Pass sanitaire : la mesure anti-covid de trop ?       

Screenshot 2021-08-09 at 17-52-08 Le Conseil constitutionnel valide en grande partie le projet de loi sanitaire • FRANCE 24[...] — France 24 ,

OPINION : le projet est clairement discriminatoire, créant deux classes de citoyens, dont l’une privée de droits les plus élémentaires.

Par Paul Touboul.

Après son entrée fracassante en France en mars 2020, l’épidémie de covid-19 semblait s’être éteinte deux mois plus tard au terme d’une attaque meurtrière.

C’était sans compter avec le développement de variants. Ainsi la multiplication du variant 4 à la rentrée 2020, puis du variant britannique, n’a fait que conforter la vision hors normes de l’affaire. L’étirement dans le temps de la nouvelle virose jusqu’au printemps 2021 a encore plombé un bilan comptabilisé sans discontinuité depuis mars 2020, même s’il a fallu admettre que la situation n’avait jamais atteint la gravité de l’épidémie de départ.

Notons que la pérennisation de l’activité virale n’a pas conduit les autorités à remettre en cause la gestion de la crise et que tout traitement de la maladie, dès le départ, par les médecins a continué d’être écarté d’un revers de main. Seuls des antiviraux high-tech et aussi fort coûteux ont fait exception puis ont été finalement écartés faute d’efficacité probante.

Plus récemment cependant, le ministre de la Santé a donné quitus à la prescription par les généralistes, selon les circonstances, de corticoïdes, d’antibiotiques ou d’anticoagulants. Mais la porte est restée fermée à l’hydroxychloroquine et à l’ivermectine, deux produits largement utilisés sous d’autres latitudes mais dont l’efficacité a été considérée dans les pays occidentaux comme manquant de preuves.

La question des vaccins

La question des vaccins s‘est imposée dans le débat public à l’automne 2020 avec la mise à disposition de produits issus du génie génétique, les laboratoires Pfizer, Moderna et AstraZeneca, les premiers en lice, ayant disposé d’une autorisation provisoire d’utilisation donnée par les agences du médicament nord-américaines et européennes.

La ruée sur ces vaccins un peu partout dans le monde est à souligner. Le parti pris d’une vaccination de masse a été fait au Royaume-Uni et en Israël notamment, mais aussi entre autres à Malte, dans les Émirats ou en Mongolie. Cette précipitation renvoie au vécu tragique de l’épidémie un peu partout, lequel est à l’encontre du risque létal tout relatif, chiffré chez nous lors de la flambée de mars 2020 à 0,03 %. Il a donc été postulé qu’une immunisation vaccinale aussi large que possible était bel et bien la solution. C’est en tout cas le projet soutenu par bien des gouvernements dont le nôtre.

Cependant, les premiers retours ont semé le doute à propos de l’innocuité mais aussi de la protection face à de nouvelles contaminations virales.

En France la vaccination a tardé à se mettre en place puis a atteint sa vitesse de croisière avec un certain retard. Le suivi post-vaccinal demeure tout relatif, sans réel pilotage, alors que les vaccins en cours sont toujours en phase d’évaluation. Il est apparu par ailleurs que la vaccination ne protège pas complètement des réinfections. 20 % des contaminés actuels sont déjà vaccinés et certains peuvent développer des formes symptomatiques de la covid-19. En Angleterre, le variant indien dit delta s’est propagé sans encombre parmi une population vaccinée dans sa grande majorité.

L’arrivée du pass sanitaire

Cet été en France, la multiplication de ce variant delta a suscité l’inquiétude de nos gouvernants qui ont entrepris de pousser à une obligation de vaccination, laquelle ne dit pas son nom et avance masquée derrière l’imposition d’un pass sanitaire.

La mesure s’étend jusqu’aux jeunes à partir de 12 ans, les non-vaccinés se voyant interdire l’entrée des écoles. Elle s’applique impérativement aux soignants qui, s’ils s’y dérobent, devront quitter leur emploi, un risque étendu en fait à tout salarié rétif aux injonctions patronales. Les réfractaires de tous poils seront exclus de toute vie sociale, qu’il s’agisse de terrasses, bars, restaurants, centres commerciaux, salles de sport, lieux de culture comme les cinémas, théâtres, salles de concerts, et de manière large toute manifestation festive rassemblant plus de 50 personnes.

Le projet est clairement discriminatoire, créant deux classes de citoyens, dont l’une privée de droits les plus élémentaires. On nous dit qu’il faut en finir avec la pandémie, vacciner tout le monde pour opposer au virus la barrière d’une immunité collective. Même si une majorité dans le pays semble approuver ces mesures, elle fait naître colère et manifestations au sein d’une fraction non négligeable, et ce au nom du dévoiement des principes démocratiques les plus élémentaires.

Regardons cette affaire de plus près.

Il serait à craindre pour la fin de l’été une crise sanitaire comme celle de mars 2020 qui a vu notre système hospitalier voler en éclats face à la demande.

Faut-il à ce point donner crédit aux prédictions quand celles au début de la pandémie déclinaient pour la France une hécatombe sans commune mesure avec ce qui s’est réellement passé ? Et ce décalage a été retrouvé lors d’annonces ultérieures de même tonalité qui manquaient d’appréhender les caprices de la dissémination virale. Tout au plus pouvons-nous imaginer une tendance actuelle vers la saisonnalité qui s’accorderait avec une recrudescence automnale.

