Présidentielle : 7 moments surréalistes du débat entre candidats

Le débat pour la présidentielle d’hier soir démontre deux choses : notre pays est bien malade, et les politiciens qui prétendent le soigner sont pour la plupart des charlatans.

Par Frédéric Mas.

Hier soir, les 11 candidats à l’élection présidentielle se sont affrontés sur les plateaux de télévision, sous la houlette plus ou moins bienveillante de la fine fleur du journalisme français.

Ce débat au format inédit, à la fois difficile à gérer en termes de temps de parole, d’échanges, en raison du nombre de candidats et sa durée (environ 4 heures !) ne pouvait aboutir qu’au pire. Et ça n’a pas manqué !

7 moments surréalistes

1. Jean-Luc Mélenchon cite Karl Marx, et regarde avec empathie les Trotskistes qui déroulent leur texte à ses côtés. Nous voilà de retour dans un amphi de fac de lettres en compagnie des différentes sectes et agitateurs de cafétéria qui confondent romantisme boutonneux et totalitarisme sanglant.

2. Le même Mélenchon apparaît presque comme un modéré au milieu des différents représentants de l’extrême gauche : Arthaud, Poutou, mais aussi Hamon parfois, Cheminade souvent, Asselineau par inadvertance et Dupont-Aignan par opportunisme.

3. Un consensus semble s’être dégagé contre les banques parmi la plupart des candidats, même si, dans le détail, ils avaient du mal à se déterminer par le véritable ennemi à abattre ( l’Europe, le secteur privé, la mondialisation, etc.) : les banques, une fois de plus comme par magie, sont devenues le bouc émissaire commode.

Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan se sert de leur mauvaise réputation pour accuser le candidat Macron, qui vient de la banque Rothschild, d’avoir démantelé les entreprises françaises (?).

Rappelons pour mémoire qu’il s’agit d’un moyen constant utilisé par la classe politique pour se défausser de ses responsabilités : depuis plus de 40 ans, ce n’est pas la finance apatride et vagabonde qui nous pousse à la banqueroute, aux emprunts toxiques et au refinancement des banques en faillite, mais bien le même personnel politique.

4. Philippe Poutou, le représentant d’une des sectes trotskistes présentes sur le plateau de télévision1 n’a pas compris qu’il n’était pas dans un bistrot, et que les propos de comptoir en économie, en politique ou sur la probité des candidats ne convenaient pas d’ordinaire à un débat visant à la magistrature suprême.

5. La présence de Jacques Cheminade au milieu de ce beau monde nous a rappelé que les Trotskistes n’avaient pas le monopole du discours groupusculaire à tonalité gauchiste (et à la limite du complotisme quand il s’agissait de parler des États-Unis).

6. Le social-démocrate Benoît Hamon s’est fait discret, et n’a semblé vouloir jouer que sur les trois cordes usées d’un PS coincé dans les années 80 : l’antiracisme, la dépense publique et « J’aime les fonctionnaires ».  Ça ne marchait déjà plus à la fin des années 90, ça ne pouvait pas marcher en 2017.

7. Que diable faisait Jean Lassalle, à la fois aérien et incompréhensible, au milieu de tout cela ? 

L’impression générale laissée par les échanges entre candidats est un instantané des problèmes politiques, économiques et sociaux graves que rencontre notre pays aujourd’hui : la surenchère dans les promesses de dépenses publiques, qu’elles se justifient par le populisme, les différentes espèces de protectionnisme, la fossilisation des services publics ou encore la défense de la sacro-sainte protection sociale a fait presque oublier le principal.

Faillite et dette publique

Le pays est en faillite et la taille de la dette publique ne s’effacera pas magiquement, sauf peut-être dans les discours de Mélenchon, Poutou ou Le Pen. En d’autres termes, à écouter les politiques, l’économie française n’est pas en crise, l’argent coule à flots, pas d’inquiétude, il suffit d’aller se servir là où il se trouve. Le terrorisme et la crise de l’ordre public sont des problèmes tellement mineurs qu’un candidat a même proposé de désarmer les policiers…

Pour l’historien intéressé par les solutions politiques qui ont toutes été testées, et qui ne fonctionnent pas, la soirée fut riche en enseignements : démocratie directe, mandats impératifs, plébiscites ripolinés en « 49. 3 citoyen », retour au modèle social des années 60 ou encore nationalisations massives. Nos candidats ont tous en tête la France d’hier, ou même d’avant-hier. Ce débat, du début jusqu’à la fin, planait totalement à des années-lumière des réalités sociales et économiques du XXIe siècle.

La crise de notre modèle social et politique est aussi celle de la sélection de ses élites politiques.

  1. Ne réglez pas votre poste de télévision, vous êtes bien en 2017, et pas quelque part dans les années 30…