Venezuela : l’extrême-gauche française n’a toujours rien compris

Jean-Luc Mélenchon by Prachatai (CC BY-NC-ND 2.0) — Prachatai, CC-BY

La France semble d’ailleurs constituer l’un des derniers conservatoires des utopies collectivistes.

Par Claude Robert.

On sait combien la vie des Vénézuéliens est difficile. On sait combien les dernières élections présidentielles ont été taillées sur mesure pour la réélection du successeur d’Hugo Chavez et le maintien d’une dictature communiste. Mais peu importe, la récente élection « auto-proclamée » du président de l’Assemblée nationale Juan Guaido suite aux émeutes populaires contre l’actuel président Nicolas Maduro fournit à Jean-Luc Mélenchon une nouvelle occasion de fustiger un « coup d’État ».

Pourquoi Mélenchon ne défend-il pas le peuple et n’en appelle-t-il pas à un processus électoral démocratique immédiat ? Certainement pour deux raisons. Premièrement, parce même s’il ne le dit pas ouvertement, le leader de la France insoumise reste un ardent défenseur du communisme.

Deuxièmement, parce que loin de le marginaliser, ce statut de défenseur lui garantit la sympathie de la plupart des media français, la majorité d’entre eux s’affichant clairement à gauche, parmi lesquels une partie non négligeable à l’extrême-gauche. Ainsi, tout est bon pour défendre les reliques communistes, quitte à dénoncer des coups d’État de l’extrême droite ou des USA, même lorsqu’il n’y en a pas1.

Chez nous, Mélenchon n’est pas le seul spécimen à labourer le sillon sulfureux de la nostalgie communiste. La France semble d’ailleurs constituer l’un des derniers conservatoires des utopies collectivistes. De nombreux indices en attestent, qui ne nous alertent même plus tellement nous avons été, à notre insu, profondément mithridatisés :

  • existence d’une importante communauté de nostalgiques
  • partition sémantique dissymétrique du langage politique
  • répartition dissymétrique de la notion de faute en politique
  • bienveillance convenue de l’ensemble des médias

La France repaire de gauchistes ayant pignon sur rue

La présence de 9 candidats étatiques sur 11 à la présidentielle française de 2017 est un signe qui ne trompe pas. Parmi ces 9 candidats, certains comme Mélenchon, Hamon ou Le Pen proposaient un programme totalement planiste et incohérent, capable d’envoyer très rapidement au tapis notre économie déjà chancelante. On pourrait certes objecter que les sondages comparatifs révèlent régulièrement chez les Français un niveau de connaissances économiques tout à fait médiocre.

Mais comment expliquer que cette domination gauchiste se soit prolongée jusque dans la sphère des idées ? Il ne s’agit plus dans ce cas de culture purement économique, mais tout autant de culture humaniste au sens large, en un mot de maturité démocratique, pour ne pas dire de mémoire des évènements qui ont émaillé l’Histoire.

Par quel miracle les défenseurs d’un système qui a semé la mort et la pauvreté2 suscitent-ils une telle complaisance ? Pourquoi les Clémentine Autain, Alain Badiou, Olivier Besancenot, Régis Debray, Benoît Hamon, Philippe Herzog, Jean-François Kahn, Alain Krivine, Pierre Laurent, Thomas Piketty pour ne citer que ceux-là, n’ont-ils pas été un seul instant diabolisés par les media ou la classe politique tandis que les défenseurs des idées opposées le sont continuellement ?

Une partition sémantique du langage politique

La façon dont le paradigme politique se trouve découpé en unités de sens est toujours terriblement révélatrice de l’idéologie dominante. En France, actuellement, l’extrême-droite est systématiquement citée par les media et les politiciens au pouvoir dès lors que des violences sont perpétrées dans la rue. L’expression  extrême-droite devient même le vocable idoine pour caractériser les agissements qui ne sont pas orchestrés par les « bons manifestants », ceux bénéficiant du respectable patronage de la CGT, de Sud ou de FO3.

À l’inverse, le mot extrême-gauche n’a pratiquement plus cours, son usage restant explicitement celui des gens de droite4 les plus libres d’esprit. Quant au syntagme figé Front National, il est à présent devenu le signifiant du mal absolu, le symbole même de l’horreur politique ; à tel point que les manifestants qui cassent du frontiste dans la rue bénéficient du label très complaisant d’anti-fa, c’est-à-dire d’anti fasciste.

Ainsi, dans l’inconscient collectif, les fascistes ne se recrutent plus qu’à l’extrême-droite. Pour rétablir une neutralité du langage qui a disparu de façon tout à fait orchestrée, rappeler que les anti-fa sont des fascistes comme les autres nécessitera de toute évidence un long travail de rééducation.

Le phénomène est ancré depuis si longtemps… En 2007, sur un plateau de télévision lors de l’élection de Nicolas Sarkozy, du haut de sa certitude de notable reconnu, Henri Weber alertait l’un de ses contradicteurs en lui rappelant combien la droite devait se méfier de ses tentations fascistes, car c’était bien là son penchant naturel (sic).

