Quand conduire était un plaisir…

La sécurité routière s’améliore considérablement. Pourquoi alors amplifier la politique des radars ?

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Quand conduire était un plaisir…

Publié le 18 juin 2018
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Par Alain Astouric.

Croyez-moi ou pas mais j’ai connu une époque où conduire était un plaisir.

Depuis que les autorités ont trouvé plus intelligent et surtout plus facile de multiplier les radars plutôt que verbaliser les fainéants qui se croient seuls et « oublient » le clignotant ; depuis que je dois dépenser presque autant d’énergie à deviner la vitesse à laquelle j’ai le droit de rouler qu’il n’en faut pour surveiller la route ; depuis qu’il existe des limitations impossibles à respecter, surtout quand un poids lourd vous colle ; depuis que quarante mille ronds-points ont envahi le territoire, inversant dangereusement les priorités ; depuis que la voiture est très mal vue en ville et que je conduis dans l’angoisse de croiser un vélo à contre-sens ; depuis qu’une fois garé j’ai toutes mes chances de cogner la portière sur un plot de béton ou sur l’un des potelets qui foisonnent sur nos trottoirs … conduire m’est devenu nettement moins agréable.

Fin 1972 le chiffre tombe : 18 000 automobilistes ont perdu la vie. L’année suivante, une limitation à 130 kilomètres heure est instaurée sur les autoroutes pour briser la spirale mortifère de la vitesse.

En quelques dizaines d’années nous voilà passé du laisser-faire débridé, sans ceinture, sans appuie-tête, sans airbag, sans ABS et surtout sans contrôle technique ni véritable limitation de vitesse à la culpabilisation systématisée et à la sanction automatisée de l’automobiliste. Culpabilisation à un point tel que ceux des journalistes qui ont le mieux senti l’air du temps, ont pris pour habitude de qualifier de « chauffard » tout automobiliste impliqué dans un accident de la circulation, quelquefois alors même qu’ils en ignorent encore les circonstances exactes.

Le plus étonnant dans tout cela, le plus regrettable c’est que conduire est devenu un souci au moment où nos voitures devenaient les plus sûres et les plus agréables à mener. Largement pourvues de système de sécurité active, comme passive, nos autos savent maintenant se déformer pour absorber en partie les chocs. Elles savent aussi freiner intelligemment et certaines vont même jusqu’à anticiper le danger. Les voitures « poubelles » ont presque toutes disparues et les routes françaises sont généralement en bon état. Quant au réseau autoroutier, s’il est vrai qu’il nous coûte cher et même anormalement cher, il n’en est pas moins l’un des meilleurs au monde.

Dans le même temps, les moyens de prévention comme ceux de secours se sont considérablement améliorés et la médecine d’urgence a fait d’immenses progrès.

En d’autres termes, les conditions sont maintenant réunies pour que les choses se passent au mieux.

D’ailleurs le nombre de victimes de la route a considérablement diminué. Et alors que malgré les difficultés économiques le flot de circulation se maintient ou ne décroît que légèrement, et seulement dans les centres-villes d’où l’automobile est systématiquement écartée, cette baisse des victimes se confirme chaque année un peu plus. Ce qui constitue en soi la meilleure des nouvelles que l’on pouvait espérer.

Alors pourquoi ? Pourquoi, puisque comme nous venons de le dire les conditions sont maintenant réunies pour que les choses se passent plutôt bien sur la route, faudrait-il poursuivre et même amplifier la politique du radar piège ?

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  • C’ est sans doute ce que les auto écoles n’ apprennent plus: conduire peut être un plaisir si tant est que l’ on accepte de marier les règles et le contrôle de la situation. C’ est une forme de pilotage, une activité à plein temps une fois les mains sur le volant.

  • Bonjour

    J’ai conduit en 1972 et au final on roulait bcp plus lentement, vu l’état des routes et l’absence d’autoroutes. En Bretagne pas de voie rapide et on traversait tout les villages avec leurs feux rouge. On faisait une moyenne de 75km/h, actuellement 100km/h en toute sécurité sans rencontrer de vaches en troupeau ou de croisements anxiogènes. Alors oui, on faisait de ‘pointe’ à 150 pour doubler des caravanes, en serrant les fesses. Mais j’ai de nbreux copains qui sont morts le we.
    Au final, une sécurité améliorée, mais une politique répressive qui devient liberticide. La limitation à 80 en est l’illustration.

    • @ Gillib
      Les ports de la ceinture et du casque sont des lois liberticides parce qu’elles ne touchent qu’à la responsabilité individuelle, leur seule justification étant la charge financière pour le reste de la société mais c’est un sujet plus général qui pourrait et devrait être réglé autrement.

