Covid-19 : la société contaminée par le virus autoritaire

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OPINION : pourquoi le coronavirus continue-t-il de générer une peur panique, laquelle n’a fait que croître et embellir depuis mars 2020 ? Quelle est la part d’instrumentalisation dans ce phénomène ?

Par Paul Touboul.

Phénomène inédit en matière d’épidémiologie, la diffusion du Sars-Cov 2 dans notre pays a généré à la longue une véritable fracture sociétale. J’entends par là, et ce au gré des mesures gouvernementales successives visant à gérer la pandémie, l’émergence de camps opposés fondée sur des désaccords face aux décisions prises, opposition rapidement transférée sur un plan politique plus général.

Le premier événement qui a inauguré cette dérive a été l’affaire Raoult, du nom de ce microbiologiste, directeur de l’IHU Marseille-Méditerranée, et scientifique de renom international. Si la focale a été centrée sur sa proposition de traitement de la virose par l’association médicamenteuse hydroxychloroquine-azithromycine, en fait la controverse de départ a été la mise en cause par l’IHU de la politique sanitaire officielle faisant fi du triptyque classique : dépister, isoler, traiter. À l’époques, l’absence de capacités de dépistage a constitué une première entorse à cette règle.

Cette carence a été soigneusement remisée à l’arrière-plan, toute la lumière étant projetée sur la controverse à propos du traitement. La stratégie officielle invitait les sujets contaminés à rester chez eux et si des troubles respiratoires apparaissaient par la suite, à appeler le SAMU pour une hospitalisation.

Politique et medias au mépris de la science

Pour la première fois dans l’histoire des épidémies, l’impasse était faite sur les médecins généralistes, lesquels avaient toujours été jusqu’alors les premières lignes de défense. Beaucoup a déjà été dit sur l’affaire de l’hydroxychloroquine. La guerre livrée à propos de son usage dans la Covid-19 a d’emblée excédé les limites de la controverse scientifique pour aboutir à la mise en cause d’un homme et de sa crédibilité. Cet évènement demeure à mon avis l’acte fondateur d’une dérive autoritaire qui s’est de plus en plus affirmée avec le temps.

À partir de ce moment-clé, la moindre évolution dans la gestion de l’épidémie a pris une tournure politique, les décisions prises par le pouvoir ne souffrant aucune discussion, alors qu’en matière sanitaire il n’est guère d’option, pourtant médicalement fondée, qui ne soit pas soumise à examen, à l’instar d’ailleurs de toute vérité avancée dans le domaine des sciences.

On m’objectera que notre Président s’était entouré d’un conseil d’experts et que les choix faits en portaient la marque. Il reste qu’un consensus sur de telles bases ne fait pas vérité et, on l’a vu, bien des mesures par la suite ont été critiquées par des infectiologues reconnus mais dont la parole a été vite marginalisée.

Or il s’agissait pourtant de débattre sur de vrais sujets comme la science ne cesse d’en véhiculer. Toute controverse a été soigneusement biffée pour faire place sur les plateaux de télévision à des discours consensuels égratignant au passage les opposants. S’est installée une vraie chape de plomb sur l’information sanitaire, le pouvoir inondant les médias de données chiffrées sur le bilan d’une épidémie qui n’en finissait pas de faire des dégâts.

Cette phase de l’histoire, qui d’ailleurs se poursuit encore aujourd’hui, a permis au pouvoir en place d’asseoir peu à peu une autorité sans partage, avec la complicité d’un certain monde médico-scientifique parisien qui pouvait ainsi goûter aux délices d’une exposition médiatique.

C’est la dramatisation d’une épidémie soi-disant pas comme les autres, imposant vigilance permanente et, si nécessaire, mesures d’exception, qui a conféré au pouvoir politique une dimension prométhéenne face à un mal présenté comme doté d’une capacité de nuisance infinie.

