Convention citoyenne pour le climat : la dérive autoritaire citoyenne

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Selon les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, nos libertés publiques et nos droits civils deviendraient intégralement soumis à la préoccupation écologique.

Par Nathalie MP Meyer.

Les craintes que j’exprimais récemment sur les manœuvres de différents partis ou groupes d’opinion dans le but de faire prévaloir leur point de vue en essayant de le forcer dans le marbre réputé inaltérable de la Constitution n’ont rien de théoriques. La preuve par la Convention citoyenne pour le climat (CCC) qui adoptait ce week-end son rapport final dans lequel elle préconise notamment d’inscrire les impératifs climatique et écologique dans le texte fondateur de notre République.

Voilà qui devrait enchanter Emmanuel Macron car selon son propre projet de réforme constitutionnelle (qui attend toujours d’être débattu au Parlement), l’article 1er qui a pour objet de définir les contours fondamentaux de notre République serait complété de la façon suivante :

La République française « agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et contre les changements climatiques. »

La CCC reprend la même idée à son compte dans une formulation très semblable pour l’article 1er :

La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique.

Mais elle va encore plus loin dans la place fondamentale donnée à la protection de la planète. Voici le texte du préambule et de l’article 1er de la Constitution de 1958 en vigueur actuellement (cliquer pour agrandir) :

La CCC propose d’insérer entre les deux paragraphes actuels du Préambule la précision suivante :

La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité.

La planète d’abord, l’Homme ensuite

Autrement dit, nos libertés publiques et nos droits civils deviendraient intégralement soumis à la préoccupation écologique. La planète d’abord, l’homme ensuite : c’est le renversement du siècle.

L’évolution naturelle de la conscience écologique qui consiste à inscrire le développement de l’Homme de façon aussi harmonieuse que possible dans son environnement sans le ramener aux époques de l’insécurité vivrière est battue en brèche par l’écologie radicale, décroissante et anticapitaliste au nom de la culpabilité initiale et inexpiable de l’Homme : la maîtrise du feu, et par extension, la maîtrise progressive de l’énergie qui lui a permis de sortir peu à peu d’une trop courte vie de trop durs labeurs.

La culpabilité n’allant pas sans ses punitions et repentances, nous voilà maintenant avec les 149 propositions la CCC sur les bras – des propositions qui ne parlent que de punir, contraindre, taxer et interdire.

Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Cette Convention a été imaginée par Emmanuel Macron à l’issue du grand débat national pour se sortir de la crise des Gilets jaunes. Ces derniers se sont mobilisés d’abord contre l’augmentation prévue (et annulée ensuite) des taxes sur les carburants et ils ont fini par réclamer le retour de l’ISF et une meilleure prise en compte des initiatives dites « citoyennes ».

Avec la Convention citoyenne pour le Climat constituée de 150 citoyens tirés au sort et largement cornaqués par un comité de gouvernance très écolo-compatible, sans doute Macron pensait-il se donner un peu de répit aussi bien du côté des revendications d’inspiration « citoyennes » que du côté des revendications climatiques qui font la une de nos journaux pratiquement tous les jours sous la photo de jolies actrices engagées ou d’adolescentes en colère.

Et ce d’autant plus qu’une sorte de convergence des luttes a fini par s’opérer entre ceux qui pensent à leurs fins de mois et ceux qui pensent à la fin du monde.

Il était dès lors évident que l’influence anticapitaliste serait à son comble au sein de la CCC, d’où la demande de taxation des dividendes (qui ont déjà subi l’impôt sur les sociétés) et la proposition de reconnaissance du crime d’écocide qui en pratique ne pourrait s’appliquer qu’aux entreprises.

De plus, la formulation de la mission confiée à la CCC par le président de la République ne pouvait que déboucher sur un catalogue de restrictions économiques et comportementales. Il s’agissait en effet de :

Définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale.

