Venezuela : la descente aux enfers politique

C’est du côté des mauvaises politiques publiques qu’il faut regarder pour vraiment comprendre comment un pays bien pourvu en ressources comme le Venezuela peut sombrer dans une crise humanitaire aussi importante.

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Venezuela 2008 By: Andreas Lehner - CC BY 2.0

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Venezuela : la descente aux enfers politique

Publié le 9 août 2017
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Par Mathieu Bédard.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Alors qu’au Venezuela les projecteurs sont sur le régime Maduro, qui s’enlise toujours plus profondément dans la crise politique, la crise humanitaire bat son plein.

De jeunes enfants meurent, faute de soins et de vivres, et les Vénézuéliens manquent cruellement de produits de base. Une étude réalisée en 2016 démontrait que 74,3 % des Vénézuéliens avaient perdu environ 19 lb (8,7 kg) en un an et que 9,6 millions de personnes mangeaient deux repas ou moins par jour. C’était il y a un an et la situation s’est détériorée depuis.

Comment interpréter la descente aux enfers du Venezuela ?

Il y a plusieurs façons de mal interpréter la descente aux enfers amorcée depuis le début du chavisme. On lit certaines d’entre elles dans les journaux, ici, presque tous les jours.

La première c’est de se concentrer sur le politique et sur le remplacement de Chávez par Maduro, en 2013. Ou encore, par l’élection parlementaire de 2015, lors de laquelle l’opposition a été élue avec une large majorité. Mais la situation est bien antérieure à cela. Depuis les années 70, bien avant l’élection de Chávez en 2002, le PIB du Venezuela a diminué, alors que celui du Chili a triplé sur la même période, malgré les crises humanitaires et politiques.

La liberté économique, elle, est passée d’un indice de 7 sur 10 à 3 sur 10. Une étude réalisée par trois universités a montré que 82 % des Vénézuéliens vivent aujourd’hui sous le seuil de la pauvreté, contre 48 % avant que Chávez ne prenne le pouvoir. Si les problèmes ont bien été amplifiés et accélérés par le chavisme et la révolution bolivarienne, ses causes sont en revanche bien plus profondes.

La question du pétrole

La seconde erreur d’interprétation est de se concentrer sur la chute du prix du pétrole. (« Le Venezuela peut bien vivre une crise, lui qui tire une grande partie de ses revenus du pétrole ! ») Pourtant, les pénuries ont commencé en 2012, alors que le prix du pétrole était toujours à 100 $ le baril.

Et les dysfonctionnements vont bien au-delà de l’industrie de l’énergie. En 1998, le pétrole représentait 77 % des exportations du pays, contre 96 % en 2013.

Si la nationalisation de l’industrie de l’énergie a bien été une catastrophe, les nationalisations dans les autres industries ont probablement été bien pires.

L’effondrement de l’agriculture, par exemple, est de loin le plus tragique. Et ce n’est pas que l’agriculture qui a été nationalisée, mais bien la chaîne de production alimentaire au complet, qui est maintenant captive de la bureaucratie agricole inefficace.

De très mauvaises politiques publiques

Ce qui nous amène à la véritable raison de la crise vénézuélienne : de très mauvaises politiques publiques, que les économistes savent néfastes depuis presque aussi longtemps que cette science existe.

On sait par exemple depuis plusieurs centaines d’années que si un prix maximum est instauré et que ce prix maximum est trop faible, il y aura pénurie. C’est un principe aussi banal qui explique comment, au XXIe siècle, un bien comme le papier de toilette peut venir à manquer. Bien que le chavisme ait étendu le contrôle des prix à plus de biens, ces mesures remontent aux présidences de Rómulo Betancourt et Raúl Leoni dans les années 60.

Cela reste cocasse lorsqu’il s’agit de papier hygiénique, mais lorsqu’il s’agit de médicaments et du nécessaire pour effectuer un suivi médical, on ne rit plus. Alors que les combats dans les rues ont fait jusqu’à maintenant plus de 113 victimes, le taux de mortalité infantile est passé à 30 % en 2016 et le taux de mortalité maternelle, à 65 %. Ces taux sont respectivement de 0,5 % et de 0,01 % au Canada.

