement ? Cette démarche apparaît comme irresponsable et s’oppose à la promotion de l’intérêt général. C’est rester sur des positions dogmatiques en privilégiant l’idéologie sur le pragmatisme politique. Ceci amène les citoyens à se désintéresser de la chose publique, voire de les amener à voter pour des partis extrémistes.

Une nécessaire refondation de l’offre politique

L’offre politique française est restée inchangée depuis des décennies. La mondialisation et la nouvelle donne géopolitique mondiale exigent de repenser la manière de faire de la politique. Les vertus du « juste milieu » et de la « phronesis » aristotélicienne n’ont rien perdu de leur substance. Leur actualisation par nos élus les éloignerait des clivages passéistes et moderniserait l’offre politique en intéressant davantage les citoyens. À quand une troisième voie politique française ? Alors que cette offre semble aujourd’hui timidement voir le jour avec Emmanuel Macron, il est temps de normaliser la proportionnelle et de parvenir à réformer nos suffrages afin de voir émerger un nouveau souffle, moderne, progressiste et tourné vers les enjeux du XXIe siècle.

Les élections présidentielles françaises sont certainement les plus importantes de ce début de siècle. Il ne s’agit pas de proposer un retour aux recettes des années 1980 en réinstaurant un ordre moral, replié sur nous-mêmes et fermés aux autres. Les catégorisations binaires des lignes partisanes ne sont plus adaptées à l’ordre des choses. Il s’agit au contraire de ne pas opposer les uns et les autres, en comprenant les mutations du monde et en refondant la vision du politique, en plaçant le citoyen au cœur d’un projet progressiste, libéral et européen.