À Madrid, le diesel fait vivre plus longtemps

Seat — Nacho, CC BY 2.0

C’est en Espagne, pays où le diesel est roi, que l’espérance de vie est la plus longue. N’y voyez surtout aucune causalité.

Par Ludovic Delory.

Trois informations se télescopent sur les fils d’actualité. Elles concernent l’espérance de vie, l’Espagne, l’utilisation de la voiture — et plus particulièrement de celles roulant au diesel.

Ces informations n’ont sans doute rien à voir entre elles. Mais elles sont basées sur des chiffres.

En 2040, l’Espagne pourrait se retrouver en tête du palmarès mondial de l’espérance de vie. C’est ce que prétendent des experts internationaux prenant en compte 250 causes de décès dans 195 pays. The Lancet, revue médicale de haut vol, souligne dans cette étude que :

[…] les prévisions de référence classent l’espérance de vie au-delà des 85 ans dans quatre pays (Japon, Singapour, Espagne, et Suisse), et à moins de 60 ans en République centrafricaine et au Lesotho.

Les Espagnols vivent-ils déjà plus longtemps que leurs homologues européens ? En moyenne, oui. Surtout les Espagnoles. La tendance est confirmée par Eurostat, qui place plusieurs régions de la péninsule ibérique en tête des endroits où l’espérance de vie est la plus élevée :

En tête des deux listes, la « Comunidad de Madrid », l’une des dix-sept communautés d’Espagne. Les femmes y vivent en moyenne jusqu’à 87,8 ans et les hommes jusqu’à 82,2 ans.

La communauté de Madrid possède une autre caractéristique : 1,8 million de véhicules y sont considérés comme trop polluants. Ce chiffre, avancé par la Direction Générale de la Circulation, comprend les véhicules diesel immatriculés avant 2006 et les véhicules à essence immatriculés avant 2000. Ceci concerne 40 % des véhicules circulant dans le centre-ville de la capitale espagnole. La circulation y est désormais régulée, par le biais de vignettes autocollantes désignant le niveau de pollution. Les moteurs thermiques sont devenus les ennemis à abattre. Dans le but de « dé-carboniser l’économie », le gouvernement espagnol veut abolir la vente de véhicules à moteurs essence et diesel pour 2040.

En Espagne, plus de 56 % des véhicules roulent au diesel (chiffres Eurostat 2014) :

À ce stade, il n’y a aucune conclusion à tirer. Sinon que la corrélation entre l’usage d’un véhicule diesel et l’espérance de vie est, à Madrid et en Espagne, positive. Ce qui justifie le titre — provocateur — de cet article. Mais une corrélation n’est pas une cause.

En revanche, il existe une causalité fondamentale entre imposition et diesel. En favorisant la fiscalité sur le gazole, l’État français a incité les automobilistes à se tourner vers ce carburant. Au point qu’au début des années 1990, près d’une voiture sur deux immatriculée en Europe et roulant au diesel l’était en France :

La situation a basculé depuis. Mais il ne fait aucun doute que la fiscalité a joué un rôle primordial dans le choix des automobilistes. Pour rappel, environ 60 % du prix payé à la pompe est constitué de taxes.

Nous en arrivons, à ce stade, à un paradoxe espagnol : pourquoi l’espérance de vie est-elle si élevée dans une région, dans un pays, si lourdement soumis aux particules émanant du diesel ? Et pourquoi l’État, érigé en garant de la santé de ses sujets, s’obstine-t-il alors à pénaliser les conducteurs desdits véhicules ?

Gardons-nous de toute conclusion hâtive. Mais ne perdons pas de vue les chiffres et les faits.