Nicolas Sarkozy, pas assez «convenable» pour les Français

Présidentielles : Juppé conforté, Sarkozy distancé By: Virginia Manso - CC BY 2.0

Pourquoi Nicolas Sarkozy, battu à la présidentielle de 2012 et à la primaire de la droite et du centre, a-t-il été rejeté par les Français ?

Par Yves Montenay.

Nicolas Sarkozy, pas assez «convenable» pour les Français
Présidentielles : Juppé conforté, Sarkozy distancé By: Virginia MansoCC BY 2.0

Sarkozy semble être le reflet d’une France qui répugne les dirigeants politiques trop peu «convenables». Autrement dit : ceux qui, comme l’ancien Président, sont fiers de leur notoriété et de l’argent qu’ils ont gagné. Pourquoi Nicolas Sarkozy, battu à la présidentielle de 2012 et à la primaire de la droite et du centre, a-t-il été rejeté par les Français ?

Précisons que nous ne parlerons pas de son idéologie ou de sa stratégie électorale, mais des motivations profondes de son rejet, notamment à la lumière du «phénomène Trump» et des réflexions sur l’opposition entre «les élites», terme imprécis, et le reste de la population.

En simplifiant, disons qu’un certain type d’élite est apparu dans les démocraties représentatives, que l’on pourrait appeler «les gens convenables», tels Hillary Clinton ou Alain Juppé, souvent très diplômés, dont les nombreux énarques de droite et de gauche en France. Cette élite est régulièrement concurrencée par des candidats moins classiques comme Georges Marchais, Bernard Tapie, ou, justement, Donald Trump.

Ceux qui méprisent l’argent

En France, la plupart des candidats ou élus sont des fonctionnaires ou des salariés — grands patrons compris — ou proviennent encore de professions libérales abritées (notaires, pharmaciens…). Leurs revenus sont assurés pour un temps assez long, voire à vie pour les hauts fonctionnaires, ce qui leur donne une certaine sérénité de ton et d’attitude. Ils peuvent même se permettre de mépriser l’argent, soit sincèrement, soit hypocritement en assouvissant ce besoin très humain par des moyens détournés.

Ces moyens peuvent être totalement illégaux, dont quelques-uns ont été révélés par les médias. Ils peuvent être plus originaux : François Mitterrand était célèbre pour n’avoir jamais d’argent sur lui et tout faire payer par des courtisans empressés, sans parler de moyens moins directs. Il est bien sûr très loin d’avoir été le seul. Sans aller jusque là, les grands élus ont en général des revenus et souvent des avantages en nature, disons, solides.

Ceux qui y sont attentifs

En face, une frange de la population, nouveaux entrepreneurs, commerciaux ou consultants doit conquérir de haute lutte des clients un par un pour ses revenus des prochains mois, puis doit les garder précieusement en entretenant une certaine complicité avec eux. Ce sont des gens perpétuellement sur le front et prenant des risques personnels.

Il en résulte un certain style d’homme ou de femme, plus offensif, bousculant parfois ses interlocuteurs, rompu à nouer des amitiés intéressées, forcément très attentif à l’argent et fier de celui qu’il a pu gagner. Ils sont admirés par une partie importante de la population, comme en témoignent les résultats électoraux, mais sont considérés comme «moins convenables», voire vulgaires par d’autres, d’autant que beaucoup de Français ont envers l’argent l’attitude un peu méprisante des personnes d’origine catholique.

Ainsi un Nicolas Sarkozy dynamique, agressif au sens commercial du terme, et fier de ce qu’il a gagné en argent et notoriété, a été un bon candidat mais, une fois élu à un poste demandant une grande dignité, ne pouvait qu’indisposer de larges couches de la société française. De même, toujours en pensant au souci des meilleurs commerçants de fidéliser leur clientèle, voire à la transformer en club de «fans» (voir Apple) ou «d’ambassadeurs de sa marque», il a su se créer une foule de fidèles chez les militants des Républicains.

Mentalité française

Finalement, indépendamment des désaccords sur le fond entre Nicolas Sarkozy et ses adversaires, qui relèvent du débat d’idées, la virulence de l’anti-sarkozysme ne serait-elle pas d’abord le reflet d’une certaine mentalité française préférant le confort et les bonnes manières à une activité brutale ?

Rappelons-nous du candidat qui voulait être «un président normal», par anti-sarkozysme, justement.

La géopolitique et l’économie mondialisée sont malheureusement, elles, fort brutales, comme nous le rappellent régulièrement Vladimir Poutine et bien d’autres, dont les bonnes manières ne sont pas le souci principal.

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