AVC : encore un coup des graisses saturées ?

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Le 29 octobre, c’est la journée mondiale dédiée à l’Accident Vasculaire Cérébral (A.V.C), et parce qu’une personne sur six en France aura un A.V.C au cours de sa vie, cette pathologie requiert toute notre attention.

Par Brice Gloux. 

L’accident vasculaire cérébral est défini par l’O.M.S comme « le développement rapide de signes cliniques localisés ou globaux de dysfonction cérébrale avec des symptômes durant plus de 24 heures pouvant entraîner la mort, sans autre cause apparente qu’une origine vasculaire ».

Il s’agit donc d’une perturbation de la circulation sanguine au niveau d’une ou plusieurs zones du cerveau, altérant ainsi différentes fonctions. On distingue deux types d’accidents :

  • l’A.V.C dit ischémique (environ 80 % des cas), qui survient lorsque l’un des vaisseaux sanguins est obstrué, notamment par un caillot (c’est pour ça que l’on parle aussi d’infarctus cérébral) ;
  • l’A.V.C dit hémorragique, lorsque le sang s’écoule en dehors du vaisseau, suite à la rupture de ce dernier.

Première cause de handicap acquis de l’adulte, il est aussi la troisième cause de mortalité en France, et la première chez la femme, avec près de 33 000 décès chaque année. Aussi, une majorité des personnes touchées garde des séquelles neurologiques plus ou moins importantes au niveau de la motricité (avec risque d’hémiplégie), du langage, de la sensibilité corporelle ou visuelle. Et si 75 % des personnes atteintes d’un A.V.C ont plus de 75 ans, 10 % d’entre elles en ont moins de 45. Autrement dit, ce n’est certainement pas le jour où l’on coche la case senior qu’il faudrait s’en inquiéter.

Les facteurs de risques

En 2010, le journal Lancet a publié une importante étude (INTERSTROKE) portant sur les facteurs de risque d’un A.V.C dans la population non atteinte d’hypercholestérolémie familiale. Les auteurs de cette étude « ont suggéré que 10 de ces facteurs étaient associés à près de 90 % des risques d’A.V.C ». Aussi, ils ont pondéré chaque facteur selon leur prévalence (c’est-à-dire le nombre de personnes qui présentent les divers facteurs de risque), en attribuant à chaque fois la part de risque.

 

 

Facteur de risque (1) Part de risque
Hypertension 51,8 %
Absence d’activité physique 28,5 %
Rapport tour de taille/hanches 26,5 %
Ratio ApoB/ApoA-1 24,9 %
Tabac 18,9 %
Mauvaises habitudes alimentaires 18,8 %
Antécédents cardiaques 6,7 %
Dépression 5,2 %
Diabète 5 %
Stress 4,6 %
Consommation d’alcool 3,8 %

 

Ainsi, en ciblant la plupart de ces facteurs, on peut considérablement réduire le risque de survenue d’un A.V.C. Avant d’être traitée médicalement, l’hypertension peut éventuellement être améliorée par une meilleure hygiène de vie. Hygiène qui inclut certains autres risques comme :

Qu’il s’agisse de l’arrêt du tabac ou de la diminution de la consommation d’alcool, aussi difficile que cela peut être, on le comprend. Pratiquer une activité physique régulière, même chose : ne pas rester assis dans un fauteuil toute la journée est déjà une bonne chose ; sortir dehors au moins 30 minutes chaque jour, c’est encore mieux. Pour ce qui est de « l’alimentation équilibrée », là déjà, on touche à ce que je nommais déjà la dernière fois une pensée magique. Mais on y reviendra plus tard, intéressons nous d’abord au ratio ApoB/ApoA-1.

Apolipo ? Quèsaco ?

ApoB & ApoA-1 sont les abréviations de deux protéines distinctes : l’apolipoprotéine B et l’apolipoprotéine A1. Une apolipoprotéine est une protéine permettant, entre autres, de maintenir la structure d’une lipoprotéine. Et les lipoprotéines, vous en connaissez certainement au moins deux :

  • le HDL (pour High Density Lipoprotein – ou lipoprotéine de haute densité ), structuré en grande partie par les ApoA-1 ;
  • le LDL (pour Low Density Lipoprotein – ou lipoprotéine de basse densité ), que certains charlatans appellent encore le mauvais cholestérol, et qui contient des ApoB.

Bien qu’elles soient essentiellement présentes dans les LDL, d’autres lipoprotéines (VLDL et IDL(2)) contiennent aussi des ApoB.

Source photo d’écran https://www.youtube.com/watch?v=wiVFtRlObZk

Si ces deux apolipoprotéines sont mises en avant, c’est parce que les auteurs de l’étude INTERSTROKE ont pu une nouvelle fois observer que « le ratio ApoB/ApoA-1 était un meilleur prédicteur de l’AVC ischémique que le ratio du cholestérol non HDL au cholestérol HDL ». C’est entre autres pour cela qu’un médecin prescrit d’abord un bilan lipidique pour avoir une première vision globale, avant de demander en fonction du résultat obtenu le dosage des apolipoprotéines A-1 et/ou B.

Attention au gras. Ou pas

Lorsque l’on s’intéresse aux messages de prévention hygiéno-diététique permettant de réduire le risque d’AVC, il est donc recommandé de manger « équilibré ».

