La folle politique énergétique du gouvernement

A worthy fool by boxlace (CC BY-NC-ND 2.0) — boxlace , CC-BY

Une politique contradictoire veut « en même temps » diminuer les émissions de CO2 en supprimant les moyens qui n’en émettent pas et en développant ceux qui en émettront indirectement.

Par Michel Gay.

Depuis 20 ans, en France et en Europe, une folle politique de l’énergie conduit à un insupportable gaspillage financier dans les énergies dites « renouvelables ».

Une politique schizophrène

Cette politique contradictoire veut « en même temps » diminuer les émissions de CO2 en supprimant les moyens qui n’en émettent pas (le nucléaire) et en développant ceux qui en émettront indirectement (éoliennes et panneaux solaires) par l’intermédiaire des centrales à gaz et à charbon (comme en Allemagne).

Elle veut augmenter le pouvoir d’achat en diminuant la compétitivité de l’économie.

Elle veut améliorer la biodiversité en recouvrant la France d’éoliennes et de panneaux solaires alors que le nucléaire encombre 100 ou 500 fois moins de surface et consomme dix moins de matériaux (cuivre, béton, ferraille…) pour une même production d’électricité.

Pourtant, les éoliennes et les panneaux solaires promus depuis plus de 20 ans appartiennent à une époque révolue où des imposteurs ont pu faire croire que des technologies nouvelles pourraient remplacer les énergies issues du pétrole et du nucléaire, et que la promotion du « développement durable » permettrait une croissance harmonieuse.

Plus dur sera le réveil… après l’engourdissement du confinement. Entre ceux qui veulent changer le monde et ceux qui veulent en profiter pour s’enrichir indûment, les thuriféraires des énergies renouvelables promettent aux uns un monde plus propre et local, aux autres des bénéfices renouvelables et exportables.

Leurs promoteurs et le gouvernement font croire qu’elles produisent une électricité sans émissions de gaz à effet de serre, suffisante, bon marché grâce aux subventions, et sans impact sur les écosystèmes.

Tout se passe dorénavant comme si le développement des énergies « renouvelables » intermittentes et fatales reposant sur le vent et le soleil était devenu un devoir moral qui s’impose…« quoi qu’il en coûte » !

Quelle stratégie ?

La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) du gouvernement veut diviser par deux d’ici 2050 la consommation d’énergie, sans même en avoir mesuré les graves implications économiques et humaines.

Prévoir une forte diminution de l’industrie sans avoir pris conscience des conséquences stratégiques de cet affaiblissement est criminel.

Et qui sera d’accord avec la SNBC pour habiter dans des logements collectifs toujours plus petits dans une concentration urbaine toujours plus poussée, et en supprimant les maisons individuelles ?

Selon la SNBC, le développement de l’éolien et du photovoltaïque pour la production d’électricité doit continuer coûte que coûte, alors que ces sources de productions intermittentes coûtent déjà aux Français chaque année sept milliards d’euros ! Et en plus, elles ne diminuent aucunement les émissions de CO2, notamment lorsqu’elles remplacent du nucléaire obligé par la loi de diminuer sa production !

Et cette gabegie durera au minimum encore pendant une vingtaine d’années pour satisfaire les décisions de subventions qui ont déjà été prises pour aider indûment ces deux modes de production d’énergie.

Mais ce n’est pas assez !

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que la ministre de l’Écologie Elisabeth Borne vient de signer en catimini le 21 avril 2020 après une consultation publique de façade, prévoit non seulement de doubler ou tripler la capacité éolienne et photovoltaïque, mais aussi d’arrêter des réacteurs nucléaires en parfait état de fonctionnement.

Cela coûtera aux Français de 7 à 10 milliards d’euros de plus par an.

L’objectif de réduire les émissions de CO2 sans se ruiner serait pourtant simplement atteint en développant le potentiel nucléaire de la France et en supprimant l’éolien et le photovoltaïque.

Mais le puissant lobby financier des énergies éoliennes et solaires, qui à l’oreille du gouvernement, ne l’entend pas du tout ainsi…

Grenelle de l’environnement, débat public, conférence citoyenne, etc., tout est fait apparemment pour faire vivre la démocratie. Mais c’est une démocratie de façade.

En effet, tout cela est vain tant que la population est mal informée (69 % croient que le nucléaire émet du CO2), et tant que l’État n’aura pas chiffré (et publié) les dépenses de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an causées par les délirants objectifs fixés.

Ce gaspillage est encore plus criminel dans la période difficile qui s’annonce.

De plus, un mode de production non pilotable, aléatoire, et fatal (comme l’éolien et le solaire) ne rend pas le même service aux consommateurs qu’un mode pilotable. Un ascenseur et un ordinateur ne peuvent pas fonctionner uniquement quand il y a assez de vent ou de soleil.

Le service rendu n’étant pas le même, comparer les coûts en sortie de dispositif de production revient à comparer des choux et des carottes. Il faudrait ajouter tous les coûts du système de production (réseau, stockage, ajustement de la fréquence) pour les modes non pilotables, ce qui change beaucoup les coûts globaux !

Les antinucléaires mettent souvent en avant des arguments techniques qui ne sont pas fondés, ou mal mis en perspective, et ils sont pourtant écoutés !

Pourquoi un tel hiatus entre les faits et leur perception par l’opinion ?

