Le réchauffement climatique est-il si évident ?

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Le réchauffement climatique est une réalité observée. Mais quelle interprétation pouvons-nous tirer des données ?

Par Hadrien Gournay.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique est présenté comme un fait incontestable reposant sur deux piliers : le consensus des scientifiques (la quasi-unanimité des spécialistes) et l’évidence populaire. Ces deux piliers ne sont pas contradictoires. La rotondité de la Terre peut être soutenue par l’expérience commune et par des preuves scientifiques. La question de l’unanimité des spécialistes mériterait un article entier. Aussi, nous attarderons-nous ici sur le réchauffement comme fait accessible à tous. Beaucoup de gens aujourd’hui sont convaincus de ce caractère manifeste. Selon eux, le réchauffement pourrait être constaté par chacun, par sa propre expérience. Les sceptiques sont aveugles ou ne veulent pas voir. Est-ce si certain ? Et sinon, croire à tort à cette évidence n’est-il pas de nature à nous tromper sur la question du réchauffement ? Pour répondre à ces questions, abordons ce qui est fréquemment présenté comme des preuves évidentes du réchauffement.

Les catastrophes naturelles

La première réflexion venant à l’esprit d’un interlocuteur convaincu du réchauffement et de son évidence pourrait être la suivante : « Vous doutez du réchauffement ? Mais enfin, vous ne voyez pas les cyclones, les inondations, les tremblements de terre qui se multiplient partout sur la planète ? » On se demandera alors ce que viennent faire les catastrophes naturelles (et davantage encore les tremblements de terre) en tant que preuve du réchauffement. Le raisonnement implicite est le suivant : l’évidence de l’augmentation sans précédent des catastrophes naturelles emporte avec elle celle de son origine artificielle ; et donc celle du réchauffement climatique initié par l’Homme puisque c’est la seule explication à notre disposition. Lorsqu’il s’agit de reconnaître le réchauffement et de l’attribuer à l’activité humaine, le GIEC est la référence de ceux qui se mobilisent contre l’évolution du climat. Malheureusement ou heureusement, l’organisme Onusien ne confirme pas vraiment les suppositions sur les catastrophes naturelles. La multiplication des évènements en question est sujette à caution et lorsqu’elle est probable, la responsabilité humaine reste incertaine.

L’accroissement prétendu des catastrophes naturelles ne permet pas de confirmer le réchauffement et d’en exclure des causes naturelles. Le ressenti humain est-il plus convaincant ?

Le ressenti humain

Le réchauffement est un phénomène mondial. Le ressenti d’une personne sur un réchauffement des températures correspond à un phénomène local. Aussi fort soit-il, il n’est pas la preuve d’un réchauffement mondial, mais peut néanmoins concorder. Je ne peux pas faire de vérification sur l’ensemble de la planète mais m’assurer que l’évolution annoncée coïncide avec ce que je constate près de chez moi.

Mais là encore nous rencontrons une difficulté. En effet, quelle évolution locale est censée concorder avec le réchauffement global ? L’évolution locale peut être plus ou moins prononcée que l’évolution mondiale. Lorsqu’elle l’est sensiblement moins, il devient difficile de vérifier le phénomène mondial. Et lorsqu’elle l’est sensiblement plus, la personne ressent-elle à l’échelle locale une manifestation du réchauffement global ou un évènement principalement local ? Un réchauffement correspondant grosso modo à l’évolution locale serait la condition la plus propice à une telle vérification.

Malgré ces difficultés, je pourrais être confiant dans le fait que d’autres personnes peuvent ressentir le réchauffement dans leur proche environnement. Je pourrais penser que ces expériences cumulées forment une validation « à l’échelle de l’expérience humaine » de la thèse scientifique. Cela suppose au moins que le ressenti local est pertinent pour remarquer un réchauffement local. Qu’en est-il dans le cas de Paris ?

Commençons par les mesures météorologiques :

« Des changements observés en France et à Paris : en France, l’amplitude de variation de la température est plus forte qu’au niveau mondial. Le réchauffement est de l’ordre de 1,3°C sur la période 1901-2012.
Les températures minimales ont augmenté de 1,6 °C entre 1901 et 2000, avec une accélération notable à compter de la deuxième moitié du XXe siècle. La hausse des températures minimales a ainsi dépassé en moyenne 0,1 °C par décennie au XXe siècle et atteint 0,3 °C par décennie après 1954.
Les températures maximales ont peu évolué au cours de la première moitié du XXe siècle. Depuis 1954, elles connaissent cependant une forte augmentation de l’ordre de 0,3 °C par décennie.  »

Le ressenti humain peut-il vraiment mesurer de manière fiable un accroissement de température de 0,3 °c par décennie ? Menée sur une quarantaine d’années, l’expérience serait plus fiable, mais combien de personnes vivent-elles depuis plus de 40 ans à Paris ?

Ajoutons un fait complémentaire. Entre le début des années 1910 et le milieu des années 1940, le monde a connu un réchauffement au rythme assez comparable à celui qui se poursuit actuellement après avoir débuté au milieu des années 1970. Force est de constater que le réchauffement de l’époque, faute d’organisme pour en diffuser l’enjeu auprès des populations ne les avait pas mobilisées ni sauté aux yeux.