Un tel énoncé pousse évidemment à s’en remettre intégralement aux revendications de l’écologisme radical dont l’opinion publique est abreuvée sans répit depuis les conclusions alarmistes du Club de Rome sur The Limits to Growth (Les limites à la croissance, 1972) et surtout depuis que Paris a hébergé la fameuse Conférence climat qui a accouché de l’objectif de limitation du réchauffement global à 1,5 °C depuis l’ère pré-industrielle (2015).

C’est ainsi que nos conventionnels demandent par exemple l’interdiction des semences OGM selon le politiquement correct écologique en vogue chez les émules de José Bové. Une jolie façon de fermer le débat sur un sujet prometteur de progrès pour l’Homme alors que les affolantes élucubrations de l’étude de Gilles-Éric Séralini sur des rats nourris avec du maïs transgénique NK603 de Monsanto ont été complètement et définitivement invalidées.

Sans compter que le GIEC lui-même reconnaît des avantages aux pratiques d’amélioration génétique des plantes, notamment pour leur permettre de s’adapter à la chaleur et à la sécheresse. Et sans compter qu’au sein du parti Vert allemand, plusieurs élus de premier plan ont publié récemment une tribune commentée par la Süddeutsche Zeitung demandant à leur parti de repenser son attitude « trop bloquée » vis-à-vis du génie génétique et aussi en ce qui concerne l’interprétation du principe de précaution.

Faute de quoi, disent-ils, « l’avenir sera discuté sans nous. »

L’avenir sera discuté sans nous

Exactement ce qui nous attend si l’idéologie écolo-décroissante continue à bénéficier plus longtemps de la présomption de vertu dont elle est actuellement auréolée grâce à l’aimable façade présentée par les carottes bio et les gentilles Amap.

Alors que le président de la République s’était engagé dès le départ « à reprendre sans filtre » les propositions qui émergeraient de la Convention et alors qu’il était question depuis plusieurs jours d’y faire participer les Français via un référendum à questions multiples, les membres de la CCC ont finalement décidé de ne soumettre à référendum que les deux points de modification de la Constitution et le crime d’écocide.

« Pour le reste, que le pouvoir prenne ses responsabilités ! » ont décrété les conventionnels. Autrement dit, qu’Emmanuel Macron trouve un moyen de tout reprendre sans en passer par le choix des Français. Selon Le Figaro,  les « citoyens » craignaient – tenez-vous bien ! – que les propositions en rapport direct avec la vie quotidienne (limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute, fin des vols intérieurs, etc.) ne soient rejetées !

Il est toujours tristement instructif de voir combien toutes ces personnes « engagées » qui revendiquent hautement de faire valoir leurs droits de citoyen via des assises de démocratie participative les plus fréquentes et les plus larges possibles se transforment instantanément en idéologues beaucoup plus soucieux de faire triompher leurs idées que de demander leur avis à ceux qui sont concernés.

Démocratie participative ou autoritarisme ?

Résumons : soumission de notre Constitution à l’impératif écologique et climatique, fin de non recevoir sur la question des OGM, déni de référendum par crainte que certaines propositions soient rejetées – nos « citoyens » tout émoustillés de faire vivre la démocratie participative n’ont pas mis longtemps à sombrer dans l’autoritarisme de qui sait mieux que vous ce qu’il vous faut et ce que vous devez faire.

D’ailleurs, à votre avis, pourquoi demandent-ils une régulation générale de la publicité ? « Pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation ». Eh oui, chers lecteurs ! Sachez que vous, moi et tous les autres, à l’exception des 150 esprits libres et citoyens de la CCC, sommes absolument incapables de faire nous-mêmes nos choix de vie. Nous sommes des imbéciles facilement impressionnables et influençables qu’il faut impérativement encadrer du matin au soir et de la naissance à la mort.

De ce point de vue, une vraie réussite, la Convention citoyenne pour le climat. Ça promet.

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