La réponse inclut pour une large part le manque de pédagogie du milieu médiatico-politique qui préfère jouer sur les émotions plutôt que sur les explications rationnelles et techniques. C’est beaucoup plus facile, racoleur et vendeur, y compris pour se faire élire ou réélire…

Ainsi, selon des déclarations malveillantes, la centrale de Fessenheim serait dangereuse car située en zone sismique, vulnérable aux inondations, aux actes de malveillance aérienne, fragilisée par des microfissures dans la cuve…

Il y a en France une entité qui s’appelle l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) chargée de déterminer si ces risques sont correctement appréciés et gérés, puis de délivrer, ou non, des autorisations de fonctionnement.

En l’occurrence, l’ASN a dit que Fessenheim était une centrale sûre qui n’avait pas de raison technique d’être retirée du service « L’installation se situe favorablement par rapport à la moyenne nationale dans les domaines de la sûreté et de l’environnement ».

Donc, quand madame Wargon, Secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, invoque des arguments techniques pour fermer Fessenheim, elle se considère plus compétente que l’ASN !

Soit Fessenheim est réellement dangereuse et il faut alors dissoudre l’ASN pour incompétence.

Soit l’ASN fait correctement son métier, et alors les personnes qui présentent des arguments techniques non retenus par l’ASN sont des imposteurs.

Aux États-Unis, la quasi-totalité des réacteurs en fonctionnement (qui sont du même type que nos réacteurs français) ont été autorisés à fonctionner durant 60 ans, et certains exploitants ont commencé à constituer des dossiers pour poursuivre jusqu’à 80 ans.

Quand des militants d’ONG ou des politiques invoquent l’âge comme argument pour fermer une centrale nucléaire, c’est une imposture. Un président, ministre ou secrétaire d’État peut être un imposteur. Madame Wargon n’est pas la seule.

Réduire à 50 % la part du nucléaire ?

Ce chiffre rond et arbitraire est sorti du chapeau de François Hollande pendant la campagne de 2012 car il avait besoin de séduire les partis Verts, dont la colonne vertébrale est constituée par l’opposition au nucléaire. Hollande a donc promis une sucette qui était de diminuer la part du nucléaire.

La bonne question est de savoir si baisser ou augmenter la place du nucléaire dans la production électrique améliore l’avenir des Français ou non.

Une baisse délibérée du nucléaire par mise à l’arrêt de réacteurs en parfait état de marche, ou en ne les renouvelant pas, augmente les risques pour l’avenir car diversifier n’est pas une fin en soi si le résultat est mauvais.

Couper l’une des deux jambes de chaque Français pour la remplacer par une prothèse aura incontestablement diversifié leurs appuis.

Pour autant, une diversification n’est bénéfique qu’en remplaçant la partie supprimée par quelque chose de mieux. Cela renvoie aux avantages et inconvénients respectifs du nucléaire et des autres modes de production de l’électricité.

Si le nucléaire est le meilleur mode de production de l’électricité disponible, il n’y a aucun intérêt à faire baisser sa part.

Nucléaire et environnement

Si « agir pour l’environnement » consiste à minimiser l’impact humain sur la nature, alors le nucléaire est une option à favoriser au détriment de ses concurrents dits « renouvelables » ou fossiles.

Le nucléaire constitue un matelas amortisseur de choc. Il n’évitera pas les efforts qui devront être faits dans de nombreux domaines (mobilité, alimentation, consommation,…) si les combustibles fossiles venaient à diminuer ou à devenir très onéreux, mais il permettra de garder plus de « confort moderne ».

En effet, baisser les émissions de CO2 consiste essentiellement à perdre du pouvoir d’achat. Et le nucléaire permettra d’atténuer cette baisse.

Si, pour un  investissement donné, l’éolien et le solaire (avec stockage et réseau adapté) produisent moins d’électricité que le nucléaire, alors la production économique baisse, et le pouvoir d’achat aussi. Avec l’énergie nucléaire, la chute sera moins rapide et le choc moins sévère.

Le contre-exemple de l’Allemagne

L’Allemagne a une politique énergétique résolument antinucléaire et, par intérêts, pousse la France à aller dans le même sens. Mais l’Allemagne veut conserver son industrie lourde (très émettrice de CO2), et elle donne la priorité au charbon national et au gaz russe pour son électricité (ce qui ne permet pas de la décarboner…).

Si les Français préfèrent conserver davantage d’usines et de confort (capacités et liberté de déplacement, chauffage, nourriture, divertissements,…) sans gaz russe, ni charbon allemand et américain, alors le nucléaire est inévitable.

La fermeture de Fessenheim pour les mêmes raisons farfelues fondées sur l’obscurantisme et la peur qui conduisaient à brûler des sorcières au Moyen-Âge, va probablement obliger la France à garder plus longtemps des centrales à charbon et à gaz, et à en ouvrir de nouvelles, exactement sur le modèle allemand. La démagogie politique y gagne peut-être, mais surement pas les Français.

Les politiques et les médias devront faire preuve de beaucoup de pédagogie pour que la population commence à changer d’avis sur le sujet. Mais ce n’est pas pour demain car la volonté manque, et c’est probablement un vœu pieux.

À force de rappeler les faits, et lorsque la contrainte des dures réalités « mordra aux chevilles » (mais comment en sommes-nous arrivés là ?…), les opinions changeront sur le nucléaire.

En démocratie, il n’y a pas d’autres manières intellectuellement honnêtes de procéder, même si le mensonge et le rêve ont encore de beaux jours devant eux.

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