Covid-19 : à quand le ciblage du syndrome métabolique ?

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Plusieurs chercheurs font état d’un « important lien direct entre le métabolisme, le système endocrinien et le processus de la maladie virale ».

Par Brice Gloux.

« La présence d’une ou de plusieurs comorbidités liée à la contraction d’une forme grave de coronavirus, et plus généralement l’augmentation constante du nombre de personnes en surpoids ou obèses dans notre pays ne peut nous laisser sans réaction. C’est pour cela que j’ai décidé de rendre obligatoire le Nutriscore sur tous les emballages en plus des supports publicitaire. »

Rapporteur du projet sur la taxe soda et favorable à l’obligation du Nutriscore, c’est peut-être par ces mots qu’Olivier Véran renforcera le projet de loi annonçant une énième restriction des libertés dans quelques mois.

Bien évidemment pour le moment ça n’est pas la priorité, puisque qu’après la sortie de crise sanitaire, il faudra certainement faire face à une crise hospitalière. Crise où le sempiternel « manque de moyens » viendra faire écho dans l’organisation pragmatique et simplifiée du Cerfaland.

Pour en revenir à la citation du départ, si elle n’est peut-être qu’un mauvais présage, les faits présentés sont eux bien réels. Car malgré la multiplication des Plans Santé depuis une vingtaine d’années, près d’une personne sur deux en France est en surpoids.

Quant aux facteurs de risques liés au Covid-19, Santé publique France a déclaré lors de son deuxième point épidémiologique du 2 avril que « 62 % des 1325 cas répertoriés lors de cette surveillance présentait au moins une comorbidité ».

Près d’une personne sur quatre avait un diabète connu, et une personne sur cinq une pathologie cardiaque. L’obésité n’est pas en reste puisque Yazdan Yazdanpanah, de l’hôpital Bichat à Paris, constatait que : « Plus de 80 % des moins de 50 ans qui se trouvent en réanimation chez nous à cause du Covid-19 sont dans ce cas ».

Des comorbidités que l’on retrouve également dans les autres pays

Le CCDC (Centre chinois de contrôle des maladies) présentait le 17 février dernier une étude portant sur 72 314 cas. Si 0,9 % de personnes ne présentant pas de comorbidités constatées sont décédées, on observe que le taux de décès est de 6,0 % pour les personnes souffrant d’hypertension, 7,3 % pour les personnes atteintes d’un diabète et 10,5 % pour les personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires.

En Italie, sur les 3200 personnes décédées jusqu’au 19 mars 2020, 1,2 % ne présentait pas de comorbidités, tandis que 23,5 % en avait au moins une. Aussi 73,8 % souffraient d’hypertension, 33,9 % de diabète, et 30,1 % de cardiopathie ischémique.

Aux États-Unis enfin, une étude préliminaire établissait que sur les données de 7162 personnes atteintes du Covid-19, 37,6 % présentait au moins un facteur de risque. Le diabète (10,9 %), les maladies respiratoires chroniques (9,2 %) et les maladies cardiovasculaires (9,0 %) étaient les affections les plus fréquemment signalées. Ces chiffres ne disent pas grand-chose puisque ces affections sont, malheureusement, communes dans le pays : « On estime que 10,1 % des adultes américains souffrent de diabète, 10,6 % de maladies cardiaques et 5,9 % de maladies respiratoires chroniques ».

Néanmoins, les chercheurs ont découvert que 78 % des patients admis en unité de soins intensifs avaient au moins un problème de santé sous-jacent : notamment le diabète (observé chez 32 % des patients), une maladie cardiovasculaire (29 %) ou une maladie respiratoire chronique (21 %).

C’est dans ce contexte qu’une étude est parue dans Nature le 2 avril dernier, dans laquelle les chercheurs font état d’un « important lien direct entre le métabolisme et le système endocrinien et le processus de la maladie virale ». Pour cela ils s’appuient sur différents points.

— Une étude de 2006 concluait que des antécédents connus de diabète et d’hyperglycémie étaient des prédicteurs indépendants de la mortalité et de la morbidité chez les patients atteints du SRAS. L’une des hypothèses était que cela pouvait être du au fait que ces patients présentent un état inflammatoire les prédisposant à une libération accrue de cytokines. Or, dans le cas qui nous intéresse, le Covid-19 produit un choc cytokinique dans la dernière phase de la maladie, entraînant la défaillance de plusieurs organes.

