Présidentielle : 7 moments surréalistes du débat entre candidats

Le débat pour la présidentielle d’hier soir démontre deux choses : notre pays est bien malade, et les politiciens qui prétendent le soigner sont pour la plupart des charlatans.

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Présidentielle : 7 moments surréalistes du débat entre candidats

Publié le 5 avril 2017
- A +

Par Frédéric Mas.

Hier soir, les 11 candidats à l’élection présidentielle se sont affrontés sur les plateaux de télévision, sous la houlette plus ou moins bienveillante de la fine fleur du journalisme français.

Ce débat au format inédit, à la fois difficile à gérer en termes de temps de parole, d’échanges, en raison du nombre de candidats et sa durée (environ 4 heures !) ne pouvait aboutir qu’au pire. Et ça n’a pas manqué !

 

Sept moments surréalistes

1. Jean-Luc Mélenchon cite Karl Marx, et regarde avec empathie les Trotskistes qui déroulent leur texte à ses côtés. Nous voilà de retour dans un amphi de fac de lettres en compagnie des différentes sectes et agitateurs de cafétéria qui confondent romantisme boutonneux et totalitarisme sanglant.

 

2. Le même Mélenchon apparaît presque comme un modéré au milieu des différents représentants de l’extrême gauche : Arthaud, Poutou, mais aussi Hamon parfois, Cheminade souvent, Asselineau par inadvertance et Dupont-Aignan par opportunisme.

 

3. Un consensus semble s’être dégagé contre les banques parmi la plupart des candidats, même si, dans le détail, ils avaient du mal à se déterminer par le véritable ennemi à abattre (l’Europe, le secteur privé, la mondialisation, etc.) : les banques, une fois de plus comme par magie, sont devenues le bouc émissaire commode.

Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan se sert de leur mauvaise réputation pour accuser le candidat Macron, qui vient de la banque Rothschild, d’avoir démantelé les entreprises françaises (?).

Rappelons pour mémoire qu’il s’agit d’un moyen constant utilisé par la classe politique pour se défausser de ses responsabilités : depuis plus de 40 ans, ce n’est pas la finance apatride et vagabonde qui nous pousse à la banqueroute, aux emprunts toxiques et au refinancement des banques en faillite, mais bien le même personnel politique.

 

4. Philippe Poutou, le représentant d’une des sectes trotskistes présentes sur le plateau de télévision1 n’a pas compris qu’il n’était pas dans un bistrot, et que les propos de comptoir en économie, en politique ou sur la probité des candidats ne convenaient pas d’ordinaire à un débat visant à la magistrature suprême.

 

5. La présence de Jacques Cheminade au milieu de ce beau monde nous a rappelé que les Trotskistes n’avaient pas le monopole du discours groupusculaire à tonalité gauchiste (et à la limite du complotisme quand il s’agissait de parler des États-Unis).

 

6. Le social-démocrate Benoît Hamon s’est fait discret, et n’a semblé vouloir jouer que sur les trois cordes usées d’un PS coincé dans les années 1980 : l’antiracisme, la dépense publique et « J’aime les fonctionnaires ». Ça ne marchait déjà plus à la fin des années 1990, ça ne pouvait pas marcher en 2017.

7. Que diable faisait Jean Lassalle, à la fois aérien et incompréhensible, au milieu de tout cela ? 

 

L’impression générale laissée par les échanges entre candidats est un instantané des problèmes politiques, économiques et sociaux graves que rencontre notre pays aujourd’hui : la surenchère dans les promesses de dépenses publiques, qu’elles se justifient par le populisme, les différentes espèces de protectionnisme, la fossilisation des services publics ou encore la défense de la sacro-sainte protection sociale a fait presque oublier le principal.

 

Faillite et dette publique

Le pays est en faillite et la taille de la dette publique ne s’effacera pas magiquement, sauf peut-être dans les discours de Mélenchon, Poutou ou Le Pen. En d’autres termes, à écouter les politiques, l’économie française n’est pas en crise, l’argent coule à flots, pas d’inquiétude, il suffit d’aller se servir là où il se trouve. Le terrorisme et la crise de l’ordre public sont des problèmes tellement mineurs qu’un candidat a même proposé de désarmer les policiers…

Pour l’historien intéressé par les solutions politiques qui ont toutes été testées, et qui ne fonctionnent pas, la soirée fut riche en enseignements : démocratie directe, mandats impératifs, plébiscites ripolinés en « 49. 3 citoyen », retour au modèle social des années 1960 ou encore nationalisations massives. Nos candidats ont tous en tête la France d’hier, ou même d’avant-hier. Ce débat, du début jusqu’à la fin, planait totalement à des années-lumière des réalités sociales et économiques du XXIe siècle.

