Le nucléaire est le futur de l’énergie, pas son passé

Centrale nucléaire Vogtle USA-Blatant World(CC BY 2.0)

Contrairement à ce que pensent certains écologistes, le nucléaire est une énergie du futur et non pas du passé.

Par Yves Ronsse.

Le nucléaire, « c’est 1970, c’est Giscard », estime sur France Info Yannick Jadot, candidat EELV à la présidentielle.

L’écolo Jadot ânonne son mantra : « le nucléaire, c’est l’énergie du passé », croyant en faire un argument massue, alors qu’il s’agit là du degré zéro de l’argumentation. L’écologisme en Belgique n’est pas en reste et se répand sur les ondes avec le même type « d’argument », au mépris des réalités (« Is reality optional ? » demandait Thomas Sowell, le fameux intellectuel et économiste américain dans un ouvrage du même nom.

Il y a déjà quelques années, un ami spécialiste de la géopolitique de l’énergie m’avait dit : « Tu verras, les deux formes d’énergie qui vont dominer l’avenir seront le nucléaire et le gaz naturel ».

Dans cet article de la revue de l’Énergie paru au début de cette année, Samuel Furfari, puisqu’il s’agit de lui, rappelait :

Lors de la conférence de Messine en juin 1955, les ministres des Affaires étrangères des Six reconnaissaient qu’il fallait préparer l’avenir de l’Europe en ayant recours à l’énergie atomique, comme on l’appelait alors […] Perçue comme l’énergie de l’avenir, elle a passionné à l’époque… son déploiement lancé à temps nous a permis de faire face aux crises pétrolières des années 1970…

Deux pays qui se tirent une balle dans le pied au niveau du nucléaire

La réalité du nucléaire aujourd’hui – même le GIEC l’admet –  c’est que c’est la seule forme d’énergie qui émet encore moins de CO2 que les énergies renouvelables intermittentes à savoir les éoliennes et les panneaux solaires. Elle est sûre et pilotable et peut répondre de manière constante et fiable aux besoins croissants d’énergie dans le monde. C’est aussi la forme d’énergie la plus écologique, en ce sens que c’est celle qui consomme le moins d’espace et de matières premières.

Quand Jadot dit que « c’est 1970, c’est Giscard », il devrait en fait remonter un peu plus loin, au pari du général de Gaulle, bien inspiré par des conseillers qui étaient de vrais hommes d’État et qui voyaient loin. Il a ainsi doté la France d’une infrastructure nucléaire qui l’a rendue indépendante sur le plan de l’énergie électrique, et qui aujourd’hui, même si ce n’était pas le but au départ (on ne parlait pas encore de climat), range le pays parmi les grands pays industrialisés comme celui qui émet le moins de CO2.

Au lieu d’être fier de ce succès industriel (et par la suite il n’y en a pas eu beaucoup en France avec la mainmise de l’État -stratège sur l’économie : plan calcul, minitel… et désindustrialisation), Jadot et ses acolytes écolos veulent le démantèlement du nucléaire, et marchent docilement dans les pas des Verts allemands.

Leur chantage a si bien marché que les nains politiques qui se sont succédé ces 30 dernières années, manquant du courage qui est l’apanage des vrais hommes d’État soucieux de l’avenir à long terme de leur population, ont accepté l’idée de ce démantèlement et sont prêts à brader cet héritage, qui était pourtant un avantage géopolitique majeur de la France.

La Belgique qui elle aussi croit sage de suivre l’Allemagne, se fourvoie encore plus que la France en se préparant à fermer carrément ses centrales en 2025, alors qu’aujourd’hui elles satisfont encore 50 % de ses besoins en électricité, hélas donc plus pour longtemps.

Le paradoxe de la politique énergétique européenne

La politique énergétique en Europe est aujourd’hui dominée par les extrémistes du climat, lesquels sont concentrés dans certains États membres de l’UE au premier rang desquels se trouve l’Allemagne. Ils ont réussi à mettre la main, par hommes politiques interposés, sur les leviers de pouvoir dans beaucoup de pays et certainement au niveau de la Commission européenne.

Ils admettent du bout des lèvres le gaz naturel comme énergie de transition, en attendant le tout renouvelable. Et ils y sont obligés : on ne peut pas se passer d’une énergie sûre et pilotable pour doubler les énergies renouvelables, d’où l’augmentation faramineuse du coût de l’électricité dans les pays qui poursuivent cet objectif utopique.