Plutôt que sur son ressenti, la personne intéressée devrait-elle s’appuyer sur des observations ?

Autres observations

De nombreuses méthodes sont certainement plus fiables que l’impression d’une augmentation des températures. Citons des observations telles que l’ évolution des glaciers pour celui qui habite à proximité, modification de la faune et de la flore (qui peuvent avoir de multiples causes), date des récoltes ou des vendanges etc. Cela appelle les mêmes réserves que précédemment sur la distinction entre ce qui est local et ce qui est mondial.

Certains exemples sont particulièrement ridicules. Jean-Louis Borloo avait affrété un avion pour observer la fonte des glaces liée au réchauffement climatique.

Toutefois, n’en déplaise à monsieur Borloo, avant d’être liée au réchauffement climatique, la fonte des glaces est un phénomène lié à des cycles naturels connus :  les saisons. Dans l’hémisphère Nord, les glaces fondent à partir du mois de mars et se reforment à partir de septembre. Le ministre avait fait le déplacement en septembre au moment où les glaces étaient au plus bas. Monsieur Borloo pourrait protester en ajoutant qu’il a vu des glaces fondues là où elles étaient bien résistantes autrefois. Mais qui lui a dit que les glaces étaient plus résistantes autrefois au même endroit ? Sans doute des scientifiques. Le constat de monsieur Borloo repose donc en partie sur une observation et sur la confiance donnée à une parole antérieure. Son voyage ne pouvait donc constituer une preuve suffisante du réchauffement. Il ne pouvait constituer une preuve nécessaire non plus car Monsieur Borloo était obligé d’admettre la validité des preuves par ouï-dire.

Autrement dit, son voyage n’était ni nécessaire ni suffisant.

Les records de températures

Les records de températures, et la dernière canicule, accréditent pour beaucoup le réchauffement climatique anthropique. Pourtant, là encore, il faut faire une distinction. Le caractère caniculaire des températures est perceptible par chacun. En revanche, la comparaison du nouveau record et du précédent ne relève pas du ressenti humain. Les scientifiques communiquent également pour mettre en avant les records de températures régulièrement battus à l’échelle mondiale.

Quelles conclusions en tirer ? Mis en avant comme preuve du réchauffement, ces records appuient en effet cette hypothèse. Utilisés dans le but d’appuyer leur origine anthropique, l’argument est plus douteux. Leur succession ne peut en effet être vue comme une démonstration de la responsabilité humaine que si l’on suppose que les températures « naturelles » se répartissent aléatoirement autour d’une moyenne. Dans ce cas, en effet, une tendance prononcée, voire des records, ne peuvent que paraître hautement suspects. Si l’on admet en revanche que l’évolution naturelle des températures peut connaître des cycles longs, alors ces records ne font peut-être que suivre un tel cycle. Or, tout dans l’étude des températures du passé montre que ces cycles existent. Considérer la succession des records comme inhérente à l’activité humaine revient à qualifier d’artificielle toute tendance prononcée.

Éloignons-nous de la question des températures pour mieux l’appréhender. La déclinaison magnétique de la Terre connaît des évolutions cycliques. Elle n’en est pas moins naturelle.

Autrement dit, les records successifs traduisent une augmentation des températures. Ils ne nous disent rien sur leurs causes.

Alors, réchauffement ou pas ?

L’existence du réchauffement ne fait guère de doute. Cinq organismes synthétisent l’évolution des températures. Trois organismes produisent la courbe des températures de surface (deux américains et un anglais). Deux organismes, tous deux américains, établissent la courbe des températures de l’atmosphère dans son ensemble. Toutes ces courbes reproduisent une tendance au réchauffement depuis les années 1970. En outre, chaque décennie a été plus chaude que la précédente.

Cette concordance des différents organismes masque cependant un profond désaccord. L’accroissement des températures atmosphériques aura été un peu moins rapide qu’en surface. Pourtant, les lois de la physique devraient impliquer le contraire. Les responsables des calculs des températures de surface, plutôt alarmistes, défendent avec leurs mesures l’hypothèse d’un réchauffement rapide et d’une forte sensibilité climatique, faisant craindre un réchauffement d’autant plus élevé à l’avenir. Plus sceptiques, les responsables du calcul des températures atmosphériques soutiennent la véracité de leur courbe traduisant l’hypothèse d’un réchauffement plus lent et d’une faible sensibilité climatique.

Il reste que nous ne contestons pas l’existence du réchauffement climatique. Quel est le but de ce texte consistant à ergoter sur son « évidence » tout en mêlant la question du réchauffement et de son origine humaine ou non ? Nous ne sommes pas responsables de cette confusion. Elle provient de la manière dont est traitée la question. L’évidence proclamée du réchauffement est traitée comme si elle établissait à la fois son existence et sa cause. Mettre en évidence cette situation et la contester débarrasse la question climatique de faux raisonnements qui le polluent.

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