      Mais on ne peut pas dire que les limitations de vitesse soient liberticides, si on considère la liberté de circuler en meilleure sécurité sur un espace public (= partagé).
      Il en est de même pour les caméras de surveillance qui permettent de protéger notre droit à circuler librement dans des conditions de meilleure sécurité par rapport aux agressions délibérées.
      S’il reste une fonction que l’on accepte de laisser aux pouvoirs publics, c’est bien celle-là.

      • Bonjour cachou.
        Les délits sans victimes sont TOUJOURS liberticides. Le libéralisme présuppose la responsabilité, mais si vous n’avez pas de victime, il est difficile d’être responsable de quoi que ce soit, ou alors, c’est la porte ouverte (et l’état ne se gêne pas) au grand n’importe quoi, à l’arbitraire.
        Vous me répondrez, augmentation du risque. Mais quel est le niveau de risque acceptable? Par qui? Pour qui? Vous laissez à l’état de décider à votre place; voiture, cigarettes, baignade autorisées etc..
        Je sais, il est plus facile intellectuellement de limiter la vitesse autoritairement plutôt que de faire confiance aux usagers.

        • Oui vous avez raison sur la notion de délit sans victime, mais peut-on réellement l’évoquer dans ce cas ? Si on libérait les vitesses il n’y aurait plus de délit, mais on est sûr que les victimes resteront. Et ce qui me chagrine c’est le caractère irréversible de ce type de préjudices, et la difficulté à les indemniser …

          • « on est sûr que les victimes resteront »
            Je pense que vous voulez dire qu’on serait sûr que leur nombre augmenterait, ce qui est une prophétie parfaitement gratuite, notamment si les vitesses limite étaient remplacées par des vitesses recommandées.

            • Ça veut dire qu’il y aura toujours des victimes (et que très probablement leur nombre augmenterait, pour vous donner raison), mais ce n’est pas l’objet principal de mon commentaire.
              Le problème est qu’il est très facile de montrer qu’une agression au volant est involontaire, ce qui rend d’autant plus compliquées les indemnisations des victimes (ou de leurs successions dans les pires des cas) en dehors d’une prise en charge par la communauté, et sur ce dernier point je pense que nous devrions pouvoir nous accorder.

              • Les risques, ça se gère, sauf si l’on considère que le sinistre est le fait d’une action volontaire malveillante. Ce genre de malveillance est suffisamment rare pour qu’on puisse faire appel alors à la justice, il ne justifie en rien que l’Etat prenne des mesures de défiance envers les citoyens et leur sens des responsabilités au-delà de l’obligation d’une assurance pour les dommages qu’ils peuvent causer.

                • @ MichelO L’obligation d’une assurance au tiers se justifie par la gestion des cas d’insolvabilité face aux situations de risque. Encore faut-il définir ce risque par rapport à l’aléa moral, et si ces assurances devaient être le seul moyen de réparation des préjudices et ce d’une manière complète et efficace, alors nous devrions leur permettre d’avoir leurs propres critères de choix de leurs clients et de leurs tarifs. Mais l’obligation d’assurance entraîne de fait une définition uniformisée du risque, voire même une certaine limitation des tarifs de cotisation (et donc d’indemnisation).
                  La vitesse, dont on peut dire sans crainte de se tromper qu’à 0 elle entraîne un risque nul et qu’à « très grande » elle entraîne un risque « très fort », devrait pouvoir être considérée il me semble comme un critère facilement acceptable par tout le monde, même pour les nostalgiques de la conduite style rallye dont je fais partie.
                  Alors on peut toujours discuter sur le bien-fondé de cette baisse de 10 km/h à venir, mais j’aurai toujours quelques difficultés avec l’évocation du caractère liberticide de ces limitations, par rapport à la liberté de circuler en toute sécurité.

                  • Heureusement que la plupart des risques sont plutôt traités à ma mode qu’à la vôtre ! Le transport aérien ou maritime gère ses risques de manière très satisfaisante, sans contraintes ridicules du genre caractérisation du risque par la vitesse ou équivalent. C’est cette assimilation du risque à la vitesse, comme si on avait une croissance régulière entre 0 et la vitesse du son, qui est liberticide par idiotie. Ca revient, parce que Landru était barbu, à mesurer la criminalité potentielle à la longueur du poil de barbe, voilà qui plait au lecteur de la presse à scandale ! Heureusement que les autorités internationales de sécurité maritime ou aérienne se basent, elles, sur des études scientifiques validées… On peut aussi se demander à quoi servent les plus de 100 M€ annuels du budget de l’IFSSTAR.

                    • Arfff …. et voilà, je me suis encore laissé entraîner dans une discussion sans fin et dans laquelle je me retrouve à défendre quelque chose qui me fait pester à chaque fois que je perds des points …. on en reste là, sur vos arguments-choc ?

  • « Alors pourquoi ? Pourquoi, puisque comme nous venons de le dire les conditions sont maintenant réunies pour que les choses se passent plutôt bien sur la route, faudrait-il poursuivre et même amplifier la politique du radar piège ? »

    Parce que l’État glouton a soif !

