SNCF : les grévistes s’occupent de vos vacances

DSC_2408s by Hervé(CC BY-SA 2.0) — Hervé, CC-BY

Ce n’est pas de votre retraite dont il est question, mais d’un concept fumeux auquel personne ne comprend absolument rien, à part que cela vous coûtera cher toute votre vie durant et que vous n’en aurez pas pour votre argent.

Par Olivier Maurice.

Ce sera donc le grand bazar.

Un minuscule noyau de cheminots totalement déconnectés du monde réel a décidé de créer une gigantesque pagaille sur les quais de gare et de gigantesques embouteillages pour les fêtes de fin d’année. Il n’y aura pas de trêve de Noël. 1 TGV sur deux, 1 Inter-Cité sur 4 rouleront.

13,3 % du personnel de la SNCF est en grève. 65 000 personnes bloquent 67 millions de personnes et ces 67 millions regardent ce 0,1 % de privilégiés les bras ballants, résignés, dégoûtés. Personne ne fait rien. On râle, mais on ne fait rien. On attend que ça cesse, comme on attend que cesse un orage ou un coup de fatigue.

Une microscopique minorité fait régner la terreur sur le pays. Cette terreur ambiante est devenue habituelle, presque banale. La peur est devenue la norme.

Le pays vit dans la débrouille. Encore une fois. On espère que l’on sera tiré au sort et que l’on fera partie de ces chanceux qui pourront voyager en train. Si on arrive à aller jusqu’à la gare, vu qu’il n’y a pas de métros non plus. On attend sagement la distribution des tickets de rationnements. On va ressortir les gazogènes, on va manger des topinambours et des rutabagas pour les fêtes.

Décidément, les Français ne se sont pas remis de l’Occupation. À peine sortis de la pénurie imposée, ils ont voté massivement et résolument pour la pénurie choisie. À peine libérés du socialisme à moustache autrichienne, ils se sont précipités dans le socialisme à moustache géorgienne.

Dès la Libération, le système a été verrouillé pour mettre en place les fondations d’une dictature du prolétariat et a entériné la prise de pouvoir par les partis et les syndicats. Le socialisme noir ayant été déclaré hors la loi, on s’est jeté massivement dans le socialisme rouge ; après la dictature totalitaire et expansionniste à 60 millions de morts était venu le temps de la dictature totalitaire et expansionniste à 100 millions de morts.

Sauf que cette fois-ci, il ne faut pas espérer voir surgir la France libre. Les 400 000 Français actuellement réfugiés à Londres ne sont pas les 27 000 qui avaient rejoint le Général de Gaulle à la fin de l’année 1940. Pourquoi ceux-ci reviendraient-ils dans un pays qui hait autant les riches et tous ceux qui ont l’infime espoir de le devenir peut-être un jour ?

L’ombre de la révolution

Depuis 75 ans, la France vit dans la terreur d’une révolution prolétarienne larvée qui empêche toute réforme, toute évolution, tout progrès : dès que le pays dérive un tant soit peu dans le capitalisme, les héros de la lutte des classes viennent sauver la classe ouvrière des dérives du complot bourgeois mondialisé !

Ne riez pas, ces gens croient vraiment et sincèrement à ce baratin d’un autre siècle et à leur destin de martyr du peuple, de messie du prolétariat, de héros des masses oubliées.

Peu leur en coûte que le concept de « capitalisme » soit l’invention d’un économiste raté souffrant d’un gigantesque complexe d’infériorité, peu les dérange que leurs icônes vénérées soient des criminels nageant dans le sang de leurs victimes, peu leur importe que rien ne différencie la discrimination par classes sociales de celle par race, par confession ou par couleur de peau. Le monde est pour eux d’un manichéisme enfantin : il y a d’un côté les méchants bourgeois et d’un autre les gentils travailleurs et ils sont donc forcément dans le Camp du Bien.

D’ailleurs, s’ils font tout cela, c’est pour les autres, sans aucune arrière-pensée, sans aucun calcul, par pure abnégation, par don de soi à la Cause… la fin justifie les moyens.

On aura beau leur répéter 100 000 fois que toute cette histoire à laquelle ils croient dur comme fer n’est qu’un ramassis de mensonges et de manipulations organisée par une clique de psychopathes, ils continueront à nous ressortir leurs histoires à dormir debout de « progrès social obtenu de haute lutte », comme si Che Guevara avait inventé l’automobile et construit les autoroutes leur permettant de partir en vacances, comme si Mao Tsé-Toung avait inventé l’agronomie moderne ayant multiplié par 10 ou par 100 les rendements agricoles et permis aux gens de faire autre chose de leur vie que de retourner de la terre toute la journée, comme si Staline avait créé le cinéma, la télévision, Internet, les téléphones portables, les jeux vidéo, la photographie numérique, la musique, Netfix et Amazon.

La bouteille à l’encre

Et si encore on y comprenait quelque chose à cette réforme. Si on comprenait quelque chose au système de retraite tout entier, on pourrait peut-être comprendre l’action des syndicats.