Bien que plusieurs cherchent à expliquer la crise du régime Maduro par l’élément politique ou par la conjoncture économique, c’est du côté des mauvaises politiques publiques qu’il faut regarder pour vraiment comprendre comment un pays bien pourvu en ressources peut sombrer dans une crise humanitaire aussi importante.

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  • en France , en 60 ans , le nombre d’exploitations agricole a chuté de 80% ; notre pays base son avenir sur le tourisme ; pas sure que ce soit une trés bonne idée ;

  • Transformer le PQ en monnaie, il n’y a pas à dire, le socialisme c’est magique :mrgreen:

    • @MichelC
      Au moins le PQ, notre Etat pourrait en produire. Ce n’est pas interdit par la BCE. Un smic payé en PQ, le socialisme du XXIème siècle !

  • Quand on voit l’histoire, c’est bien la régulation par le pouvoir, y compris le controle des prix, mais déjà bien avant H.Chavez! Il n’est donc pas bon de tout lui mettre sur le dos.

    • @mikylux
      Bonsoir,
      Chavez « ramasse » car nos politiciens de gauche l’ont mis sur leur pied d’estal socialiste, et en faisaient leur modèle, leur idole. Il fut élu pendant la période de vaches maigres du P.S, au niveau présidentiel, de 1995 à 2012. Leur seule défense actuelle est le complot « du grand-impérialiste-satanique » (les U.S.A via la C.I.A), qui serait la seule cause du désastre vénézuelien.
      Chavez est l’accélérateur de la décomposition du Vénézuela, Maduro en sera le bourreau. En France, nous attendons Chavezuro.

      • Chavez n’a pas accéléré la décomposition du Venezuela il en est l’instigateur. Comme je le dis à mikylux, je ne prétends pas que le Venezuela était un paradis avant Chavez car ce n’était pas le cas ce pays avait des problèmes mais rien de comparable avec la situation catastrophique aujourd’hui.
        Hyper inflation, famine, pénuries, criminalité qui atteint des niveaux sans précédents, vaste pillage de l’état au profit de l’élite chaviste,…Tout cela Chavez en est le responsable. Maduro n’a fait que suivre la politique de Chavez. Maduro s’est Chavez sans le charisme. Ce qui différencie les deux c’est le charisme. Pour l’idéologie c’est la même chose

    • Je ne prétends pas que le Venezuela était un paradis avant Chavez car ce n’était pas le cas ce pays avait des problèmes mais rien de comparable avec la situation catastrophique aujourd’hui. Jamais ce pays a connu une telle situation et c’est bien Chavez le coupable.
      Chavez a mis en place une politique de contrôle de prix (il y avait quelques contrôles de prix avant lui mais pas à ce point). Nationalisations, contrôle de change, contrôle des prix,…sans parler du clientélisme poussé à l’extrême cela a ruiné le Venezuela

  • Et puis le coup d’état raté de 2002 a dû plonger Chavez dans la paranoïna. Ça ne doit pas aider à bien gérer un pays quand tu dois te méfier de ton entourage.

    • @Mathrix
      Bonsoir,
      Quand on gère mal un pays, qu’on détériore encore plus les conditions de vie, alors qu’on a proclamé faire l’inverse une fois en place, on n’a pas à se plaindre de se mettre le peuple à dos et on ne râle pas parce qu’il grogne. Sachant que Chavez lui-même en a tenté un de coup d’état.

    • ça serait -y pas la cia ,qui serait derriere ce coup d’état elle n’en est pas a son coup d’essai en amerique du sud et chavez a drolement « gonfler » les cow boys en se moquant ouvertement d’eux alors bonjour les représailles !( le prix du pétrole )les dépenses publiques ont du méchamment accentués cette descente sans doute

  • Comment avec plus de 350 milliards de PIB pour 30 millions d’habitants, tous les savoirs scientifiques et techniques, on peut avoir en 2016, un taux de mortalité infantile à 30 %, et un taux de mortalité maternelle à 65 % ?

  • Ben c’est du socialisme, comment voulez vous que les politiques publiques soient intelligentes ? sinon ce serait du libéralisme. Inadmissible.

