Thomas Piketty lance un Manifeste pour davantage d’impôts

Thomas Piketty (Crédits : Parti Socialiste du Loiret, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

En écho au ras-le-bol fiscal des gilets jaunes, l’économiste Thomas Piketty prône une hausse des impôts dans toute l’Union européenne.

Par Daniel J. Mitchell.

Il y a moins de dix ans, de nombreux pays européens ont connu des crises financières en raison d’une association malheureuse de dépenses excessives, d’impôts punitifs et d’une dette écrasante. Depuis lors, les crises se sont calmées, en grande partie grâce à des renflouements directs et indirects. Mais les erreurs politiques sous-jacentes n’ont pas été corrigées. En effet, le poids des dépenses publiques a augmenté en Europe et les niveaux d’endettement sont aujourd’hui beaucoup plus élevés qu’ils ne l’étaient au début de la crise précédente.

Sans surprise, ces lourdes charges fiscales ont conduit à de médiocres performances économiques, ce qui explique en partie pourquoi les contribuables français de la classe moyenne ont entamé des manifestations sur tout le territoire national en réaction à une forte augmentation des taxes sur les carburants.

Le Président français, Emmanuel Macron, a fini par battre en retraite. Mais certains semblent penser que le problème de Macron est qu’il n’était pas allé assez loin dans le racket fiscal.

Je ne plaisante pas. Sous la direction de Thomas Piketty, quelques dizaines de gauchistes européens ont publié un Manifeste pour renforcer l’étatisme.

Nous, citoyens européens venus d’horizons et de pays différents, lançons aujourd’hui un appel pour transformer profondément les institutions et les politiques européennes. Ce Manifeste contient des propositions concrètes, en particulier un projet de Traité de démocratisation et un projet de Budget (…) Nos propositions reposent sur la création d’un Budget de démocratisation discuté et voté par une Assemblée européenne souveraine (…) Ce Budget, si l’Assemblée européenne le souhaite, sera financé par quatre grands impôts européens, marqueurs concrets de cette solidarité européenne, qui porteront sur les bénéfices des grandes sociétés, les hauts revenus (au-delà de 200 000 euros par an), les hauts patrimoines (au-delà de 1 million d’euros), et les émissions carbone (avec un prix minimum de 30 euros par tonne, qui a vocation à être rehaussé annuellement).

Voici les impôts qu’ils proposent dans le cadre de leur plan visant à accroître le fardeau des dépenses publiques.

Je suis surpris qu’ils n’aient pas inclus une taxe sur les transactions financières.

Et voici une vidéo expliquant leur stratagème.

Le moins qu’on puisse dire est que ce projet est absurde. Il infligerait une couche supplémentaire d’étatisme et une couche supplémentaire de prélèvements à un continent qui étouffe déjà parce que le secteur public est trop important.

Je ne suis pas le seul à être inquiet. Dans une chronique pour Bloomberg, Leonid Bershidsky explique pourquoi il n’est pas convaincu par la proposition de Piketty.

Les réformes proposées par Piketty et un groupe d’intellectuels et de politiciens – notamment Pablo Iglesias, leader du parti de gauche espagnol Podemos – incluent la création d’une Assemblée européenne. Celle-ci aurait le pouvoir d’élaborer un budget commun et d’imposer des impôts communs. (…) Piketty préconise quatre mesures qui permettraient de collecter un total équivalent à 4 % du PIB de l’Europe. (…) Ce qui est proposé est essentiellement un retour aux politiques fiscales des années 1970, qui ont motivé Astrid Lindgren à écrire son essai satirique « Pomperipossa in Monismania ». En 1976, la romancière pour enfants a reçu un avis d’imposition s’élevant à 102 % de son revenu. (…) Frappez-les avec de nouvelles taxes et regardez-les s’enfuir aux États-Unis et en Asie. Ils ne resteront pas tous comme la patriote Lindgren, dont l’essai a aidé à renverser le gouvernement suédois en 1976. Et aucune subvention publique (…) ne réparera les dommages qu’une imposition punitive et vexatoire peut causer aux économies qui éprouvent déjà des difficultés à innover.

N’oublions pas, d’ailleurs, les milliers de ménages français qui ont également souffert de taux d’imposition supérieurs à 100 %.

Mais ne faisons pas de digression.

Dans les colonnes de CapX, John Ashmore explique pourquoi le plan de Piketty ne fera qu’aggraver les problèmes de l’Europe.

Un groupe de politiciens, d’universitaires et d’obsédés de la politique, emmené par l’économiste français Thomas Piketty (…) ont prêté leurs noms à un nouveau Manifeste pour la démocratisation de l’Europe. (…) Dans l’ensemble, le manifeste se lit comme une grossière version du type de politiques que nous avons déjà entendues à maintes reprises de la part de politiciens de gauche. (…) Les détails du « manifeste » du jour pourraient faire passer le Chancelier du cabinet fantôme marxiste John McDonnell pour un centriste modéré. Alors que les travaillistes préconisent de ramener l’impôt sur les sociétés à 26 %, Piketty et ses coauteurs veulent qu’il soit porté à 37 %. Et alors que nous, Britanniques, avons passé de nombreuses années de la Coalition à discuter de la question de savoir si l’impôt sur le revenu devait être limité à 45 ou 50 %, le Manifeste fait feu de tout bois pour un taux maximum de 65 %. (…) Ces mesures devraient permettre d’obtenir 800 milliards d’euros, soit quatre fois le budget européen actuel. (…) Ce serait un énorme transfert de pouvoir, non pas des riches aux pauvres, mais des contribuables aux politiciens.

Un taux maximal d’imposition de 65 % ? Avec euphémisme, je dirais que c’est une recette pour moins d’entrepreneuriat et moins d’innovation.

De plus, si l’on se fie à l’expérience américaine des années Reagan, on peut affirmer sans risque de se tromper que les recettes fiscales réelles seraient très, très en deçà des projections.

Mais l’augmentation des dépenses serait réelle, de même que tous les voyants passeraient inévitablement au rouge. Et il convient de relever que le Manifeste propose de subventionner la dette des États-providence en faillite. Cela ressemble beaucoup au système des euro-obligations, dont j’ai déjà fait remarquer qu’il revient à cosigner un prêt pour un alcoolique au chômage souffrant d’une dépendance au jeu.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.