Accident du TGV en Alsace : le mea culpa de la SNCF

Les attentats à Paris ont empêché le suivi médiatique de cet événement qui aurait dû être exceptionnel.

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Pi Eye-SNCF TGV Duplex 744(CC BY-SA 2.0)

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Accident du TGV en Alsace : le mea culpa de la SNCF

Publié le 15 décembre 2015
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Par Jordan Badont

Pi Eye-SNCF TGV Duplex 744(CC BY-SA 2.0)
Pi Eye-SNCF TGV Duplex 744(CC BY-SA 2.0)

 

Le drame de la rame d’essai qui a déraillé le 14 novembre près d’Eckwersheim en Alsace aura finalement coûté la vie à 11 personnes, blessant 37 autres passagers. Dans le cadre de l’enquête qui cherche à faire toute la lumière sur cette catastrophe sans précédent dans l’histoire des Trains à Grande Vitesse (TGV) depuis leur mise en service en 1981, les proches des victimes s’interrogent sur la présence d’enfants à bord. Mais c’est globalement la sécurité et le sérieux de la compagnie qu’il faut étudier, alors que la direction promet des réformes qui arrivent trop tard.

Une cinquantaine de techniciens et de cheminots, ainsi que les enfants de certains membres du personnel, avaient pris place à bord du TGV qui a déraillé ce samedi. Les techniciens effectuaient des tests pour la nouvelle ligne à grande vitesse qui doit ouvrir en avril 2016. Pour l’heure, la seule certitude est que le train est entré trop rapidement dans une zone à vitesse réduite. N’ayant pas freiné à temps, il a quitté la voie pour finir dans le canal de la Marne-au-Rhin. Beaucoup de questions persistent sur les circonstances de ce drame survenu vers 15 heures sur cette rame d’essai non-commerciale.

La SNCF réagit…

« À l’heure actuelle, l’accident est inexpliqué. Personne n’est capable d’établir un arbre des causes », a déclaré M. Pepy, PDG de la SNCF, ajoutant que ce déraillement d’une rame d’essai est « sans précédent » et représente « un choc énorme » pour la SNCF. Il ne croit pas si bien dire. Avec 11 décès, 12 personnes dont le pronostic vital est toujours engagé, 5 disparitions, des familles présentes dans le train et 7 personnes en cabine, tant par son ampleur que par le désordre y ayant mené, cet accident heurte les esprits. Le PDG s’est exprimé :

« Pour monter dans une rame de test, il faut une habilitation. Il faut déterminer dans quelles circonstances ces accompagnants ont pu monter à bord. Ça n’est pas une pratique que la SNCF reconnaît. »

Rappelant qu’il n’y avait « jamais eu d’incident sérieux pendant des phases de test », le dirigeant du groupe a annoncé jeudi à ses cadres et syndicats des décisions pour « remettre de la rigueur » dans les pratiques professionnelles après l’accident. Ces décisions « ont un objectif, c’est de remettre de la rigueur à tous les étages », a précisé Jacques Rapoport, président du gestionnaire d’infrastructure SNCF Réseau (ex-RFF). Elles ont été présentées jeudi 26 novembre au conseil de surveillance du groupe, aux conseils d’administration de SNCF Réseau et de SNCF Mobilités, aux cadres et organisations syndicales :

« Chacun des trois grands niveaux de notre organisation managériale – opérationnel, production et dirigeant – a vraiment des enjeux complètement nouveaux qui rompent avec les pratiques habituelles et qui montrent bien que la priorité absolue à la sécurité se traduit dans le fonctionnement quotidien. »

Cet incident tragique aura donc été le signal d’alarme pour la SNCF. Le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, devrait annoncer la nomination d’une nouvelle figure dans l’organigramme de la société de transports publique, un patron de la sécurité ferroviaire à la SNCF (il aura autorité sur la SNCF, SNCF Réseau et SNCF Mobilité).

… un peu trop tard

Si la mesure est utile, force est de constater que la réaction est tardive. Il y a fort à parier que le groupe ait espéré que les attaques de Paris, qui ont précédé d’une journée l’accident, leur permettent de passer sous le radar de l’opinion. « L’entreprise n’a pas échappé à l’accident ferroviaire, mais elle a évité une catastrophe médiatique », pour citer l’analyste de RTL Rémi Sulmont, qui n’a pas eu que des mots tendres pour la direction du groupe ferroviaire français. Le déraillement du TGV alsacien a été largement éclipsé par la tuerie orchestrée par Daesh, et pourtant, on l’a dit, la catastrophe est sans précédent.