  • L’analphabetisme ne concernait surtout que les personnes âgées au Venezuela. Le taux d’alphabétisation chez les jeune n’a pas cru plus rapidement sous Chavez que sous ses prédécesseurs. Et c’est sous Chavez que le Venezuela à construit le moins de logements. Il faut voir aussi la gueule des logements, des immeubles cages à lapin mal construits par des russes dans des quartiers isolés.
    le contexte économique en 2013, au moment du décès de Chavez, était loin d’être florissant. Hugo Chávez était quelqu’un d’éminemment charismatique ce qui lui permettait d’avoir un soutien populaire. mais en 2013,les finances étaient déjà dans le rouge,les programmes sociaux perdaient en efficacité et le taux de pauvreté ne baissait +depuis 2010 (selon certaines sources il augmentait même-). Au 1T 2013, le PIB s’était contracté de 2,5 % , l’inflation atteignait 35 % et le taux de pénurie était de 20 %. Et ce n’était que le début
    Il est vrai que sous Chavez, le clivage droite/gauche était très fort. Beaucoup moins aujourd’hui. Récemment, le Parti communiste venezuelien a critiqué les dérives de Maduro, la très chaviste Luisa Ortega s’oppose à la constituante et je ne parle pas des anarchistes qui ont toujours dénoncé la militarisation du pouvoir sous Chavez et son autoritarisme. Aujourd’hui, l’opposition va de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le centre gauche.
    dans les faits, les USA sont le 1er partenaire commercial du Venezuela &si les USA voulaient vraiment nuire, ils auraient fait fermer Citgo.
    Il est vrai toutefois qu’il y a une partie de l’opposition qui n’est pas toujours pacifiste (l’opposition reste bien plus pacifiste que les chavistes).
    La violence est devenue une habitude et elle touche tout le monde. La police est devenu une organisation criminelle (le trois quarts des crimes au venezuela est commis avec la participation d’au moins 1 membre de force de sécurité). Au Venezuela, les gens en arrivent à faire justice eux mêmes. Il est très fréquent que les voleurs soient lynchés à mort par la foule. Le taux d’homicide est passé à 70 morts violentes pour 100000 habitants en 2016. (contre 20,3 en 1995 et 32,9 en 2000). (Alors qu’en moyenne, l’amérique latine est passée de 27,61 homicides pour 100000 habitants en 1995 à 23,48 en 2012).
    Le responsable principal de la crise actuelle est Chavez, Maduro n’est que l’héritier sans charisme. Chavez n’a pas développé son pays, il l’a rendu encore plus exposé et dépendant à l’économie pétrolière. Quand le baril de pétrole est passé de 10 à 120$, ça pouvait encore aller (la situation commencait déjà se dégrader mais elle n’était pas totalement désastreuse comme aujourd’hui) mais dès qu’il a commencé à baisser, le château de sable s’est effondré. Les seuls secteurs économiques qui se sont développé sous Chavez sont les banques et la téléphonie. L’industrie en revanche. Mais surtout, lors de la soi disante période de réussite du Venezuela, des pays voisins du Venezuela, plus pauvres et sans ressources pétrolières ont eu des résultats sociaux similaires. https://pbs.twimg.com/media/DGKREHUWAAEsA9-.jpg:large
    Et cela c’est les statistiques de « l’Insee » Venezuelien (INE) (dont on peut difficilement accuser de faire de la propragande antichaviste): https://pbs.twimg.com/media/DGKRLrZXsAEnpLs.jpg:large
    J’ai donné l’exemple avec le taux de mortalité infantile (qui aujourd’hui au Je peux aussi donner l’exemple du taux de pauvreté.
    https://fr.actualitix.com/graphique/col/colombie-population-sous-le-seuil-de-pauvrete.png
    https://fr.actualitix.com/graphique/per/perou-population-sous-le-seuil-de-pauvrete.png
    On voit que même lors de la soi disante période de réussite du Venezuela, le taux de pauvreté ne diminue pas plus vite que dans les pays voisins (qui eux n’ont pas les ressources naturelles du Venezuela)

    • « J’ai donné l’exemple avec le taux de mortalité infantile (qui aujourd’hui au  » J’ai donné l’exemple avec le taux de mortalité infantile (qui aujourd’hui au Venezuela, dépasse le taux de mortalité infantile de la Syrie c’est dire le désastre de la situation)

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