Reconstruire l’histoire dans l’inconscient collectif, tel est sans doute le Graal des intellectuels de gauche. La victoire par KO absolu. Le crime parfait, commis à partir de faits qui n’ont même pas existé, en remplacement de faits monstrueux que l’on a soigneusement effacés…

Une répartition dissymétrique de la notion de faute en politique

Justement, cet aplomb de l’une des têtes pensantes du Parti Socialiste de l’époque montre à quel point l’ensemble de la gauche française s’estime dans le camp du Bien et ne subit pas la moindre gêne quant aux actes ou déclarations de ses composantes extrémistes. François Mitterrand avait senti le coup en lançant la diabolisation de la droite via son aile extrême.

Cette diabolisation du Front National fonctionne à merveille aujourd’hui. Il ne viendrait pas à des personnalités de la gauche même modérée l’idée de s’offusquer des propos tenus par un Jean-Luc Mélenchon, un Olivier Besancenot ou une Clémentine Autain. Bien au contraire, la presse les relate avec une bienveillante neutralité, neutralité qu’elle n’appliquera bien évidemment pas à des politiques ou à des philosophes qu’elle identifie comme appartenant au camp adverse.

Regardez combien sont diabolisés les deux représentants du camp du Mal les plus audibles actuellement : chacun à leur niveau, le journaliste Éric Zemmour et le philosophe Alain Finkielkraut font l’objet d’un ostracisme particulièrement violent et systématique. Ce sont des pisse-vinaigre, des rabat-joie qui n’ont pas leur place dans le folklore idéologique français.

Derrière le Mal ici montré du doigt se dissimulent d’ailleurs plusieurs notions formellement proscrites dont ce fameux libéralisme qu’abhorre au plus profond d’elle-même cette gauche française terriblement archaïque. Ainsi, lorsque ce Yalta pseudo moralisateur se combine à l’inculture économique hexagonale, cela donne des monstruosités d’anthologie.

À l’instar de celles perpétrées par des soi-disant intellectuels comme Jean-François Kahn ou Régis Debray qui ont accusé François Hollande de mener une politique ultra-libérale (dixit). Alors que de tels propos sont tout simplement sidérants, au lieu de soulever les critiques voire les moqueries du landernau médiatico-politique, ils sont au contraire institutionnalisés et largement diffusés. Rien de surprenant finalement, quand on sait combien les programmes économiques de l’Éducation nationale sont eux-mêmes lourdement orientés5

La bienveillance convenue des quelques médias de droite

Justement, le plus étonnant réside dans la bienveillance des médias dans leur ensemble, et dans cette étonnante absence de symétrie en matière d’invective, de moquerie ou tout simplement de critique. Le Monde, Libération et l’Obs peuvent caricaturer en toute mauvaise foi Bernard Arnault ou François Fillon, par exemple, sans soulever l’ire car ils en ont tout simplement le droit.

Tout dernièrement, un important site d’information sur le net titrait : « Mise en examen du petit Sarko »6 alors qu’il ne s’agissait que d’une personnalité locale surnommée ainsi, ce qui est parfaitement tendancieux. Force est de constater qu’il n’existe pas de cas symétriques à droite. Les quelques médias non assimilés à la gauche ou à l’extrême-gauche semblent donc bel et bien subir ce joug déséquilibré mais parfaitement partagé par l’ensemble de la profession journalistique.

Heureusement, les médias libres au premier desquels Contrepoints représentent le seul espoir de rétablir une équiprobabilité des jugements critiques. Le fait que ces media numériques non financés par l’État se gardent bien d’utiliser des journalistes professionnels, tous formatés ou presque selon les mêmes écoles politiquement orientées7, constitue une chance unique pour la liberté de l’information. Une chance également pour remettre en cause une profession potentiellement sinistrée au vu de son déficit de crédibilité, mais qui ne semble toujours pas s’en rendre compte !

Sur le web

  1. La situation au Venezuela est assez compliquée mais de nombreux pays ont tout de même reconnu Juan Guaido.
  2. On parle communément de 100 millions de morts pour le communisme…
  3. Ce sont des bons manifestants puisqu’ils sont sous statut historiquement protégés et bénéficie de la caution gauchiste à laquelle on ne peut moralement pas se mesurer.
  4. Comme le courageux Luc Ferry qui ne mâche pas ses mots.
  5. L’audit réalisé en janvier 2017 par l’Académie des Sciences Politiques et Morales montre que les programmes sont toujours fortement orientés vers le marxisme et l’altermondialisme.
  6. Seule la lecture de l’article permettait de découvrir qu’il s’agissait non pas de l’ancien président, mais d’un élu du nom de Stéphane Scieczjowsky qui est surnommé « petit Sarko ».
  7. À ce sujet, le dossier de Valeurs actuelles de décembre 2017 fait froid dans le dos : les enseignements sont orientés à gauche ne serait-ce que pour permettre aux élèves journalistes de trouver du travail ! Constat effroyable de l’un des professeurs interviewés.