Le drame de Brétigny-sur-Orge, plus meurtrier dans l’histoire des TGV jusqu’à l’accident alsacien, et faisant 7 morts en juillet 2013, avait donné lieu à un suivi médiatique exceptionnel. En temps normal, toutes les questions auraient été posées, par les syndicats, par les médias, par les politiques, y compris celle de la responsabilité du dirigeant du groupe. Censées rassurer, les mesures fraîchement annoncées sont en réalité plutôt inquiétantes. S’il faut aujourd’hui nommer un responsable sécurité pour un groupe aussi vaste et quotidiennement utilisé que la SNCF et ses satellites, on est en droit de se demander qui aurait dû exercer ces fonctions avant la création de ce poste.

Y a-t-il un pilote à bord ?

Quid de toute la période entre l’attaque terroriste évitée du TGV Paris-Bruxelles ? Faut-il vraiment une présence familiale non autorisée et un accident tragique pour prendre la mesure d’un manque apparent depuis longtemps ? Ce sont bien trois accidents en un peu moins de trois ans (Brétigny, Denguin, et Eckwersheim) qu’il faut déplorer. Si quelqu’un a bien manqué de rigueur, c’est le dirigeant du groupe qui a laissé une situation de risque perdurer pendant si longtemps.

La CFDT va d’ailleurs dans ce sens, dénonçant le « manque de moyens » mais surtout « la course à la productivité et à la réduction des coûts, la gestion par activité, ont engendré une perte de savoir-faire et de compétences ». Pour le syndicat, il faut « une évolution des process et du management de la sécurité ». Gilles Dansart, patron de Mobilettre, un des meilleurs spécialistes du ferroviaire en France, est lui aussi sans appel :

« Si l’accident du TGV avait eu lieu hors contexte d’attentats dramatiques pour la France, il est très probable que le gouvernement aurait sanctionné le président de la SNCF, en le faisant démissionner pour montrer qu’il voulait reprendre les choses en main. »

La SNCF se livre enfin à un mea culpa du bout des lèvres. Pourtant, les faits sont bel et bien là : sous-entretien des infrastructures sur les réseaux hors TGV, manque d’entretien des machines, relâchement du personnel (faut-il rappeler que le nombre de quatre passagers maximum en cabine est dû à des raisons de sécurité ?). « Pourquoi des essais sur une rame sont désormais considérés comme une journée touristique à Eurodisney ? », demandait le député Gilles Savary. On se le demande aussi.

Voir les commentaires (18)

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  • (…)Le drame de Brétigny-sur-Orge, plus meurtrier dans l’histoire des TGV(…)

    si je ne me trompe pas, il s’agissait d’un train grande ligne et non d’un TGV.

  • Cet accident est la conséquence logique de l’état d’esprit des Français en âge de travailler aujourd’hui:
    – absence de rigueur intellectuelle ( en lien avec l’incapacité à identifier les problèmes),
    – détestation et non reconnaissance de la hiérarchie.
    Résultat obtenu grâce à l’absence d’éducation parentale et à une « éducation nationale » anciennement « instruction publique » qui n’est plus capable ni d’instruire ni d’éduquer.

    • Si votre rigueur intellectuelle vous conduit à proposer ce genre d’analyse débile, je devrais en conclure que vous êtes en âge de travailler ?

    • Contrairement à Agua, je pense que ces raisons de fond sont à considérer. Même si, évidemment, il ne faut pas généraliser. Qui peut dire que l’attitude des agents par rapport à la hiérarchie est à un niveau minimum pour assurer un bon fonctionnement dans tout ce qui relève du secteur public?

    • @ ISARD :

      Curieusement, ces défauts sont concentrés dans la seule fonction publique et dans les seules entreprises publiques, là où le consommateur ne peut les sanctionner en allant voir ailleurs…

      De là à en déduire en suivant votre raisonnement que seuls les parents de fonctionnaires n’ont aps d’autorité parentale, détestent la hiérarchie, etc etc …

      C’est, vous en conviendrez, un raisonnement absurde, digne d’un vieux con au café du commerce qui affirmera que « c’était mieux avant ».

