État d’urgence : les Français sages, mais pour combien de temps ?

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Incrédules devant trop de contradictions et de promesses non tenues, les Français usent de leur bon sens pour soulever quelques questions pas si impertinentes qu’il y paraît. L’état d’urgence a-t-il permis de maitriser la Covid-19 ?

Par Jean-Paul Laplace.

Les Français sont loin d’être bêtes, même si la majorité des médias qui les conditionnent, et la plupart de ceux qui occupent des postes de gouvernement, tiennent des discours qui montrent que les citoyens sont pris pour des imbéciles. Pourtant ils sont étonnamment sages. Pour combien de temps encore ?

État d’urgence sanitaire : règlements, chipotages et mesquineries

Ils ont accepté sans broncher une prolongation de l’état d’urgence sanitaire, dont on serait tenté de dire qu’elle a été votée en catimini tant elle est passée inaperçue.

Mais à quoi sert cette mesure d’état d’urgence sanitaire sinon de couvercle juridique ? Cet état d’urgence sanitaire a-t-il permis d’avancer dans la maîtrise ou la prévention de cette Covid-19 ? On peut en douter.

En réalité, il s’agit d’une formulation aussi douce qu’hypocrite pour rester assis sur la marmite et tenir en laisse ce peuple dont on sait qu’il est souvent rétif et contestataire. Ainsi sommes-nous enfermés dans une litanie de mesures, de contraintes et de restrictions, de privations et de vexations dans certains cas, de jugements péremptoires sur le caractère non essentiel de telle ou telle activité.

Ce carcan nous est imposé au nom d’un intérêt supérieur très abstrait, ou de notre propre intérêt maladroitement apprécié par d’autres. Mais le collectif (contesté dans sa forme) peut-il étouffer l’individu ?

En clair : trop de règlements tue le règlement ! Surtout lorsqu’il est incompréhensible.

Des messages brouillés

La compréhension précisément : les Français ne sont pas dupes des habiles discours, de leur caractère changeant au gré des circonstances, des contradictions et des évidences bafouées, ou de la présentation orientée et des commentaires biaisés sur les chiffres de l’épidémie ; ou de l’économie, ou du chômage.

L’exposition médiatique est redoutable. Comment un ministre peut-il sortir indemne de la confrontation faite par les auditeurs des propos sensiblement différents tenus devant une commission parlementaire puis lors d’une interview de terrain réalisée quelques heures plus tard ?

Les Français sont blasés ; ils sont définitivement convaincus du fait que l’État faussement paternaliste a tout raté : les masques en rupture de stock et les commandes fantômes, les tests utilisés sans véritable stratégie, ou encore les mesures d’isolement non mises en œuvre ou si peu.

Ils découvrent aussi que les vaccins salvateurs tardent à arriver faute d’avoir maîtrisé les commandes et anticipé la distribution. Celles-ci ont été déléguées à des fonctionnaires pris de court, sans expérience de négociations commerciales ni compétences logistiques.

Le politiquement correct et la réalité

Le discours est une chose mais la réalité en est une autre. Au début de février, nous avons assisté à une intense préparation de l’opinion pour l’amener à accepter l’idée d’un troisième confinement, que la plupart des médias et de leurs invités s’accordaient à juger inéluctable.

À notre sens ce remède aveugle aurait été pire que le mal ; tout confinement devait être évité. C’est à chacun qu’il appartient de mettre en pratique les mesures barrière nécessaires et appropriées.

Mais après ce noir tableau d’une épidémie qu’il fallait enrayer d’urgence, l’opinion fut surprise que le chef de l’État écarte l’idée d’un nouveau confinement. On assista alors à un retournement médiatique et au déploiement d’une communication lénifiante comme s’il était urgent de justifier a posteriori le bon choix du président de la République. Sans doute était-il important d’être du bon côté… Les chiffres des hospitalisations et des morts ont alors fait l’objet de commentaires tout à fait optimistes et rassurants.