— Le second point met en jeu la fragilisation du système immunitaire en lien avec l’inflammation métabolique. Une étude chez des souris démontre un dysfonctionnement prolongé de la réponse immunitaire face au MERS-CoV, dans le cas où ces dernières présentaient un diabète de type2.

— Un troisième point est en lien avec les récepteurs auquel se lie le coronavirus pour entrer dans la cellule, les récepteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2). Les auteurs reprennent l’hypothèse d’une autre étude du 11 mars dernier selon laquelle l’expression de ces récepteurs serait augmentée chez des patients traités pour de l’hypertension ou un diabète, et ils seraient donc plus susceptibles d’offrir au virus une porte d’entrée dans la cellule.

Les auteurs concluent que si : « le COVID-19 n’est pas une maladie métabolique en premier lieu, le contrôle métabolique du glucose, des taux de lipides et de la pression artérielle est essentiel chez les patients atteints. Cette approche est importante pour traiter les complications métaboliques et cardiovasculaires bien établies de cette comorbidité primaire. De plus, le contrôle efficace de ces paramètres métaboliques pourrait représenter une approche spécifique et mécaniste pour prévenir et améliorer les effets aigus de ce virus en réduisant la réponse inflammatoire locale et en bloquant son entrée dans les cellules. »

Il va de soi que dans le contexte actuel, la priorité est de tenter de soigner du mieux possible les personnes déjà atteintes. Toutefois, dans le cadre d’une levée de confinement, progressive ou totale, il paraîtrait judicieux de mettre en avant la prévention du syndrome métabolique. Car il ne s’agit pas ici d’éviter la contamination, encore moins de donner un remède miracle contre le Covid-19, mais bien de prévenir le risque de complications importantes lié à celui-ci.

Ce syndrome métabolique n’est pas à proprement parler une maladie. Il se définit plutôt comme l’addition de certains troubles métaboliques, à savoir un tour de taille élevé associé à au moins deux des critères suivants :

  • un taux élevé de triglycérides : égal ou supérieur à 1,7 mmol/L, (150 mg/dL).
  • un faible taux de HDL : inférieur à 1,03 mmol/L (40 mg/dL) chez un homme et à 1,29 mmol/L (50 mg/dL) chez une femme.
  • de l’hypertension artérielle : supérieure ou égale à 130 mmHg pour la pression artérielle systolique et à 85 mmHg pour la pression artérielle diastolique.
  • un taux élevé de glycémie veineuse : égale ou supérieure à 5,6 mmol/L (100 mg/L).

Parfois encore appelé syndrome de résistance insulinique, il est fortement associé au risque de diabète, de maladies cardiovasculaires ou encore d’accident vasculaire cérébral. Et donc prévenir ce risque, essentiellement par l’alimentation, c’est limiter le risque de complications associé au Covid-19, et par conséquent, c’est limiter l’engorgement dans les unités de soins intensifs. Cette prévention, au demeurant utile en toute circonstance, s’avère donc primordiale dans le contexte sanitaire actuel.

L’importance de la prévention

Cette prévention, l’État, au travers des différents plans et autres politiques de santé publique, s’en porte le garant depuis une vingtaine d’années. Pourtant, au regard de la prévalence en constante augmentation d’un certain nombre d’affections, malgré toute la bonne volonté de ceux qui les conduisent, difficile de ne pas admettre que ces politiques sont un échec. Et malheureusement les chiffres de comorbidité du Covid-19 nous le rappellent.

Préférant s’enfermer dans des principes nutritionnels non fondés qu’il martèle à l’envie, préférant être dans le respect des normes et du cadre en vigueur plutôt que de sauver des vies, il fait payer aux citoyens son addiction cerfaïque et son centralisme boulimique. Alors si votre santé et celle de vos proches sont une priorité, rappelez-vous toujours que pour l’État ça n’est pas le cas. Dans ces conditions, le mieux est de s’en libérer, et de penser par soi-même pour se protéger.

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