Nucléaire : quand Macron le soutient à demi-mot

Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française, CC-BY

Les dernières positions du gouvernement en faveur du nucléaire vont dans le bon sens. Néanmoins, les choix « écologiques » vont continuer à peser.

Par Michel Negynas.

Comme nous l’avons vu précédemment, le thème de l’énergie et donc du nucléaire, s’invite dans la campagne sous l’angle indirect du pouvoir d’achat et du prix de l’énergie.

Le contexte sur le nucléaire

La droite voit dans le nucléaire un moyen de se différencier du gouvernement en place, et commence prudemment à reparler de nucléaire à mots couverts. Éric Zemmour, lui, n’a pas fait de quartier, entraînant la surenchère, comme sur d’autres sujets : c’est à qui ne trouvera pas de mots assez forts pour réaffirmer son attachement au nucléaire alors que deux gouvernements successifs, l’un de droite, l’autre de gauche, ont décidé sa mise à mort lente et que le gouvernement actuel a décidé de commencer son exécution, avec la mise à l’arrêt de Fessenheim.

De nombreux pros nucléaires (des vrais, pas des opportunistes politiques) sortent du bois, profitant du changement d’ambiance.

Ceci se place d’ailleurs dans un contexte de libération de la parole sur l’écologie. La gauche, seule alliée possible des écologistes (malgré les efforts de Yannick Jadot pour aller vers une écologie compatible avec le centre) n’existe quasiment plus. Les écologistes ne sont plus considérés comme une menace par la droite. Ils se suicident par leurs outrances. Bref, plus rien ne s’oppose à parler vrai.

Tout cela a de quoi inquiéter l’exécutif. Il fallait réagir. On aurait pu s’attendre à une vraie remise en question de la politique énergétique. Le moment est favorable et le gouvernement actuel n’a pas, collectivement, trempé dans les décisions absurdes et électoralistes de ses prédécesseurs. Le problème est qu’Emanuel Macron est peut-être le seul à avoir besoin de voix portées sur l’écologie, celles des quadras des classes moyennes supérieures.

D’un autre côté, il fallait réagir et ne pas laisser le terrain libre sur le sujet. Les SMR entrent en scène. Le Président va annoncer un « nouveau » programme de recherche.

Les SMR qu’est-ce que c’est ?

Les small modular reactors sont une nouvelle marotte des médias. C’est un concept plus économique que technique car ils peuvent être de technologies très différentes.

L’idée est que des petits réacteurs peuvent plus facilement être sécurisés, avec des principes de sécurité passive, utilisant non pas des automatismes, mais des phénomènes physiques basiques, en particulier pour l’évacuation de chaleur en cas d’incident. Mais l’avantage est surtout industriel et financier. On pourrait en construire en série pour réduire les coûts, et l’investissement est à la portée d’initiatives privées, ce que ne sont quasiment plus des réacteurs de type EPR, construits pour 60 ans et extraordinairement sophistiqués.

Les applications pourraient être nombreuses si on donne suffisamment d’assurances sur le contrôle de prolifération, ce qui n’est pas acquis. Mais des SMR pourraient alimenter des zones isolées, des grosses unités industrielles, voire des chauffages urbains.

En fait ils existent déjà : sur des brise-glaces, des porte-avions, des sous- marins…

Les puissances iraient en gros de 20 à 200 MWe, en moyenne de 100 MWe…

Pourquoi de la part du gouvernement c’est juste de la com

Ce sujet à l’avantage de faire diversion : il donne des gages sur la confiance du gouvernement dans le nucléaire, sans remettre en question le non-sens du programme énergétique français.

En effet, on vient d’arrêter Fessenheim, ce qui, dans le privé, aurait été un cas d’abus de bien social, et on est toujours sur le chemin d’arrêter environ 14 réacteurs qui pourraient tourner encore 10, voire 20 ans sans problème. En outre, la décision de lancer un programme d’EPR a été remise à 2023 et risque d’arriver trop tard.

La loi de transition écologique prévoit toujours de diminuer à 50 % la part du nucléaire et d’augmenter la part de l’éolien et du solaire, jusqu’à installer 100 GW en tout d’énergie intermittente. Droit dans ses bottes, alors que le sujet est contesté de plus en plus, le gouvernement prend en ce moment des mesures pour « mieux faire accepter les éoliennes ».

Évidemment, les SMR ne sont pas l’outil qu’il nous faut pour sécuriser notre réseau. Certes, ils auront certainement des débouchés comme on l’a vu plus haut. Mais nous avons besoin d’au moins 60 GW de nucléaire : installer 600 SMR ? 600 ZAD ?

Réinventer ce qu’on a déjà fait en matière de nucléaire

Un des arguments est que les SMR pourraient se construire en série : mais dans les années 1980, en France, nous l’avons fait avec des réacteurs de 900 MW et plus ! Nous avons mis en service jusqu’à neuf réacteurs par an !

L’autre argument est que certains SMR pourraient être des réacteurs à « neutrons rapides », une technologie qui produit de l’énergie et en plus, génère du combustible pour les réacteurs de technologie classique, rendant caduque toute crainte sur l’approvisionnement en uranium. Mais nous l’avons fait en France dans les années 1980 avec Phénix et Superphénix ! Superphénix partage d’ailleurs la même triste histoire que Fessenheim. Alors qu’après de nombreuses mises au point et incidents, il commençait à tourner comme une horloge, on l’a arrêté lui aussi pour raisons électorales.

Tout cela est perdu. Astrid vient même d’être mis à l’arrêt, ce projet qui tentait de retrouver cette compétence.

Le piège

En réalité, l’exécutif semble convaincu de la nécessité du nucléaire. Mais comment annoncer un virage à 180 degrés ? Il faudra sans doute attendre après les élections mais les débats électoraux pourraient ouvrir définitivement les yeux du grand public.

Et lorsqu’on aura remis le cap sur le nucléaire, quid de l’éolien et du solaire ? Pourquoi continuer à en installer ? À chaque fois que la question est posée, toujours le même élément de langage officiel : pour sécuriser le réseau en cas de risque systémique du nucléaire !

Comme l’a dit le Président lors d’une visite à Framatome :

« Le nucléaire est une énergie décarbonée, une énergie sûre » qui doit rester « un pilier de notre mix énergétique », a-t-il estimé, tout en demandant également « un très haut niveau d’énergies renouvelables ».

Car si l’atome doit rester « un socle », il ne faut pas dépendre d’une seule source, ajoute le président qui rappelle que la France « s’est engagée dans une réduction de la part du nucléaire ». La part du renouvelable doit ainsi augmenter « car nous ne sommes pas au rendez-vous de nos ambitions ».

Sécuriser le réseau avec des moyens intermittents et aléatoires…

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