Un Nutriscore climatique, le prochain délire écologiste ?

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Ce n’est pas en faisant la propagande d’un Nutriscore au système caduque, et encore moins en le rendant obligatoire que les consommateurs seront mieux informés.

Par Brice Gloux.

« Y a des instants comme ça, où c’est comme si on avait une pâte molle dans les esprits, c’est le moment d’y mettre son empreinte, pour que demain soit fait de nos idées. » (François Ruffin, 2020)

Si certains n’avaient pas même attendu le début du confinement pour nous faire goûter aux résidus de leurs cerveaux pressés – tel Ruffin qui dès la mi-mars se la jouait « temps de cerveau disponible » c’est dorénavant une constante pour tout constructiviste qui se respecte de nous dessiner sa vision du prétendu monde de demain.

Nous avons par exemple eu le droit aux sermons de l’ex-homme sandwich du ministère de l’escrologie, pour qui le coronavirus était une sorte d’ultimatum, ou bien encore du prophète Aymeric Caron qui voit cela comme une revanche de la Nature. Les deux hommes n’hésitant pas à nous ouvrir les Chakras casser les noix avec leurs principes et leçons de vie – moyennant un livre de 17 euros pour le second, parce qu’il faut bien vivre pour sauver le monde ma p’tite dame.

150 propositions autoritaires sur le climat

Chez nos têtes pensantes, la crise est bien évidemment aussi l’occasion pour persévérer dans leurs folies étatiques, mais de manière conscientisée. Pour n’en citer que deux : Elizabeth Borne, bien sûr, qui entre deux fermetures de centrale (pour diminuer le Co2 ?), se décide à subventionner les bicyclettes, ou encore Nono le rigolo, qui poursuit son auto-promo bien dosée à coups de racket fiscal et sabotage industriel.

La dernière éco-nnerie en date est bien évidemment la parution des 150 propositions de la Convention citoyenne, bien imprégnées du caractère autoritaire que représente l’Écologie radicale.

Si certains critiquent (à juste titre) le résultat du travail des 150 membres, il faut néanmoins observer que la manière dont cette convention a été construite puis  encadrée assurait plus ou moins les conclusions de cette mascarade.

Outre un tirage au sort basé sur le volontariat menant à une représentativité de façade, des ressources documentaires ont été offertes aux 150 membres par, entre autres : le Haut Conseil pour le Climat, le mesuré Jean Jouzel, le réseau Action Climat… s’assurant que chacune des petites têtes citoyennes ait bien conscience de l’urgence du moment.

Aussi, les différents intervenants qui se sont succédé ont permis d’assurer la direction des échanges. Parmi eux : Nicolas Hulot, mais aussi des associations (telles que Greenpeace ou la WWF), des syndicats (CGT, MEDEF, FNSEA…), des membres d’Alternative Économique (l’éditorialiste Guillaume Duval, ainsi que l’économiste Christian Chavagneux), sans oublier évidemment le passage de la Sinistre de l’Écologie et du poète dramaturge Emmanuel-Nous-sommes-en-guerre-Macron.

Cela commence à faire beaucoup, mais heureusement, ce petit monde était encadré par un « comité de garants », dont le rôle était de « veiller au respect des règles d’indépendance et de déontologie du processus ». Comité dont Cyril Dion, décroissant et activiste climatique, faisait partie.

Qu’il y ait un cadre, certes. Mais qu’il soit autant piloté ? Hum…

Deux propositions intéressantes

Parmi la pléthore de propositions, il y en a deux intéressantes à mettre en avant.

Présente dans la thématique « Se nourrir », elles concernent directement l’un des plans les plus foireux de ces dernières décennies : le Plan National Nutrition Santé (P.N.N.S).

La première mesure réclame de « mieux informer le consommateur en renforçant la communication autour du P.N.N.S et de réformer ce plan en un plan national relatif à la nutrition, à la santé et au climat ».

Tandis que la seconde exige « l’interdiction de la publicité sur les produits proscrits par le P.N.N.S et d’inscrire des message percutants (sic) sur leurs étiquettes ».

À vrai dire, ces actions ne sortent pas de nulle part, puisque déjà l’an dernier le Réseau Action Climat (qui regroupe diverses organisations telles que Agir pour l’environnement, WWF ou encore Oxfam) rédigeait ces attentes vis-à-vis du P.N.N.S.