Sur le site de la fondation-recherche-AVC, l’équilibre de l’alimentation passe par les fruits et les légumes, et la réduction du sel et des graisses. On peut aussi prendre l’exemple d’Ameli, qui suggère en premier lieu que pour un « pour un régime alimentaire équilibré, il faut éviter une alimentation trop riche en graisses ». Même topo sur le site de la fédération française de cardiologie, qui considère que l’alimentation équilibrée se résume en deux points : la régularité et la diversité. Pour qui pour quoi ?

On a le droit à quelques règles simples, comme la portion de cinq fruits/légumes par jour évidemment, qui arrive juste avant la limitation de la consommation de graisses, surtout saturées. Et ce dernier point est d’autant plus intéressant, puisqu’il permet de faire un premier lien vers une étude sortie le 1er octobre dernier. Dans cette méta-analyse d’études prospectives, les auteurs concluent qu’ « un apport plus élevé en graisses saturées alimentaires est associé à une diminution du risque global d’AVC », ce qui va dans le sens d’une des conclusions de la vaste étude nutritionnelle PURE qui avait fait grand bruit il y a deux ans : « Un apport plus élevé en gras saturés était associé à un risque plus faible d’accident vasculaire cérébral ». À l’inverse des recommandations donc.

Ainsi, nous avons des études qui montrent qu’un haut taux d’acides gras saturés n’est pas associé à un plus grand risque d’A.V.C. Nous avons aussi des études montrant qu’un faible taux d’acides gras saturés augmente le risque d’A.V.C ischémique (la dernière étude à ce sujet est parue à la rentrée, bien que cela ait déjà été auparavant documenté). Si nous considérons maintenant que l’hypothèse lipidique selon laquelle la consommation de graisses saturées entraîne les maladies cardiovasculaires et/ou ici cérébrovasculaires est fausse, on peut raisonnablement douter du conseil diététique qui voudrait que l’on mange moins de graisses saturées, d’autant plus si c’est risqué.

Et pour en revenir aux facteurs de risque précédemment cités, c’est d’autant plus intéressant que le ratio ApoB/ApoA-1 est, plutôt qu’un rapport sur le cholestérol, un puissant indicateur de la résistance à l’insuline, donc reliée au sucre. Et si il ne s’agit que d’une association, plusieurs études la relèvent néanmoins.

Enfin, dans cet article de 2017, les auteurs concluent que :

« De nombreuses études ont démontré que l’insulinorésistance (IR) joue un rôle critique dans le développement de l’AVC ischémique, notamment via  les mécanismes suivants :

-L’IR peut accélérer l’apparition de l’athérosclérose et faciliter la survenue d’un A.V.C ischémique ;

-L’IR favorise les troubles hémodynamiques dans l’AVC ischémique ;

-L’IR améliore l’adhérence, l’activation et l’agrégation des plaquettes associées à l’AVC ischémique ;

-L’IR amplifie le rôle des facteurs de risque dans l’AVC ischémique ;

-Des études cliniques et des recherches fondamentales ont démontré que l’amélioration de l’IR peut être une mesure utile pour prévenir ou retarder l’AVC ischémique. »

Alors, quoi faire ?

Les régimes minceurs, sauveurs, détox sont légion sur la toile. Ajoutez à cela des études contradictoires (à voir, la vidéo d’Hygiène Mentale à ce sujet), parfois effectuées par des scientifiques idéologiquement biaisés, le plus souvent portées par des journalistes qui n’y comprennent rien, le tout lu par des internautes qui ne s’intéressent le plus souvent qu’aux titres, voire aux chapôs des articles (mais qui ont tout de même un avis tranché sur la question), et cela peut vite devenir compliqué pour qui cherche à s’y intéresser davantage.

De plus, les fake news ne sont pas seulement l’apanage d’Élise Lucet, puisqu’elles pullulent malheureusement aussi dans l’univers de la nutrition et de la santé. Certaines volontaires, dans le but de discréditer le camp adverse (tant chez les carnivores que chez les vegan par exemple) ; d’autres, par ignorance, ou par déni (coucou l’homéopathie), afin de maintenir ses propres croyances.

Et le low-carb n’est évidemment pas épargné. Dernièrement, ce ne sont ni plus ni moins que Henry Joyeux (grand inventeur du régime « cétonique ») et Thierry Casasnovas qui se sont attelés à faire valoir les bienfaits miraculeux du régime cétogène, accompagnés évidemment d’un défilement de bullshit à la pelle – tout du moins dans les vidéos du second ; parce qu’il faut pas déconner, je n’ai pas payé cinq euros pour entendre les élucubrations du premier.

Ainsi, si j’écrivais plus haut qu’il est tout à fait raisonnable de douter du conseil diététique qui voudrait que l’on mange moins de graisses, il est tout aussi raisonnable de douter de ceux qui remettent au cause certains dogmes bien établis, surtout sur Internet, notamment lorsque cela est fait par certains gourous et autres charlatans.

Néanmoins, à qui veut chercher, les pistes existent et avancent sérieusement pour le low-carb, et préférer le gras au sucre comme base énergétique est, au moins d’un point de vue évolutionnaire, loin d’être une ineptie, et pourrait être dans la prévention des AVC une bonne piste pour diminuer un facteur de risque essentiel, l’insulinorésistance.

 

 

(1) Ces facteurs de risques étant également associés les uns aux autres, cela explique pourquoi leur somme dépasse les 90 %.

(2) VLDL pour Very Low Density Lipoprotein – lipoprotéine de très basse densité

& IDL pour Intermediate Density Lipoprotein – lipoprotéine de densité intermédiaire.

(3) Il n’est pas nécessaire de courir chez le médecin demain pour demander un dosage de ce ratio, il y a pour eux des recommandations à ce propos.

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