Pour justifier d’avoir encore recours à une énergie émettrice de CO2 alors qu’on prétend en diminuer les émissions, des propositions de plus en plus farfelues sont avancées, comme par exemple d’appauvrir avec de l’hydrogène le gaz transporté par gazoducs ; mais attention pas avec n’importe quel hydrogène, seulement de l’hydrogène vert produit à partir d’énergie renouvelable : on a alors la double peine, un mélange moins efficace et plus coûteux. On se demande quelles contorsions intellectuelles plus débiles pourraient encore émaner de ces extrémistes du climat.

Mais aujourd’hui la réalité frappe à la porte des dirigeants européens et américains. avec l’envolée des prix du gaz naturel.

La reprise économique partout dans le monde est telle que la demande de gaz naturel croît fortement notamment en Chine de sorte que les prix s’envolent, bien que ce soit une source d’énergie abondante, extrêmement facile à utiliser et bénéficiant d’infrastructures largement amorties. Mais à l’instar des retards des porte-conteneurs, les méthaniers ne parviennent pas à approvisionner suffisamment cette demande trop forte.

On reviendra sans doute à un marché fluide et dynamique comme il l’était avant la pandémie covid, mais en attendant les consommateurs sont durement frappés.

Dans cet article du Wall Street Journal « Biden Suddenly Loves Frackers », l’auteur le dit crûment :

… Pendant 9 mois le Président Biden a poursuivi une politique visant à pressurer les producteurs de pétrole et de gaz pour qu’ils limitent la production et pour éventuellement les mettre en faillite. Ayant imploré en vain l’OPEC d’augmenter leur production de pétrole, Mr. Biden souffre maintenant l’humiliation de supplier une industrie américaine qu’il diabolise en tant que destructrice de la planète de sauver la situation…

Le consommateur européen est peut-être encore plus mal loti que son homologue américain. Un peu partout les dirigeants politiques s’affolent, parlent de subsidier ou détaxer, de distribuer des chèques-énergie… et même certains pays commencent à revenir à une vision plus réaliste du nucléaire, en France notamment.

En Belgique, le contexte politique est tel qu’il est malheureusement douteux qu’elle renonce à sa politique littéralement imbécile de fermeture de ses dernières centrales nucléaires, et tant pis pour le consommateur belge.

Le futur est au nucléaire

Mais la réalité est têtue. De plus en plus de voix compétentes se font entendre pour faire comprendre qu’il faut absolument conserver et valoriser les grandes centrales françaises, et en même temps développer la recherche vers le nucléaire de quatrième génération, les SMR (petits réacteurs modulaires), réacteurs à sels fondus… Cette recherche est d’ailleurs déjà bien plus avancée chez les concurrents russe, chinois et américain.

Il faut en finir avec cette peur infondée martelée par les écolos anti-nucléaires. Le problème des combustibles usés (appelés improprement déchets) est agité comme un épouvantail pour faire peur aux gens, alors que sa dimension réelle est grandement surestimée, et que les nouveaux réacteurs de génération 4 le feront quasiment disparaitre.

Écoutons Ernest Mund, ingénieur, docteur en Sciences appliquées et spécialiste du nucléaire, dans un extrait d’un message aimablement communiqué  :

… L’énergie nucléaire est une option à long terme. L’Histoire l’a verrouillée dans la technologie des réacteurs à eau. Cette technologie (par ailleurs excellente et parfaitement maîtrisée grâce aux systèmes de sûreté actifs) n’est pas la meilleure dans son état actuel de développement, ni au plan technique, ni au plan économique.

À ce dernier sujet, l’EPR [de Flamanville] fait figure d’élément caricatural abondamment utilisé par les adversaires (budget initial multiplié par un facteur proche de 4, temps de construction démentiel, etc. etc). Il y a des explications qui tiennent la route, à toutes ces critiques. [Un EPR a d’ailleurs été construit et mis en service sans problème en Chine].