Aussi, certains députés avaient déjà repris ces idées, comme en mai dernier par exemple où à base de sobriété et de légumineuses (NDA : ça ne vient pas de moi), deux élus nous esquissaient 20 propositions pour une nouvelle transition alimentaire, en expliquant qu’il faut par exemple :

« Assainir l’offre alimentaire en incitant ou en obligeant à la reformulation des recettes des plats industriels (limitation de sel, de sucre ou de graisses saturées), en régulant l’offre de snacking des distributeurs automatiques, en généralisant l’étiquetage nutritionnel et environnemental, en interdisant les produits affichant un Nutriscore D ou E dans les couloirs promotionnels des grandes surfaces ou encore en régulant la publicité alimentaire télévisuelle ou au cinéma en direction des enfants.

Compléter les recommandations nutritionnelles par des recommandations de bonnes pratiques alimentaires du point de vue écologique.

Instaurer des dispositifs d’aide financière directe ou indirecte pour réduire le prix des produits alimentaires durables en taxant par exemple certains aliments en raison de leur mauvaise qualité nutritionnelle sur le modèle de la taxe Soda. »

Rien que ça !

Ainsi, qu’il s’agisse des députés ou des 150 citoyens, on observe qu’il faut :

  • renforcer la communication autour du P.N.N.S ( dans d’autres circonstances, certains parleraient de marketing agressif) ;
  • réguler la publicité alimentaire (que j’avais déjà évoqué ici) ;
  • voire de l’interdire pour les produits proscrits (le Nesquick Bio plein de sucre, ça passe, mais les sardines grillées ou le roquefort, non).

Complaisance autour de Nutriscore

Il est quand même hallucinant de voir toute la complaisance autour de ce Nutriscore1, et plus globalement de ces recommandations nutritionnelles. Car outre leur incapacité chronique à lutter contre l’obésité depuis plusieurs décennies, il faudrait désormais qu’elles intègrent un volet afin d’aider à la lutte contre le changement climatique.

Cela rappelle étrangement les critiques qui avaient émané de certains chercheurs lorsqu’en octobre dernier une étude remettait en cause le lien entre la consommation de viande et le risque sur la santé. En effet, certains « déploraient que l’étude n’ait pas intégré l’impact écologique dans ses recommandations », alors que l’objectif était évidemment tout autre.

Aussi, en dehors des considérations climatiques, la fiabilité de ce Nutriscore est très discutable, et l’une des principales critiques – totalement évacuée par ses défenseurs – est le malus donné aux produits contenant des acides gras saturés. Plusieurs chercheurs remettent en cause ce parti pris, et pourtant tout se passe comme si le dogme « graisses saturées = danger », pilier de l’algorithme, était inattaquable et qu’il fallait maintenir cette croyance, quoi qu’il en coûte.

Hasard du calendrier, au même moment où la Convention soviétique citoyenne sortait ses propositions, le Journal of the American College of Cardiology publiait un article précisément sur les acides gras saturés. Dans celui-ci, les chercheurs déclarent que :

« La plupart des méta-analyses récentes d’essais randomisés et d’études d’observation n’ont révélé aucun effet bénéfique d’une réduction de l’apport en acides gras saturés (AGS) sur les maladies cardiovasculaires et la mortalité totale, et ont plutôt mis en évidence des effets protecteurs contre les accidents vasculaires cérébraux. »

Plus loin :

« Les produits laitiers entiers, la viande non transformée, les œufs et le chocolat noir sont des aliments riches en acides gras saturés dont la matrice est complexe et qui ne sont pas associés à un risque accru de maladies cardio-vasculaires. L’ensemble des preuves disponibles ne justifie pas de limiter davantage la consommation de ces aliments. »

Le fond de l’article établit les différentes sources et preuves du bienfait des graisses saturées, puis les chercheurs le concluent par différentes mesures qui permettraient de remettre en cause ce dogme sur le gras. Notamment en :

« Sensibilisant le public sur le fait que les régimes pauvres en glucides et riches en graisses saturées, populaires pour la gestion de la masse corporelle, pourraient également améliorer les conditions chez certains individus atteints de troubles métaboliques, tout en soulignant que les effets sur la santé de la consommation de glucides – tout comme celles des graisses saturées – dépendent de la quantité, du type et de la qualité des aliments, de la source, du degré de transformation, etc. »

Les conclusions sont sans appel, et pourtant ce Nutriscore, mis en place en 2016 dans la Loi de Modernisation du système de Santé (sic) risque de devenir obligatoire et prépondérant dans la lutte contre l’obésité, et à terme donc contre le réchauffement climatique.