La crise de notre modèle social et politique est aussi celle de la sélection de ses élites politiques.

  1. Ne réglez pas votre poste de télévision, vous êtes bien en 2017, et pas quelque part dans les années 30…
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  • Merci pour cet exposé qui correspond assez bien à ce que j’ai ressenti tout au long de cette pénible séance, et dont je ne n’ai pu tirer d’autre conclusion que celle de h16 : CPEF !

  • C’est bien vrai!
    Mais vous oubliez à mon avis le Champion: Fillon.
    C’est celui qui reste vraiment de la France d’hier où il fut premier ministre, qui aurait du prévenir la situation actuelle, (en tout cas plus que les autres et les guignols) et mettre en marche des moyens pour redresser le pays.
    Décidément, le plus surréaliste à mon image, c’est cet ancien Premier Ministre assénant ce qu’il aimerait être mais semble ne pas être du tout, tant dans son passé politique que dans son comportement : un président exemplaire.
    Mon voisin marin pécheur est plus noble!

  • On a les hommes politiques que l’on élit. Les français étant stupides, ils méritent leur sort!

    • Je ne dirais pas stupides. Les français étant socialistes, ils méritent les Trotskistes qu’ils ont. 🙂

    • Je ne sais pas si ce n’est que de la stupidité.
      Et ça fait mal de l’admettre, mais après 30 ans à l’étranger, je suis revenu il y a 4 ans… dans un jardin d’enfants.
      Sans généraliser, le pourcentage de Français « limités » est largement supérieur à celui des pays du nord de l’Europe; égoïstes, immobilistes, orgueilleux, hâbleurs, filous même, indubitablement limités dans leurs compétences et dans leurs visions.
      Dur de devoir admettre les critiques de mes amis étrangers, résumées en une phrase: « La France est aussi belle que ses habitants sont stupides et enflés d’eux mêmes! Et c’est l’un des plus beaux pays du monde!  »
      Verre à moitié plein, la stupidité doublée de l’orgueil sont les plus grands marchés… Il y du pain sur la planche!!!

  • Mon choix est fait : abstention au 1er comme au 2eme tour

  • ce débat fut totalement atypique, car il fut démocratique et les journalistes ont eu du mal à le diriger. C’est un peu comme s’il avait voulu diriger et maîtriser certains débats de l’Assemblée Nationale. A l’inverse des débats formatés et préparés à l’avance de Pujadas, celui-ci était un voyage en terre inconnue et sans filet que les deux journalistes ont mené avec talent. Nul doute que les abstentionnistes qui sont lassés par le léonisme des soupes politiques aseptisées ont du reprendre de l’intérêt. Foutoir, peut-être, mais en attendant la meilleure émission politique jamais diffusée à la TV. Bravo à BFN et C8…

  • Euh, il y a eu tout un pan du débat qui portait sur la moralisation de la vie politique. À partir de là, il ne me semble pas aberrant de parler de la probité des candidats présents.
    D’autre part, le consensus concernant l’aspect néfaste des banques, il est minus Macron car il a bien déclaré lorsqu’il était attaqué : « Il y aura toujours des banques tant qu’il y a aura une économie » ou un truc du genre.

  • Cet article est une veritable perle et le style d’écriture fait penser a Frédéric Beigbeder. J’ai adoré.

  • Tous ces candidats qui vomissent les banques proposent que l’Etat dépense plus qu’il n’a en empruntant aux ….. banques. Leur incohérence fait peur.
    Seul Fillon trouve que l’Etat dépense trop et doit revenir à un budget en équilibre. Il pourra ainsi réduire la dépendance de l’Etat aux banques. En attendant il ne crache pas sur elles. Il est cohérent, ce qui est une qualité pour prétendre à la charge de président.

    • « FILLON est cohérent. »

      Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire … On reparle de la mise en examen et de sa promesse ?

