« Pourquoi je soutiens encore François Fillon »

François Fillon by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

L’affaire Fillon ne décourage pas certains électeurs qui continuent à voir en lui l’homme qui pourra sortir la France de sa situation actuelle.

Par Patrick Aulnas.

François Fillon
François Fillon by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

Les journalistes français font un sacré boulot depuis quelques semaines. On peut être admiratif. Les questions fondamentales pour le pays ont été longuement exposées. Par exemple, Penelope Fillon a-t-elle travaillé un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout comme assistante parlementaire de son mari ?

La justice a été saisie — ou plutôt s’est autosaisie. Elle devra se pencher avec toute la minutie qui la caractérise sur cet épineux problème, car l’affaire est d’importance puisque la presse ne parle que de cela. Mais la justice étant lente, les commentaires et les supputations médiatiques auront toujours le champ libre.

Degré de fictivité des emplois ?

Chacun sait que des centaines de parlementaires (députés ou sénateurs) ont, depuis des décennies, employé des membres de leur famille comme collaborateurs. S’il fallait enquêter sur le degré de réalité ou de fictivité de ces emplois, les effectifs du parquet national financier (PNF) devraient être considérablement étoffés. La morale publique est très coûteuse pour le contribuable si elle veut être vraiment objective.

Fort heureusement pour nous, le PNF ne s’autosaisit qu’à la suite d’une enquête préalable de journaux satiriques. Nous échappons ainsi à la suspicion généralisée. Ce sont les journalistes qui décident qui soupçonner.

François Fillon, le candidat qui veut bien faire

La presse ne s’intéresse donc qu’à François Fillon. À tout seigneur tout honneur. Candidat de droite à l’élection présidentielle, largement adoubé lors de la primaire, il ne manquerait plus qu’il ne soit pas la cible favorite des médias. Nous ne serions plus au 21e siècle.

Il faut ajouter que l’homme est expérimenté, dispose d’un programme solide et argumenté, et semble avoir la stature d’un Président de la République. Il propose même de restaurer peu à peu l’équilibre des finances publiques, problème majeur du pays, que les autres candidats traitent par le mépris.

La tentation Le Pen : suicidaire

Pourtant, les sondages placent actuellement François Fillon en troisième position, derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Il était auparavant second avec une confortable avance sur Macron, mais comme on ne sait pas si Penelope a beaucoup travaillé pour lui ou très peu, son score sondagier en a pâti.

La question absolument cruciale du Penelope Gate taraude la conscience morale de certains électeurs de droite. Candides ? Mal informés ? Nul ne sait, mais des transferts de voix vers Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont bien eu lieu.

Curieux phénomène. Comment peut-on abandonner un programme de redressement pour un programme entraînant le naufrage du pays, comme celui du Front national ? Sortir de la zone euro, c’est autre chose qu’un Brexit. La dette du pays explose, l’épargne des Français fond comme neige au soleil, des mesures protectionnistes autoritaires deviennent incontournables : tout le monde souffrira et en premier lieu les moins bien lotis. Voter Le Pen, c’est se tirer une balle dans le pied en pensant marcher beaucoup mieux ensuite.

Macron, le séducteur opportuniste

Et comment quitter un candidat solide et expérimenté pour le jeune premier Emmanuel Macron ? Il n’a jamais été élu et fait sa première campagne électorale. Président, il pourrait devenir le jouet du machiavélisme du milieu politique. Il ne dispose pour l’instant que de quelques propositions ne constituant en rien des axes programmatiques. Voter Macron, c’est porter au pouvoir un aventurier de la politique dont on ignore tout et qui ignore tout des subtilités de l’exercice du pouvoir.

Seul François Fillon disposera d’une majorité parlementaire

Mais l’étonnement se transforme en effarement lorsqu’on sait que Fillon dispose d’une majorité parlementaire, puisqu’un parti puissant le soutient, alors que les deux autres n’en ont aucune. Marine Le Pen devrait trouver des alliés car il est totalement inenvisageable avec le scrutin uninominal à deux tours qu’elle puisse obtenir une majorité Front national à l’Assemblée nationale. Qui seraient ses alliés ? Aucune réponse n’existe actuellement, à deux mois du scrutin présidentiel. Le pays irait vers l’inconnu.

Quant à Macron, chacun sait qu’il est soutenu par une cohorte de naïfs s’imaginant qu’on peut refaire le monde avec un homme providentiel. Il ne dispose d’aucun parti implanté électoralement et ses soutiens n’ont, sauf exception, aucune expérience politique. Il devrait donc courtiser les partis existants et se soumettre à leurs desideratas. Il gouvernerait avec une majorité composite, socialiste et centriste, extrêmement fragile. Cette majorité s’effritera aux premières difficultés et le pays retrouvera ses vieux démons : l’instabilité gouvernementale des Troisième et Quatrième Républiques. Macron, c’est l’impuissance politique assurée.

Les Français doivent regarder la réalité

La France est au bord du gouffre. Et les deux candidats placés en tête par les sondages vont l’y faire tomber. Les Français doivent faire face à la réalité. Certains regardent la fille de Jean-Marie Le Pen comme une nouvelle Jeanne d’Arc, d’autres s’amourachent d’un apprenti politicien opportuniste auquel il reste tout à apprendre. Qu’ils se réveillent, qu’ils reviennent aux réalités. Il leur reste deux mois et c’est suffisant.


L’auteur de cette tribune s’exprime à titre personnel. Contrepoints, journal indépendant, ne soutient aucun parti politique.