À l’origine, celui-ci devait être « assuré par les partenaires de l’agro-alimentaire sur la base du volontariat ». Et forcément, comme ça ne marche pas, que les résultats ne suivent pas, certains estiment qu’il est temps de passer à l’étape supérieure. Au revoir le volontariat, bienvenue à l’obligation.

Méchantes entreprises agro-alimentaires

Ce désir n’est pas récent, et depuis le départ un bouc-émissaire est tout trouvé : les entreprises de l’agro-alimentaire. De par une pratique intensive du Name&Shame sur les réseaux sociaux ou en les pointant du doigt comme lobbyistes, les Pro-Nutriscore coupent court à la conversation. Les lobbyistes, ce sont toujours les autres, remarquez (ou alors il existe un lobbying vertueux, comme celui qui paradait lors de la Convention citoyenne, allez savoir).

Aussi, ces pro-Nutriscore se considèrent comme les garants de la défense des consommateurs. Par conséquent, on a le droit parfois à un bel élan sophistique de leur part, où ceux qui sont contre le Nutriscore, sont contre les consommateurs.

Pourtant, au même titre que de s’interroger sur ce que l’on mange, c’est une démarche saine de s’interroger sur un système de notation. Ce n’est certainement pas être contre le consommateur, mais plutôt dans son intérêt. Et ce n’est pas non plus être contre un éventuel affichage nutritionnel.

Par exemple, quand Nicolas Lecaussin déclare que l’abus d’étatisme est dangereux pour la liberté, il ne fait que rendre compte des dangers de forcer la position monopolistique d’un système de notation. Ce que les défenseurs du Nutriscore ne semblent pas voir, ou préfèrent occulter, puisqu’à cela ils répondent que « le Nutriscore n’interdit la consommation d’aucun aliment».  Alors que ce n’est juste pas le propos.

Les chiffres le montrent, nombre de Français souhaitent savoir ce qu’ils mangent, il y a une réelle utilité à cela. Laisser le libre choix aux industriels de mettre ou non un repère nutritionnel, c’est donc leur laisser prendre le risque de voir les consommateurs aller vers ceux qui en affichent un. Ne pas rendre obligatoire Nutriscore, c’est la possibilité de voir un autre système, peut-être plus efficace, prendre les devants. C’est peut-être ça aussi qui dérange.

En fait, le réel souci que pose l’obligation du Nutriscore est symptomatique de la volonté de maintenir un statu-quo institutionnalisé et de considérer que la Science sur laquelle reposent les investissements de l’État en matière de santé publique depuis plus de 20 ans est juste et surtout optimale pour tous.

C’est considérer que les bases théoriques sur lesquelles repose le système d’étiquetage sont fiables, alors que comme on l’a vu, celui-ci pose un malus sur un produit comportant des acides gras saturés malgré toute une littérature scientifique qui ne va pas dans ce sens.

L’épidémiologie nutritionnelle guidant les recommandations sur lesquelles le Nutriscore repose a très certainement un rôle à jouer en santé publique, mais ce n’est pas en faisant la propagande d’un système caduque, et encore moins en réclamant l’obligation de ce dernier qu’elle rendra service à chacun. Quant à vouloir contrôler la vie des citoyens afin de lutter contre le changement climatique, cela se passe de commentaire.

  1. Le Nutriscore pour faire simple, repose sur une méthode de calcul basé sur la composition nutritionnelle du produit. Plus ce dernier contient certains facteurs à limiter (tels qu’un fort apport calorique, une teneur élevée en sucre, en sel ou en graisses saturées), plus son score global sera défavorable. Ce score sera ensuite associé à une lettre (allant de A à E) pour un affichage plus lisible sur le produit.
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