Gilets Jaunes : la goutte d’essence qui fait déborder le vase… du trop-plein fiscal !

Geöffneter Tankdeckel. Bereit um Diesel zu tanken By: Marco Verch - CC BY 2.0

L’usine à gaz de subventions, commissions, dérogations continue son chemin, alors gilets jaunes ou pas, mais véritables insurgés fiscaux, chacun doit prendre sa part de responsabilité. Tribune libre.

Par Christine Singer1.

Bienvenue dans un pays où désormais pour 100 euros de dépenses en carburant, ce sont bien 70 euros de taxes qui sont perçus par l’État nounou.

La révolte fiscale qui s’exprimera le 17 novembre est donc légitime. Initiée par les réseaux sociaux, court-circuitant par là même les partis politiques classiques de tous bords, elle apparaît comme la lame de fond que nous, libéraux, nous attendions depuis longtemps, et ce malgré la présence certaine de quelques figures douteuses. Mais seule l’action prévaut quand il s’agit de mener la guerre au trop-plein d’impôts, qui finance notre trop-plein d’État, véritable frein au développement économique.

Si ce mouvement est motivé de prime abord par l’alignement par le haut de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence, il est en effet — et surtout — motivé par un ras-le-bol fiscal dans le pays le plus taxé de la planète.

Et malgré un jeu de bonneteau fiscal, où ce gouvernement claironne telle ou telle baisse de taxe compensée aussitôt par la hausse d’une autre, la France est au deuxième rang mondial en ce qui concerne le poids des prélèvements obligatoires en proportion du revenu national, soit 47 %.

La France championne des taxes

Pour couronner le tout, comme si cela ne suffisait pas, notre pays est champion du monde du nombre de taxes. Le maquis est tellement épais qu’il est juste impossible d’en faire un décompte exact, même si selon toute vraisemblance, celui-ci semblerait avoisiner les 250 à 300 taxes différentes selon l’IFRAP, quand l’Allemagne n’en compte que 26.

Cette taxonite aiguë nourrit donc des dépenses publiques très élevées, supérieures de dix points de PIB à nos voisins allemands ou britanniques pour des services publics guère supérieurs (les Allemands ne viennent pas se faire soigner en France ni les étudiants britanniques y étudier). Et comble de tout, alors que l’on pointe tout le temps du doigt nos amis luxembourgeois, il est amusant de voir que depuis la hausse du prix du diesel, on aperçoit de plus en plus de gendarmes français faire le plein en toute légalité au Grand-Duché du Luxembourg, où le litre de ce carburant coûte actuellement 1,162 euro, contre 1,53 euro en France !

Alors certes, la révolte du 17 novembre ne doit pas faire oublier la responsabilité des gouvernements précédents dans cette dérive du Taxatouva pour l’ensemble de l’économie française. Encore moins les erreurs commises dans la politique des transports depuis des décennies. À croire que cette folie fiscale depuis 40 ans est devenue un sport national.

Le prétexte de la fiscalité écologique

Le gouvernement actuel ajoute une nouvelle aberration : cette hausse des taxes sur les carburants s’inscrit dans une « fiscalité écologique » censée, pour dire les choses clairement, dégoûter les Français de prendre leur voiture, bref une fiscalité écologique de bobos parisiens dont le seul résultat est de matraquer les ruraux et les ménages modestes. Car c’est bien près d’un tiers des Français qui ne dispose pas d’alternative à l’automobile pour se rendre au travail, ou simplement profiter de la vie, faire les courses, voir les amis ou la famille.

Et quand on voit la hausse de 23 % du diesel depuis un an, on ne peut que bel et bien constater l’effort financier supplémentaire pour les Français, de l’ordre de 40 à 50 euros mensuels supplémentaires du budget carburant lorsqu’ils font 20 000 km par an. De quoi mettre plus d’un smicard à découvert. Sans parler des artisans pour qui le surcoût, répercuté sur leurs clients, dépasse facilement les 200 euros.

Le Premier ministre a clairement annoncé qu’il s’agissait de rendre « moins commode » l’utilisation d’un véhicule. Il est certes légitime d’inciter à utiliser les transports en commun (quand ils sont sûrs et ponctuels), mais est-ce le cas ? Est-ce bien la vraie raison, surtout lorsque l’on sait que la fiscalité dite comportementale, imbibée de paternalisme, échoue généralement, au vu des expériences sur le tabac ou les friandises ? Elle ne réussit généralement qu’à rendre odieuse la cause qu’elle prétend défendre, aux yeux de contribuables, qui eux s’estiment piégés.

Racket fiscal

Alors, ne nous y trompons pas, derrière cette hausse de la fiscalité énergétique, « destinée à orienter le comportement des consommateurs vers des activités moins polluantes pour sauver notre planète », il s’agit bel et bien d’un nouveau racket fiscal qui va se poursuivre en 2019, afin de compenser les 12 milliards d’euros de l’exonération de la taxe d’habitation et surtout, le manque de courage politique de nos gouvernants.

L’usine à gaz de subventions, commissions, dérogations continue bel et bien son chemin. Alors, gilets jaunes ou pas, mais véritables insurgés fiscaux, chacun doit prendre sa part de responsabilité… Le 17 novembre prochain, les libéraux, eux seront sur le terrain pour défendre les vraies réformes de l’État nécessaires pour endiguer cette fiscalité grimpante et contre-productive.

  1. Christine Singer est présidente du PLD du Grand Est, trésorière du PLD, et fiscaliste auprès d’un grand groupe bancaire. Elle est élue à Metz.