Comment enrayer le cercle vicieux qui nous conduit à la ruine ?

Dwarf hamster winter white By: cdrussorusso - CC BY 2.0

Quel grain de sable pourrait enrayer le cercle vicieux qui permettrait le retour au pouvoir de représentants servant l’intérêt du pays ?

Par Claude Robert.

Il existe un cercle vicieux, pire, une dynamique infernale qui opère en France et qui nous précipite toujours un peu plus bas : loin de soigner l’immaturité politico-économique d’une bonne partie des électeurs français, d’élection en élection, la classe politique au pouvoir se développe au contraire sur cette immaturité et la fait fructifier afin de se pérenniser !

Non seulement cette dynamique funeste bénéficie du soutien aussi servile qu’inconséquent des médias, mais elle fonctionne tellement bien qu’elle empêche l’élection des candidats porteurs des stratégies les plus à même de l’interrompre ! Le pays s’enfonce depuis la fin des années 1970 mais, triste constat, tout semble s’être mis en place pour que cela continue.

Ce phénomène qui ne semble pas émouvoir les foules se déroule pourtant sous nos yeux. Il suffit simplement de prendre le recul nécessaire et de l’observer pour prendre peur :

L’espoir soulevé par l’élection de Sarkozy très vite douché

Il faut se souvenir de la victoire de Sarkozy en 2007 : ses électeurs espéraient enfin sortir du train-train socialiste chiraquien et entamer des réformes allant dans le sens de la libéralisation de l’économie. Hélas, bien que positive en matière de chômage et de croissance en comparaison du reste de l’Europe1, l’action de Sarkozy aura été de courte durée, la crise des subprimes venant très tôt gâcher la fête. Avec pour conséquence une dette de l’État qui a grimpé de 65 % à environ 85 % du PIB, ce que ne justifiait pourtant que très partiellement la crise bancaire.

Et un niveau de pression fiscale2 qui est passé de 44,5 à 46,5 % du PIB… Alors qu’il avait démarré son mandat dans une optique réformatrice, le couteau entre les dents, Sarkozy l’aura terminé en véritable socialiste, happé par l’idéologie dominante, drogué à la dépense publique.

Certes, son bilan n’était pas aussi catastrophique que certains le croient. Mais encore fallait-il expliquer au peuple que l’ensemble de l’économie mondiale avait souffert pendant la crise3. Or les médias dans leur ensemble, dont on connaît le niveau d’expertise en économie, ont présenté des chiffres en valeur absolue et ont crié au loup, brisant ainsi le minimum de crédibilité que Sarkozy aurait mérité, alimentant de ce fait le rejet épidermique que suscitait sa personnalité auprès d’une grande partie de la population. Cette population qui aura donc été parfaitement maintenue dans l’ignorance des faits réels, toute consacrée au rejet mimétique du bouc émissaire nommé Sarkozy.

Hollande élu sur une imposture méprisante d’infantilisme

Hollande a donc bénéficié d’une fenêtre de tir inespérée. Mais il doit cependant tout autant son élection à des promesses aussi mensongères que démagogiques. Caresser dans le sens du poil la jalousie vis-à-vis des riches, promettre de prendre leur argent pour le redistribuer aux pauvres, tout cela s’est avéré diaboliquement efficace. Car cela entretenait chez les citoyens les moins instruits et les moins aisés l’illusion qu’il existe un gâteau à se partager et que l’échec des uns est la conséquence de la réussite des autres.

Sans aucune surprise, le programme de Hollande a déclenché un véritable naufrage, le président réussissant l’exploit de faire décrocher la France du reste de l’Europe à la fois sur la croissance, sur le chômage, sur la dette et sur la pression fiscale ! Bénéficiant tout au long de son mandat d’une période de reprise économique post crise bancaire, Hollande s’est pourtant permis de hisser la dette à 95 % du PIB et la pression fiscale à 48,4 % du PIB, un record mondial4 !

Ce qui ne l’empêchera pas vers la fin, de mentir sur son bilan, ne citant que des chiffres partiels du chômage pour les comparer à ceux de son prédécesseur honni. Ce qui n’empêchera pas non plus les médias de continuer à comparer leurs bilans en valeur absolue. Tout cela bien évidemment dans l’irrespect le plus total du peuple, celui-ci étant encore une fois abusé, manipulé, comme s’il ne fallait surtout pas qu’il cesse de croire au père Noël socialiste.

Présidentielle 2017, un délire collectif qui accouche d’un accident

Que l’un des principaux responsables du naufrage économique du gouvernement Hollande se retrouve président5 en 2017 est certes peu reluisant. Mais cela ne doit surtout pas masquer le pathos multiforme de ces élections. Car elles résument à elles seules, tel un précipité particulièrement nauséabond, l’état de délabrement de la vigilance d’une partie de l’électorat ainsi que l’état d’irresponsabilité de la classe politique, chacun tirant l’autre vers le bas dans une dynamique délétère.

Qu’on en juge : neuf candidats sur onze présentaient un programme ouvertement étatiste, parmi lesquels la France insoumise et le FN. Macron était quant à lui resté très évasif sur les contours de son programme, jouant à fond la carte du flou entre le centre, la social-démocratie et ses soutiens du PS à qui il avait demandé, pour la circonstance, de se badigeonner en bleu.