      Cet accident, commes les autres de la SNCF, comme celui du vol Rio Paris d’Air France provient d’uneseule et même cause : le sentiment d’impunité des fonctionnaires qui ont mis en coupe réglée la France …

    • Il me semble que les responsables en dernier ressort sont les dirigeants, non ?
      – Les personnes recrutées ne sont pas les bonnes ? Faute de management.
      – le personnel n’est pas motivé ? Faute de management.
      – la sécurité n’est pas assurée ? Faute de management.
      – on ne trouve pas les causes racines à différents problèmes ayant conduit à des accidents ? Faute de management.
      L’exemple vient d’en haut, du moins dans les organisations hiérarchique, ce qui est le cas de la SNCF…

    • Rappelez moi en quoi réfléchir et avoir l’esprit juste et humain est une conséquence d’un manque d’éducation? J’ai été éduqué, j’ai été à l’école, j’ai été diplômé… Mais je sais reconnais un con, et même si il porte une cravate un idiot imbus de sa personne sera toujours un idiot.
      Pour etre méprisant et surtout vouloir adorer la hiérarchie à ce point là vous devez sans doute etre un de ceux qui font preuve de détestation et non reconnaissance envers les gens d’en dessous. Ces nouveaux « chef-appelez-moi-Dieu » qui ont tout lu dans des bouquins du lundi au vendredi et ne savent même pas dans quel secteur travaille leur entreprise. C’est la meme « race » de hiérarchie partout de nos jours, des bureaucrates en cravates qui veulent faire baisser ou augmenter les chiffres de leurs graphiques sans meme comprendre à quoi ils correspondent… Et « ca », ça devrait mériter le respect!?
      Dans le bas monde des moins-que-rien-numérotes (ce qu’on appelle le « peuple », les « ouvriers »), le respect ne s’exige pas: il se gagne

      Pensez y la prochaine fois que vous mepriserez ceux qui font rentrer votre salaire et vos primes

  • « la course à la productivité et à la réduction des coûts, la gestion par activité, ont engendré une perte de savoir-faire et de compétences »

    Mouais… Vu de ma fenetre, la SNCF n’est ni competitive, la reduction des couts est, en tout cas, inexistante pour l’utilisateur final (la tendance est plutot inversee, d’ailleurs…), et tout ca pour un savoir-faire et des competences des plus deplorables.

  • bah , quand le salarié est seul maitre a bord (merci les syndicats ) son intérêt personnel prime sur l’intérêt général…voir l’amusante gréve pour quelques bagages oubliés …tellement rare qu’il existe un service des objets perdus !

  • Bonjour
    Tout va bien, ayez confiance, la SNCF est publique, c’est une entreprise que le monde entier nous envie..

  • Qu’attendent les fabricants de train pour se passer de conducteurs ? Des métros autonomes existe déjà, on fait même des voitures alors pourquoi des trains ?

    • La CGT n’a pas encore eu le temps de monter la branche qui va bien, mais dès que c’est fait…

    • Ils attendent une demande des compagnies de trains. Demande qui ne peut apparaitre que dans un environnement concurrentiel, capable de faire une balance correcte entre les avantages et les inconvénients (il y en a aussi)

  • Le problème de la SNCF est le même que toutes les entreprises publiques : une masse salariale délirante et improductive qui conduit au sous-investissement chronique dans l’équipement.

  • Surtout, cet essai n’était aps un essai comme les autres car il contenait des essai de sur-vitesse. Et comme le système de contrôle du train est justement fait pour empêcher les sur-vitesse, il était nécessairement coupé. La sécurité était donc uniquement basé sur le conducteur.

  • Dans un crash aérien, on attribue souvent une part de faute humaine même quand les causes sont multiples.

    Il semble ici que la cause est uniquement humaine (vitesse excessive due à une erreur du conducteur) vraisemblablement consécutive à une autre faute (non respect des consignes de sécurité et présence anormale de personnes qui peuvent avoir distrait le conducteur).

    Pourquoi couper les cheveux en quatre ? La négation de cette unique cause ne ferait que mettre en lumière d’autres dysfonctionnements.

  • En 2013, les recettes commerciales perçues (voyageurs) par la SNCFse sont élévées à 9,8 milliards €, les subventions versées par les pouvoirs publics étaient de 13,1 milliards €.
    Les investissements pour cette année 2013 ont atteint 9,3 milliards payés par les contribuables comme le reste. (source » Faits et Chiffres » de l’URF)
    Pépy devait être viré à la suite de ce très grave accident.

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