Un tel message n’a cessé d’être véhiculé depuis, faisant oublier au passage les errements de départ en matière de gestion de crise : absence de tests et hôpitaux débordés. La peur injectée dans la population a fait peu à peu son œuvre, amoindrissant tout esprit de résistance, enjoignant à une docilité citoyenne, et donnant à nos gouvernants carte blanche pour se saisir du problème et imposer sa politique. L’on peut mesurer à cette occasion le poids de la propagande.

Et les victimes du coronavirus ont été quasi-exclusivement les sujets très âgés (plus de 80 ans) ou souffrant de comorbidités sévères. Les autres tranches de la population ont été grandement et même, s’agissant des jeunes, totalement épargnées. Ces données ont été retrouvées voire atténuées à l’occasion de l’émergence des variants 4, britannique puis delta.

La pression ne s’est pourtant pas relâchée. Un récit dramatisant s’est poursuivi maintenant la population en haleine face au risque d’une nouvelle flambée. La prise de contrôle de la société s’est ainsi parachevée. Heureusement l’État était là pour veiller à notre bien-être et parer à toute éventualité néfaste.

L’acmé de cette prise en main a été l’imposition d’une vaccination de masse comme rempart ultime face à l’épidémie.

La vaccination à l’épreuve des faits

Qu’en est-il en réalité ?

On sait maintenant que la protection vaccinale est au mieux de 4 à 6 mois, obligeant donc, en cas de circulation virale persistante, à des injections de rappel deux fois par an.

Quid de la contamination et de la transmission virale ? L’expérience acquise en Israël notamment, où a été pratiquée une vaccination de masse, doit faire conclure, depuis l’invasion du variant delta, à un risque élevé de contamination chez les vaccinés de même ordre que chez les non-vaccinés.

Ces données corroborent les dires du docteur Fauci, éminent microbiologiste américain, qui vient de déclarer qu’avec le variant delta la charge virale chez les vaccinés était du même ordre que chez les non-vaccinés. Ce qui veut dire que la contagiosité est, dans les deux cas, identique. Justifier en pareil cas une vaccination collective, c’est faire fi d’une réalité virale qui, en fait, s’adapte aux obstacles mis sur son chemin.

Les vaccins actuels sont à l’évidence imparfaits. Il est plus logique de les intégrer dans une offre thérapeutique diversifiée incluant, dès le départ, la prise en charge médicale des contaminés et la délivrance de traitements s’attaquant à la charge virale mais aussi à la prévention de complications respiratoires ou hématologiques.

Quant aux cibles des vaccins, elles devraient en toute logique se restreindre aux sujets à haut risque létal en cas d’infection, donc à ceux touchés par le grand âge ou des maladies chroniques graves. De leur côté, les jeunes n’ont rien à gagner de vaccins sensés les protéger d’une maladie bénigne voire inapparente et qui en outre n’empêchent pas la contagion.

Toutes ces raisons rendent proprement incompréhensibles l’attitude jusqu’au-boutiste des autorités qui en sont venues à imposer un pass sanitaire destiné à ouvrir l’accès aux restaurants, aux centres commerciaux, aux lieux de loisir et même aux hôpitaux aux seuls vaccinés, les autres en étant exclus.

Face à l’énormité de la démarche, force est de constater un peu partout, et notamment dans le monde politique et médiatique, une approbation, certes souvent molle et interrogative, mais qui ne s’est pas démentie. La contestation, elle, s’est déplacée dans la rue, générant chaque semaine en France des défilés de milliers de personnes. À l’évidence la crise sanitaire semble révéler une cassure entre un certain peuple et les élites, ce qui laisserait augurer d’une lame de fond citoyenne susceptible d’enfler à la rentrée.

Et l’on revient à la même interrogation : pourquoi le coronavirus continue-t-il de générer une peur panique, laquelle n’a fait que croître et embellir depuis mars 2020 ? Quelle est la part d’instrumentalisation dans ce phénomène ? et dans quel but ? On continue de nous prédire une flambée prochaine du variant delta avec, sous-entendues, des retombées graves à venir. D’où la précipitation à engager la politique vaccinale que l’on connait.