Restait Fillon, dont le programme était le seul sur les onze qui se soit inspiré du principe de réalité et de l’expérience du terrain, en un mot, des problèmes réels du pays. Or, comme chacun sait, sa candidature a été décimée dès sa victoire aux primaires, grâce à une enquête d’une extrême célérité, ce qui n’était pourtant pas dans les habitudes du PNF. Ce PNF dont maître Éric Dupont-Moretti, pourtant sympathisant de la gauche, met en doute la légitimité dans cette enquête6, enquête menée selon des méthodes pas toujours légales de surcroît7.

Pire encore, la campagne présidentielle s’est transformée en un concours de promesses démagogiques qui ont tout d’un coup relégué Hollande au rayon des petits joueurs. Valls et Hamon ne se sont-ils pas livrés à une surenchère ridicule concernant le niveau idéal du salaire universel ? Montebourg n’a-t-il pas promis de répartir les revenus des entreprises ?

Quant à Mélenchon et Le Pen, ne s’étaient-ils pas engagés à nous libérer de l’austérité européenne ? Ne rions pas ! Tout cela s’est déroulé chez nous, en 2017, dans le délire le plus total, aux antipodes de la vigilance que le délabrement de notre économie devrait pourtant impliquer de façon réflexe.

Il est clair que des candidats à une élection présidentielle ne raconteraient pas de telles sornettes à des électeurs majoritairement avertis, car ils deviendraient aussitôt la risée de tous. On les montrerait du doigt comme de gentils illuminés, comme des utopistes hors sol, dans un fou rire national généralisé et relayé par médias interposés. Or rien de cela ne s’est produit chez nous ! L’ignorance économique8 constitue un formidable fonds de commerce pour ces charlatans. Qu’ils soient anciens trotskistes ou énarques fraîchement émoulus, peu importe, ils s’y épanouissent sans limite, avec la bénédiction des médias et la crédulité de nombreux électeurs.

Certes, deux ans plus tard, le pays a la gueule de bois car il découvre le pot aux roses socialiste : le candidat Macron n’était qu’un clone de Hollande dont on aurait simplement désinhibé l’instinct de puissance. Et bien sûr, l’économie continue de sombrer du fait de la poursuite de l’accroissement de la pression confiscatoire étatique !

Le Grand débat, ou le remède qui tue

Le mouvement des Gilets jaunes est une véritable chance car il fonctionne comme un révélateur des problèmes de notre pays, à l’instar de la dernière élection présidentielle, et comme si d’ailleurs tout s’accélérait dans une insatisfaction bouillonnante et pré-révolutionnaire de l’opinion publique.

Que les exigences des Gilets jaunes ne soient pas toujours cohérentes n’est pas une surprise, l’inculture économique et la faible vigilance de bon nombre de citoyens en constituent les causes mécaniques directes. Mais ce grand débat devrait susciter de vives réserves de la part d’institutions indépendantes comme le Conseil constitutionnel ou le Sénat. Car non content d’être organisé par ceux-là mêmes qui sont à l’origine de la situation sociale actuelle, le grand débat est également animé puis sera dépouillé puis enfin exploité par eux !

On voit déjà l’impossibilité de la réussite d’une machination aussi malsaine : alors que le déclencheur des revendications était la perte du pouvoir d’achat dû à l’excès d’impôts, l’État propose dès à présent des aides en direction des plus nécessiteux, ce qui signifie de nouveaux impôts, de nouvelles taxes, et un accroissement de la dette !

Il n’y a donc strictement rien à espérer de ce débat, l’État cumulant tous les rôles dans cette parodie de consultation. Le peuple qui avait exprimé sa colère avec la plus grande légitimité, se voit une fois de plus infantilisé, l’État continuant au passage à lui faire accroire que seules les subventions sont la solution à ses difficultés. Tel un drogué dont l’hôpital psychiatrique supposé le désintoxiquer lui donnerait de nouvelles doses chaque fois qu’il clame son mal de vivre.

La preuve est ainsi faite que le cercle infernal tourne à plein régime et que la caste qui nous dirige est inamovible quant à son comportement de prédateur. La question qui se pose à présent est celle-ci : que faire pour rompre ce mécanisme infernal, quel grain de sable pourrait l’enrayer qui permettrait le retour au pouvoir de représentants qui servent l’intérêt du pays ?

Sur le web

  1. La personnalité de Sarkozy est certes décriée, mais la comparaison de son bilan avec le reste de l’Europe (les économies sont imbriquées, il est impossible de ne pas considérer les chiffres de manière relative) lui est favorable pour la croissance et le chômage. Elle ne l’est pas pour la dette par contre.
  2.  Recettes fiscales et cotisations sociales, Source Eurostat.
  3. La plus grave depuis celle de 1929.
  4.  Parmi les pays de l’OCDE, c’est à dire non communistes.
  5.  C’est Macron qui avait conseillé Hollande d’accroître la pression fiscale en fin de crise bancaire, ce qui est parfaitement contracyclique et dangereux. La France a été le seul pays d’Europe à ne pas se redresser pendant les cinq ans qui ont suivi la crise ! Bien au contraire.
  6. Selon l’avocat, le PNF ne bénéficie pas de l’indépendance pour juger cette affaire puisqu’il dépend de l’Élysée. L’avocat accuse d’ailleurs Le Canard enchaîné d’avoir été directement informé par  l’Élysée ou par le PNF.
  7. « L’appel des 13 juristes » et l’interview donné à C dans l’Air par leur représentant Philippe Fontana soulève d’étranges questions sur ce qu’ils dénoncent être un « coup d’État constitutionnel ». Les treize dénoncent également les irrégularités dans le déroulement de l’enquête : communiquer les PV aux médias est interdit !
  8.  Les études comparatives en Europe classent régulièrement la France à un niveau médiocre en matière de connaissances économiques.
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