Seuls les soignants durement éprouvés s’inquiétaient de cette euphorie factice alors que les services étaient pleins, que des transferts étaient nécessaires, et que les entrées tendaient plutôt à s’accélérer. Les experts des comités marquaient aussi leur inquiétude devant cette communication si outrageusement optimiste.

Les Français, eux, rêvaient de vacances et de liberté, et ne demandaient qu’à croire à une fin prochaine de l’épidémie ! Mais ils ont déjà tellement été abusés de promesses non tenues et de discours trompeurs que cette alternance de catastrophisme puis d’optimisme, et la contradiction permanente des discours par les faits, ne pouvaient que les inciter à reprendre la vie. Advienne que pourra.

État d’urgence sanitaire : résistance passive et interrogations

Nous allons bientôt commémorer le triste anniversaire de notre entrée dans cet épisode confiné de lutte contre la Covid-19. Beaucoup de choses, parmi les plus sensibles de notre vie d’humains sociaux, ont été détruites. Une telle situation n’est pas durable.

Comment s’étonner de l’inobservance croissante des règles, à commencer par le couvre-feu. Je constate quotidiennement l’importance du trafic à toute heure du jour et même de la nuit. Les résultats de l’étude menée par l’Inserm en partenariat avec Orange ne sont guère étonnants : seulement 20 % de trafic en moins du fait du couvre-feu !

Au delà des tentatives de contournement des règles, des manifestations de réprobation et des gestes de mauvaise humeur, c’est l’agressivité qui gagne. À son tour la dérision a trouvé sa place. Les beaux discours et les graphiques habiles ont perdu tout crédit. En clair, la parole publique trop galvaudée ne peut plus être la référence.

Incrédules devant trop de contradictions et de promesses non tenues, les Français usent de leur bon sens naturel pour soulever quelques questions pas si impertinentes qu’il y paraît.

Une médecine de prévention est censée éclairer les choix ; elle doit anticiper pour essayer de devancer l’épidémie au lieu de lui courir après. Les tests réalisés sur les eaux usées sont un outil pertinent. Mais les très récentes émergences de foyers de variant sud-africain en Moselle et en Dordogne ne manquent pas de susciter des commentaires.

La Moselle, passe… Zone frontalière de transit que peuvent emprunter de nombreux voyageurs que l’on suspecterait aisément d’avoir été vecteurs. Mais en Dordogne ! L’étonnement nait de ce tir groupé dans six EHPAD avec quelques 160 cas de variant sud-africain. Certes la France a reçu d’Afrique voici quelques jours un important nuage de sable porté par les vents, mais quand même !

Par contre, tout citoyen sensé se demandera quel est le lien entre ces EHPAD : personnel intérimaire passant de l’un à l’autre ? Prestataire de services commun ? Fournisseur commun de matériel ou de produits alimentaires ? C’est une authentique enquête qui doit être menée pour comprendre, appuyée sur les ressources du génotypage.

Car après tout, les Chinois, qui comptent des chercheurs de très haut niveau et disposent d’une recherche du meilleur niveau mondial, ont suspecté des produits surgelés d’être vecteurs de contamination. Ne raillons pas et observons toutes les hypothèses sans déguiser la vérité.

En définitive, tous les prétextes sont bons aujourd’hui pour refuser les règles et les contraintes. Les Français font preuve de leur capacité d’adaptation, mais l’exaspération gagne alors que chacun devrait rester d’une vigilance sans faille. Pourtant, il reste non envisageable de confiner à nouveau le pays.

Notre seul espoir est de vacciner, vacciner rapidement et massivement. Le lecteur permettra à un vétérinaire de souligner que c’est l’engagement de la profession vétérinaire qui a permis voici quelques décennies de vacciner massivement les troupeaux français jusqu’à l’éradication de la fièvre aphteuse, autre maladie virale très contagieuse. Nous attendons le même engagement face au coronavirus et la même efficacité de la part des acteurs de la santé au bénéfice de tous les Français.

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