Mais les adversaires ne veulent pas entendre ces explications, leur seule préoccupation étant l’enterrement définitif de la technologie. Ils contribuent à perpétuer le verrouillage en ne parlant jamais que de Gen-II et en ignorant systématiquement tout ce qui pourrait favoriser des éléments de solutions : Gen-IV (et la fermeture du cycle qu’il peut assurer) en combinaison avec les SMR et la diversification de la réponse aux besoins de la société que ceux-ci permettent…

Même en Allemagne, tôt ou tard, le nucléaire reviendra

Après avoir travaillé pendant des années dans le financement des projets Enri, Björn Peters a constaté que c’était une approche profondément erronée qui ne tenait la route que grâce aux subventions et traitements de faveur de l’État allemand. Il s’est progressivement convaincu que le « tournant énergétique » allemand ( Energiewende) est voué à échouer, qu’en fait il a déjà échoué, et que la seule voie réaliste est de revenir au nucléaire :

… Il y a un sujet vraiment important pour moi : comment concevoir des politiques énergétiques. Beaucoup de gens dans les pays de l’OCDE croient que vous pouvez juste imposer des taxes carbone ou tout ce qui peut renchérir le prix de l’électricité. Mais je pense que c’est profondément erroné. La majorité des émissions de CO2 proviennent de pays comme l’Inde, la Chine, l’Indonésie, beaucoup de pays Africains, qui se développent très bien, mais qui ne peuvent pas se permettre une stratégie de renchérissement du coût de l’électricité.

Ils doivent avoir accès à des sources d’énergie bon marché, et si possible propres. Et c’est pourquoi je suis vraiment convaincu que les énergies du solaire et du vent qui sont structurellement plus chères à cause du stockage et du backup qu’elles nécessitent ne peuvent pas convenir : vous payez en fait au moins 2 fois la facture d’énergie, c’est un concept vicié à la base. Elles peuvent jouer un rôle [de niche] là où elles peuvent être produites de façon peu coûteuse, mais on ne peut pas compter dessus. Dès lors la seule source pour laquelle à mon avis nous avons une chance de produire une énergie bon marché et propre, c’est l’énergie nucléaire. Et c’est pourquoi je me consacre désormais à ce secteur…

La contradiction fondamentale que l’écologisme ne veut pas voir

Le nucléaire devrait donc réconcilier tous les défenseurs sincères de l’environnement, que l’on croie ou non à la théorie de la responsabilité du CO2 d’origine anthropique dans le réchauffement climatique.

Pour un esprit rationnel et normalement constitué il est difficile de comprendre l’opposition viscérale de l’écologisme au nucléaire : Samuel Furfari dans son dernier livre Écologisme : Assaut contre la société occidentale explique qu’il ne s’agit plus d’environnement, mais d’idéologie.

L’écologisme a réussi hypocritement à mobiliser le souci justifié de tous les citoyens pour la protection de l’environnement, en se présentant comme le seul défenseur de cette cause. Il a utilisé l’arme préconisée par leur maître à penser, le philosophe allemand Hans Jonas, l’arme de la peur.

Le philosophe allemand Hans Jonas, ayant mis au centre de sa réflexion un principe de responsabilité des générations présentes envers les générations futures, en vint à l’idée radicale d’interdire toute technologie qui comporte un risque – aussi minime ou improbable soit-il – de détruire l’humanité. Non content d’exposer ses idées sur un plan philosophique, dont découlait par exemple la notion de développement durable, Hans Jonas a développé une heuristique d’action très cynique (la fin justifie les moyens) basée sur la peur comme le seul moyen d’imposer ses idées. Cette leçon a été bien assimilée et mise en pratique par presque tous les courants de l’écologisme.

Mais comment comprendre le succès de cette idéologie dans nos démocraties ?

Ce n’est pas un succès démocratique, parce qu’elle n’a jamais vraiment remporté d’élections de façon significative, mais c’est un succès par son impact sur les autres formations politiques. Elle a réussi à s’emparer du « récit intersubjectif » (terme popularisé par l’historien Israélien Yuval Harari) et à le rendre dominant dans l’esprit du public. Par ce biais, elle exerce un chantage sur les hommes politiques peu courageux qui vont dans le sens du vent politiquement correct.

Ce qui est particulièrement pernicieux, c’est l’influence que cela a pris sur de nombreux jeunes, au point qu’on assiste maintenant dans les pays développés à des dépressions motivées par « l’angoisse climatique ». À l’heure où, pour répondre aux vrais défis que l’humanité doit affronter, il faut les encourager à prendre les problèmes à bras-le-corps en se formant et en développant des solutions technologiques innovantes, on les décourage et on promeut un nihilisme imbécile et sans issue. Manifester devient un substitut à l’action réelle et positive.

Alors qui mérite vraiment le nom d’« énergie du passé » ? C’est incontestablement l’idéologie de l’écologisme qui prône la décroissance et le catastrophisme.

Au contraire, l’énergie de l’avenir, c’est le nucléaire, la seule compatible à la fois avec les besoins de l’humanité et la véritable écologie, celle qui protège l’environnement.

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