Ultra-libéral, fasciste, intégriste : le costard médiatique taillé à François Fillon

François Fillon By: European People's Party - CC BY 2.0

Le traitement médiatique accordé au candidat de la droite et du centre par la gauche a eu pour ressort les clichés, les caricatures et les excès en tout genre.

Par Frédéric Mas.

Le candidat de la droite et du centre François Fillon, dans cette élection présidentielle, a été la cible de ses adversaires pour de plus ou moins bonnes raisons.

Les bonnes, on les connaît, et elles sont faciles à établir : elles tiennent surtout au décalage entre son discours portant sur la morale publique, à tonalité modérée et conservatrice, et ses pratiques politiques réelles, qui sont celles d’un homme politique qui appartient au sérail depuis plus de 30 ans, et qui s’est accommodé des privilèges de nos élites politico-médiatiques1.

Il appartient à la justice d’établir si les accusations qui ont été portées contre lui méritent des sanctions pénales. Seulement, avant même les révélations du Canard Enchaîné sur les montages curieux de la famille Fillon pour arrondir ses fins de mois, une partie de la presse s’était déjà empressée de tailler un costume sur mesure au candidat.

Il est cependant intéressant d’observer comment certains journalistes et éditorialistes se sont attachés à faire de François Fillon un monstre de foire afin de provoquer la panique morale chez les lecteurs.

François Fillon ultra-libéral

Dans un premier temps, c’est contre un François Fillon « ultra-libéral » et « thatchérien » que certains journalistes « engagés » ont souhaité mettre en garde nos concitoyens.

Derrière ses allures débonnaires, c’est la révolution néolibérale alliée à la Réaction que défend l’ancien séguiniste passé par le sarkozysme :

Pro-Poutine bon teint, conservateur proche de la Manif pour tous, François Fillon est surtout un fan assumé de Margaret Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990, figure incontournable de la révolution libérale des années 80, au même titre que Ronald Reagan. (Slate.fr)

François Fillon réactionnaire

Voyant que l’ultra-libéralisme de François Fillon avait du mal à mobiliser les troupes, c’est dans le registre de la peur de l’extrême-droite contre-révolutionnaire de toujours, celle qui avance masquée, que certains journalistes sont allés piocher. Il faut bien comprendre que la campagne électorale est aussi un combat du Bien absolu contre le Mal absolu.

Comme l’écrivait Claude Askolovich :

[Fillon] répond naturellement au double désir des droites ; le grand coup de balai libéral et le grand bond en arrière identitaire, dans un monde d’entrepreneurs, de paysans et de chants grégoriens. (Slate)

La sainte alliance entre l’Église et les entrepreneurs va nous ramener l’Ancien Régime par la petite porte des primaires LR. Fillon, c’est en quelque sorte Maurras et Bonald avec une raie de côté, un provincial hobereau de province qui ramènera le Trône et l’Autel jusque dans le quartier latin.

François Fillon conservateur bourgeois

Le message n’était pas suffisamment anxiogène pour mobiliser les lecteurs et les électeurs. Il fallait que François Fillon soit la réincarnation du conservatisme bourgeois du 19e siècle, celui de François Guizot, donc anti-social, élitiste et attaché aux privilèges de sa caste.

Non seulement François Fillon est un agent de la mondialisation sauvage, un crypto-légitimiste provincial, il pourrait aussi jouer dans les films de Claude Chabrol : par exemple reprendre le rôle de Jean Yanne dans Que la bête meure.

François Fillon fasciste

Derrière le conservatisme bourgeois, le chrétien – forcément – hostile au droit des femmes et à la laïcité, l’ultra-libéral à la botte du grand capital apatride, il y a encore pire : ce sont ses électeurs, qui sont des fanatiques et des violents. Les cathédrales de lumière, les défilés, la foule désormais possédée par le nouveau César François Fillon communient pour en finir avec la République et établir une dictature sarthoise pour mille ans.

D’ailleurs ils ne s’y sont pas trompés : ils ont désigné à leur tête quelqu’un qui inspire des menaces de mort à l’ancien président de la République. Nous avons là toutes les caractéristiques, idéologie et violence, du fascisme totalitaire en tweed.

Qui a dit fausses nouvelles ?

  1. Nous mettons ici de côté son programme politique, tout comme sa carrière, qui pourraient aussi constituer en eux-mêmes un sujet de débat tout entier