S’il reste bel et bien contagieux, le variant delta aurait par contre une dangerosité atténuée, ce dont parait témoigner l’expérience indienne. Les données épidémiologiques plaident donc pour un agent ayant perdu de sa force, un processus bien connu dans les viroses lorsque se succèdent des mutations. Il semble par ailleurs que l’usage dans certains États indiens de l’hydroxychloroquine et de l’ivermectine a réduit considérablement l’impact du variant.

Quant à l’argument d’une immunité collective à atteindre pour se défendre efficacement contre l’épidémie, bien malin qui pourrait avancer un taux qui ait du sens.

La stratégie vaccinale

Aujourd’hui, pour soutenir la politique de vaccination intensive, on nous parle de 90 % de la population. D’où est tiré ce chiffre ? de quels calculs et algorithmes savants ? comment évaluer ce qu’il en est actuellement de l’immunité dans le pays ? Il y a déjà tous ceux qui ont eu la covid-19. L’identification est claire s’agissant de formes symptomatiques. Mais pour les autres, ceux qui seraient contaminés sans le savoir, mais qui n’en ont pas moins acquis une immunité, le chiffrage fait forcément défaut. Si on ajoute le groupe de ceux dotés d’une immunité naturelle, on voit bien que toute évaluation ne peut qu’être présumée.

Vue l’étendue du temps occupé par les poussées épidémiques depuis mars 2020, on peut néanmoins penser que cette immunité collective est loin d’être négligeable. Elle a en outre l’avantage d’être généralement solide et durable. S’y ajoute bien sûr l’immunité des vaccinés, lesquels représentent aujourd’hui la moitié de la population.

Qu’en l’état actuel, nous sommes mieux à même d’affronter un nouvel orage viral, tout le laisse penser. Les arguments que nous avons cités tant du côté du variant delta que de celui de l’immunité collective font sens.

Alors faut-il quand même, comme le font nos gouvernants, au nom du principe de précaution céder au pessimisme ? Faut-il considérer que la poussée épidémique à venir ne sera pas maitrisable par une approche conventionnelle ? Sortir l’arme ultime qu’est la vaccination pour tous, préférée à une approche ne ciblant que les populations à risque ?

Encore une fois, tant d’excès ne s’accorde pas avec la réalité de l’épidémie qui parait se dessiner. Mais, me dira-t-on, après tout, l’option du pire n’est pas totalement exclue. Certes, mais en l’état actuel, elle rencontre des objections qui font sens et justifient une attente armée plutôt que l’imposition au pays de mesures préventives d’exception.

L’opposition à ce nouveau dispositif, certes minoritaire, a néanmoins fait entendre sa voix sous forme de manifestations un peu partout dans le pays.

Elle est présentée dans la presse comme le fait d’antivax, formule ambiguë et même à connotation péjorative car sous-entendant une hostilité d’un autre temps aux vaccins quels qu’ils soient. Est ainsi escamoté le débat de fond. Car cette opposition clame avant tout l’impératif de respecter la liberté de chacun et s’alarme de toute limite posée à un droit fondamental. Elle est concentrée aussi sur l’arbitraire voire les dangers d’une mesure généralisant l’usage de vaccins qui sont encore en phase d’évaluation, laquelle, quoi qu’on en dise, se fait sur le dos des citoyens.

Si les complications immédiates sont maintenant mieux connues, et on a vu que les données sur la mortalité donnent à réfléchir, on ne dispose pas à l’heure actuelle d’informations sur les effets à long terme. Autrement dit le dossier officiel d’agrément est loin d’être clôt. On peut donc comprendre les interrogations et les réticences de certains. La faible dangerosité de la covid-19 en général peut légitimement être mise en balance avec le rapport bénéfice-risque incertain du vaccin. Sans compter que vacciner en phase épidémique pourrait bien favoriser l’émergence de mutants.

Pourtant au lieu d’un débat ouvert, nous assistons comme pour tous les choix faits dans cette crise sanitaire, à un diktat qui ne souffre pas la discussion, toute voix d’opposition étant marginalisée.

Force est d’admettre que l’on a bel et bien versé, à la faveur de cette épidémie, dans le monde de demain, un monde où la vie de chaque citoyen sera passée au crible de contrôles auxquels chacun sera forcé de se soumettre sous peine de sanction.

La santé individuelle sera désormais l’affaire de l’État et ce au nom de la protection de tous. Défendre sa liberté sera considéré comme irresponsable car n’intégrant pas le bien-être collectif. À partir d’une comptabilité compulsive des contaminations, la crise sanitaire est entrée dans l’ère funeste de chiffrages assombrissant notre quotidien et maintenant la peur en haleine. Peu à peu notre tendance rétive a été apprivoisée à la faveur d’une ambiance devenue en soi mortifère.

Le summum est maintenant l’imposition du pass sanitaire, sésame exclusif d’une vie sociale normale. La mesure marginalise clairement une frange de population devenue des citoyens de seconde zone. Désormais la liberté de circulation sera régie par un laissez-passer sanitaire numérisé, mesure qui laisse entrevoir un monde de demain, dans lequel, outre la santé, d’autres paramètres de notre vie seront à leur tour fichés pour le bien-être de tous.

C’est là une authentique bascule dans un ailleurs qui est déjà à nos portes. Sera-ce la démocratie de demain avec ses nouvelles normes ? De cette humanité numérisée, produit de la révolution technicienne, l’histoire de la covid-19 aura en fait ouvert la voie.

Article mis à jour le 19/08/21 à 11h31

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