      « FILLON pourra réduire la dépendance aux banques. »

      Quelle blague … On reparle des 600 milliards ?

      « FILLON trouve que l’Etat dépense trop. »

      Quelle insulte envers le contribuable … On reparle des rétro-commissions occultes au Sénat ?

      FILLON est un incapable. Il l’a très bien prouvé pendant 5 ans de premier sinistre. FILLON n’est là que pour la soupe. Il l’a très bien prouvé pendant 35 ans de vie politique.

  • Bravo, vous tombez dans un certain déni. Nier le rôle des banques dans la crise actuelle, confondre le marxisme et le stalinisme, nier que Macron a délibérément vendu Alstom à General Electrics en trahissant son propre pays, rabaisser Poutou, seule représentant des classes ouvrières -dont vous n’êtes pas issu, bien sûr, je ne pense pas que vous savez ce qu’est un travail physiquement pénible- qui vient exprimer une colère réelle et comparer notre situation à celles des années 1930s. On sait pour qui vous roulez en tout cas, c’est clair, pourquoi ne pas faire campagne en faveur de mr Fillon ? Tiens et « où trouver l’argent » ? Quand on sait que les plus riches ne l’ont jamais été autant dans l’histoire de France, on sait où prendre l’argent ; quand on voit que des entreprises comme McDonald ou Amazon ne paient quasiment rien en France, on sait où prendre de l’argent, quand on voit le montant de la fraude par les paradis fiscaux, le prix de l’optimisation fiscale, on sait où le prendre… Pas chez les classes moyennes en tout cas. Donc Fillon va mettre encore plus d’austérité, pour lancer quelle politique ? Comment comptez-vous inciter les entreprises, les vraies, les PME, à investir avec une politique d’austérité ? Comment prendre en compte en même temps la pénibilité -réelle- du travail en France ? Peut-on être libéral et progressiste en même temps ? Bien sûr, si vous regardez un peu plus au nord. Certains programmes ont déjà été chiffrés, jetez-y un oeil et critiquez-les pour ce qu’ils sont, avec d’autres arguments que les méchants communistes vs le libéralisme libérateur.

  • « 7 moments surréalistes…. » et à aucun moment il n’a été véritablement question d’une politique de l’emploi et de l’amélioration du pouvoir d’achat des français par une relance de l’activité industrielle de notre pays.
    Emmanuel MACRON parle d’économie numérique, de robots, mais pas de production et de transformation permettant d’obtenir des productions industrielles.
    Je pense que les entrepreneurs en puissance – il en reste – auraient préférés que l’on propose de remettre en cause les prélèvements étatiques multiples, insensés, contre-productifs, qui plombent l’économie de notre pays et qui sont la cause des problèmes de l’emploi et du pouvoir d’achat à revoir à la hausse.
    Pour ma part, j’aurais préféré un train de mesure sensées nous permettre, en 5 années de présidence, de rattraper nos voisins suisses parvenus au quasi plein emploi avec un pouvoir d’achat double de celui des français…

    • Venez vivre en Suisse avec le salaire d’un ouvrier et vous reparlerez du pouvoir d’achat

    • Ah si ils avaient tous une politique de l’emploi : le protectionnisme ! D’ailleurs c’était drôle de les voir proposer tous la même chose mais avec uniquement un adjectif différent : protectionnisme « intelligent » (parce qu’on a essayé le « bête » mais ça n’a pas marché…), protectionnisme « national », protectionnisme « solidaire »…

  • Je voulais voir jusqu’où on pouvait exprimer une opinion contraire à votre ligne éditoriale mais je vois que je n’ai pas passé la barrière du modérateur . Est ce parce que j’ai dit que Fillon était indigne ?, Ou parce que j’ai dit qu’il allait se «  »vautrer » …Si vous ne supportez pas la « violence » de tels propos supporterez vous la colère qui monte et la violence qui un jour enverra valser vos pudeurs de vierges effarouchées….Vous êtes vraiment d’un autre monde….Si Fillon passe on votera pour lui contre le FN mais il ne pourra pas, comme Chirac en son temps, se glorifier de sa large majorité ….il y aura du monde dans la rue !!!

  • Le Pen et Melenchon mentionnent la dette publique?
    Vous avez vu leur programme ? Vous croyez vraiment que c’est leur préoccupation ?
    Franchement…

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