Mais non, la retraite ne vous appartient pas, ce n’est pas votre retraite : c’est un droit. Donc exit, vous n’avez pas à vous en mêler. Ce n’est pas à vous de vous en occuper. Ce n’est pas vous qui choisissez, on décide pour vous.

On décide tout pour vous.

On a beau nous parler de salaire différé, d’acquis, de cumul de points… tout ce baratin ne changera pas la réalité : la retraite est une aumône dont le montant a été décidé en haut lieu et dont vous découvrirez un beau jour le montant sur un joli courrier-type de l’administration. Un paquet cadeau. Enfin plutôt une pochette surprise dont il faudra vous contenter : 1472 euros brut par mois en moyenne.

Et pour avoir acquis ce droit (la retraite est une notion juridique un peu particulière de droit que l’on acquiert en payant toute sa vie, un droit acheté en quelque sorte, un peu comme les charges exercées par les agents administratifs sous l’ancien régime), il faudra non seulement compter sur les autres, mais avoir aussi contribué toute sa vie pour les autres.

Décidément, ce n’est pas de votre retraite dont il est question, mais bien d’un concept fumeux, technocratique et idéologique auquel personne ne comprend absolument rien, à part que cela vous coûtera cher toute votre vie durant, que vous n’en aurez au final pas pour votre argent et qu’il vous faudra le prendre tel qu’on aura bien voulu vous le donner.

Ce que l’on comprend par contre, c’est que l’on récupérera en fin de compte un tabouret branlant alors qu’on vous a expliqué que vous aurez un magnifique canapé cinq places.

On parle de mise en place du nouveau régime pour ceux nés en 1963, à moins que ce soit en 1968… ou bien en 1973, ou encore en 1975 ? Ou pour ceux qui prendront leur retraite au moment où ceux nés en 1977 atteindront l’âge pivot… sachant que l’âge pivot n’est pas l’âge de départ en retraite, donc ça fait un changement en deux mille … deux mille combien au fait ? 2037 ? 2042 ?

D’ici à ce que l’on parte en retraite, toute cette usine à gaz incompréhensible aura de toute façon encore eu le temps de changer un nombre incalculable de fois.

Les joies du collectivisme

Vous imaginez des personnes faire un cortège dans la rue parce que Renault a annoncé qu’il allait changer le prix de ces voitures en 2037 ? Vous imaginez qu’on vous bloque l’accès à la gare et aux aéroports parce qu’Amazon a décidé de supprimer l’abonnement Prime qui vous offre la livraison gratuite contre une contribution forfaitaire ?

Non. Mais par contre, il semble communément admis de bloquer le pays tout entier dans un bras de fer entre syndicats et gouvernement pour savoir qui sera sacré « Dieu des retraites » et gagnera ainsi le pouvoir de décider à quel âge les individus ne seront plus contraints et forcés de payer la taille et la gabelle et basculeront dans la catégorie des infirmes et des indigents.

Le collectivisme a transformé la solidarité en business, un énorme business où les clients n’ont absolument aucun choix, aucune liberté, aucun droit à part celui de se taire et de subir. Un énorme business à 310 milliards d’euros, à 1400 milliards de dettes cachées des retraites des fonctionnaires, entre 10 et 17 milliards d’euros de déficit annuel prévu pour 2025.

Un énorme business qui gobe 13,8 % de la richesse nationale sans que ce transfert d’argent ne profite à l’économie, puisque par purs choix idéologiques, il a été établi une fois pour toutes qu’il était hors de question que les méchants capitalistes du monde de la finance ne mettent leurs sales doigts pleins de profits et de dividendes dans le magot des prolétaires.

Les jours heureux

Donc exit les impôts payés par les fonds de pensions, exit les reversements d’intérêts payés aux cotisants, exit la concurrence qui permet à chacun de choisir une formule adaptée, exit les versements volontaires, exit l’épargne et le financement de l’économie, exit la capacité donnée à chacun de devenir actionnaire via son fond de pension et donc bien évidemment exit la disparition de cette fameuse classe bourgeoise et des non moins fameuses inégalités par généralisation du partage de la propriété et de la richesse à l’ensemble de la population…

Que deviendraient les socialismes rouge et noir si le prolétariat disparaissait, si chacun devenait actionnaire, propriétaire de son épargne, de son destin, de la façon dont il veut vivre ?

Un énorme business déficitaire et donc payé par les contribuables, comme tous les business collectivistes si nombreux dans ce pays, étant donné que par définition ce ne sont jamais les propriétaires qui paient les manquements des business collectivistes, car il n’y a pas de propriétaire.

Comme ce ne sont jamais les personnes en charge qui sont sanctionnées quand le système déraille, puisque ce sont justement elles qui sont supposées relever les fautes et donner les sanctions.

Un énorme business, bien gras et opaque sur lequel les parasites peuvent pulluler et prospérer.

Ce sera donc le bazar pour les fêtes de fin d’année. Et cela sera de nouveau le bazar dans quelques années, quand on essaiera une nouvelle fois de coller des rustines pour faire flotter une enclume.

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