    • Ca, c’est l’explication bassement matérielle et je ne la nie pas. Mais il me semble qu’il y a aussi un déplacement pervers de la manière dont les gens trouvent leur plaisir. On prenait plaisir à conduire et parfois on baissait la vitre pour injurier le mauvais conducteur qui vous avait fait une vacherie, aujourd’hui on prend un tel plaisir à créer des avanies pour les autres que le petit plaisir perdu dans l’affaire pour sa conduite personnelle est sans importance.

      • Bonjour Michel,
        vous avez raison : il est édifiant de relire les essais automobiles d’il y a 25/30 ans et les essais d’aujourd’hui : à l’époque, on vous parlait des qualités du moteur et des performances/bonheur à conduire cette auto. aujourd’hui, quasiment plus rien sur ces aspects et au contraire énormément sur la praticité, l’équipement intérieur, etc.
        voilà qui est symptomatique.
        la voiture, aux yeux de beaucoup, n’est plus (ou ne doit plus être) une source de plaisir mais un engin permettant de se rendre d’un point A à un point B. un déplaçoir en quelque sorte.

        • C’est ce que l’on veut nous faire croire.
          Si c’était le cas, les gens se précipiteraient sur des Berlingo ou des Kangoo, alors qu’il mettent des dizaines de milliers d’euros dans des SUV ou des ‘puissantes berlines étrangères’ pour se traîner sur les routes en attendant une occasion ou une heure propice pour tenter de faire hurler impunément (?)la cavalerie…
          Les automobilistes ne dépensent ils pas de plus en plus d’argent pour leurs voitures ? (selon l’Automobile Club)

          • Dans SUV, il y a « Urban ». De ce que j’en vois, ça sert surtout à la mère de famille à avoir un sentiment de sécurité inégalable en allant chercher les enfants à l’école ou les conduire à la danse ou au foot…

            • Non, c’est pas « Urban », c’est « Utility » 😉

              Quant à la mode du SUV, en tant qu’automobiliste passionné, je pense pouvoir affirmer que le SUV n’est sûrement pas le signe d’une recherche du plaisir automobile, bien au contraire : il s’agit plutôt de confort, praticité et sentiment de supériorité parce qu’on est perché plus haut… pour le reste, les SUV n’apportent que des inconvénients : lourdeur, moindre tenue de route, moindres performances, consommations plus élevées, moindre « sportivité », etc. Le tout sans apporter de réel avantage en tout-terrain ou sur boue/neige (contrairement aux vrais 4×4).

          • Je partage l’avis de Leipreachan. En dépit de certains discours dans l’air du temps, les automobilistes continuent de se faire plaisir, quand ils en ont les moyens, lors de l’achat d’une voiture.
            C’est bien le moins qu’on puisse faire quant on est obligé de lâcher 20 ou 30000 euros pour un bien matériel !

  • Et s’il n’y avait que le plaisir de conduire qui n’existe plus, sortez à pied dans la nature, partout des interdictions et de plus en plus de grillages entourant les biens publics, et si d’aventure vous avez un chien que vous voulez emmener là c’est le pompon, entre les espaces Natura 2000, les plages gardées vous ne pouvez même pas simplement les traverser pour aller plus loin, pistes cyclables et autres domaines publics interdits aux animaux il devient difficile de prendre plaisir dans la nature à faire 10 / 15 kms.
    La France est devenue un pays misérable et extrémiste à tout point de vue, à la limite de la dictature la plus honteuse. Hélas il faut croire que majoritairement la population cautionne cette situation et s’y plait bien.

    • Il y a aussi le fait qu on est de plus en plus nombreux. en 1970 il y avait 50 millions de francais. maintenant 15 millions de plus …
      Apres vous ajoutez un changement de mentalité (victimisation a outrance, culpabilisation du « male blanc », consumerisme, delinquance …)

  • « Pourquoi alors amplifier la politique des radars ? »
    pour faire du fric facile et pouvoir le gaspiller sans vergogne.
    La « sécurité routière » a bon dos … les débiles mentaux continueront à sévir sur nos route et la majorité des autres seront taxés pour 1 ou 2 km/h

  • Mes réponses aux persécutions routières:

    -Au niveau entreprises, je boycotte toute la camelote française, voitures, utilitaires, poids lourds, engins agricoles, constructions métalliques,matériels d’élevages,sociétés de services (finances, conseils, vétérinaires)…
    -Au niveau privé, je me traine dans mes vieux classe G M//B, j’en ai plusieurs, des vraiment vieux et fatigués pour les champs, des plus propres pour les courses et et les enterrements, et un super dopé par un petit génie polonais pour les autoroutes allemandes quand je me rends en voiture en Biélorussie et en Serbie…

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