Or tout laisse à penser que le variant delta, certes plus contagieux, est peu létal comparé au coronavirus de départ. Alors pourquoi déployer des mesures sanitaires aussi disproportionnées, d’autant, répétons-le, que la protection vaccinale face à ce variant semble de plus en plus problématique ?

Dramatisation quasi mondiale et dérives autoritaires

Un premier point s’impose d’emblée : la politique de dramatisation de l’épidémie a largement excédé les limites de l’Hexagone et a été quasiment mondiale. On peut y voir l’expression de politiques d’État sans réelle indépendance car insérées dans un réseau d’interconnections transnationales où peuvent se déployer des systèmes d’influence mondialisés.

En outre, qu’il s’agisse de la commission de Bruxelles ou des instances onusiennes, les interférences ne manquent pas, lesquelles, que l’on s’en défende ou non, ont leur part dans les orientations où qu’elles soient. En l’occurrence, lors de la pandémie, l’OMS s’est clairement impliquée dans les politiques des États. Cependant, si la globalisation observée peut avoir partie liée avec pareilles influences, l’option du pire en elle-même reste à expliquer.

En la matière, on sait qu’à propos des guerres du futur, les pandémies virales ont fait l’objet d’attention toute particulière et des stratégies sophistiquées élaborées lors de cénacles d’experts. Et la vaccination de masse fait partie des options privilégiées. De là à penser que l’épidémie de Sars-Cov2 a été l’occasion de passer de la théorie à la pratique, la proposition fait sens. L’éventualité que les États se soient pliés à des protocoles préétablis en réponse à une invasion virale qualifiée de guerre est plausible.

Et l’on en vient à la dérive autoritaire du pouvoir au prétexte de protéger toujours plus la santé des citoyens.

Jamais dans le passé ne se sont exercées sur la population autant de contraintes, pouvant certes se justifier par la situation sanitaire, mais qui aboutissent aujourd’hui à une surveillance des individus dans leur vie quotidienne, les rétifs qui s’y soustraient ne pouvant pleinement jouir de leurs droits. Les outils numériques se sont déployés à l’envi aidant au dépistage et au signalement des contaminés dans l’optique honorable de protéger les autres.

Le doigt a été mis dans un engrenage qui ne peut qu’aboutir à la vassalisation d’un public-otage. À l’usage, le pass sanitaire peut voir étendre son champ d’information à d’autres variables comme des comorbidités voire des données liées au statut social. Le renforcement de l’emprise numérique sur les gens est au programme de têtes pensantes évoluant dans les forums élitaires, à Davos et ailleurs.

Pour l’État, l’aubaine est à saisir et davantage de contrôle sur la population ouvre la voie à un pouvoir plus discrétionnaire sous couvert de protection des individus. Je ne dis pas que l’on en est là. Mais qu’un tel projet transnational s’inscrive en filigrane dans ce qui se passe chez nous, il est permis d’y penser.

L’épidémie de coronavirus a finalement été la source de bouleversements qui, au-delà du problème infectieux, concernent les fondements des modes de gouvernance. L’avènement d’outils de pouvoir transnationaux évoluant sans contrainte par-delà les frontières est à soulever tout comme l’existence de projets à échelle planétaire à l’encontre de catastrophes, naturelles ou non.

Il reste bien sûr au pouvoir des marges de manœuvre à l’intérieur d’un système de plus en plus contraint. Cette latitude n’est pas négligeable et l’exemple de la Suède qui a géré la crise sanitaire en dehors des standards admis en est l’illustration.

Nos gouvernants semblent avoir adhéré bel et bien à une idéologie, partagée par ailleurs en Occident, qui a accordé les décisions prises avec un récit de l’épidémie se prêtant à l’image forgée d’une guerre d’un nouveau type. Encore une fois se vérifierait l’adage que ce sont les idées, et non pas le principe de réalité, qui mènent le monde. L’inquiétude, dans l’univers d’aujourd’hui, est plus que jamais de mise.

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