Ma santé 2022 : le tout-État te tue

Il faut passer de la politique à la science, du public au privé, du collectif à l’individuel, de l’irresponsabilité à l’exigence, de la rente à la concurrence, des corps d’État inamovible au management, de l’emploi garanti à l’émulation, de la taxe à la vérité des prix.

Par Richard Guédon.

« Ma santé 2022 », c’est le nom du énième plan gouvernemental de réforme de santé discuté ces jours-ci par les parlementaires. Une fois de plus est proposée avec emphase « une vision d’ensemble et des réponses globales aux défis auxquels est confronté le système de santé français ».

Nous n’imposerons à personne le pensum d’examiner en détail ce plan, copié-collé des précédents à quelques trémolos écolo-environnementaux près. Tout le monde le sent, tout le monde le sait, ce plan échouera comme ont échoué les dizaines de plans précédents. Il échouera pour une raison simple : en santé l’État s’occupe de tout, contrôle tout, dans tous les métiers, dans toutes les dimensions.

L’État est stratège (version juin 40), chercheur, éducateur, soignant, contrôleur, assureur, préventeur, expert, État partout, État nulle part.

Fonctionnaires partout

La recherche biomédicale est l’œuvre de fonctionnaires, la formation des professionnels de santé, qualitativement et quantitativement est faite par des fonctionnaires, l’expertise scientifique est assurée par une constellation d’agences publiques soi-disant indépendantes mais en réalité totalement entre les mains de l’État qui nomme, paye, contrôle, révoque, décide.

L’hospitalisation publique gérée par des fonctionnaires représente 60 % de l’offre hospitalière dans notre pays.

L’État, par l’intermédiaire d’une assurance maladie publique gérée par des quasi-fonctionnaires, rembourse plus des trois quarts des dépenses de santé.

Les acteurs non étatiques du système de santé subsistent difficilement, étranglés par les contrôles et réglementations en tous genres : les médecins libéraux sont harcelés par les caisses d’assurance maladie, les cliniques privées sont en butte à la concurrence déloyale d’établissements publics outrageusement favorisés, les assureurs complémentaires santé sont ligotés dans les mailles d’un filet de taxes et réglementations kafkaïennes, quand ils ne sont pas désignés comme boucs émissaires d’un système dont l’État actionne tous les leviers.

Les produits de santé sont fabriqués par des entreprises privées constamment soupçonnées de profits abusifs et d’immoralité alors que c’est l’État qui décide de tout : il délivre les autorisations de mise sur le marché, fixe les prix, les taux de remboursements et jusqu’aux volumes à vendre.

Docteur État et mister faillite

Les résultats de cette brillante organisation sont édifiants :

En matière de recherche biomédicale, la Cour des comptes constate en décembre 2017 : « La recherche médicale française se place au 7ème rang de la production scientifique mondiale, avec 3,4 % des publications derrière les États-Unis (26,1 %), la Chine (8,1 %), le Royaume-Uni (6,1 %), le Japon (5,5 %), l’Allemagne (5,2 %) et l’Italie (4,3 %) ». Loin derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne et même derrière l’Italie, piteuse performance !

L’expertise scientifique fonctionnarisée est en conflit d’intérêt permanent ; un seul exemple probant : à l’heure où cet article est écrit, l’homéopathie, notoirement inactive, est toujours remboursée en France pour des raisons économico-politiques picrocholines. On le sait, les Laboratoires Boiron emploient du monde dans le fief lyonnais de M. Gérard Collomb, que les hasards de la politique ont placé un jour au cœur de l’État.

La faillite de l’hospitalisation publique française est hélas notoire : un milliard de dettes annuelles, personnel à bout, urgences débordées, grèves, surcoûts à tous les étages, gestion catastrophique par un collège de fonctionnaires tous formés dans le même moule et faisant tous leur carrière en cercle fermé.

La médecine de ville est dans un état de délabrement avancé et on voit bien qu’on s’achemine vers une quasi-disparition de la médecine générale libérale, phénomène prévisible et prévu mathématiquement depuis 30 ans. Là encore un constat de faillite sans appel malgré la création à grands frais en 2010, d’Agences Régionales de Santé pleines de fonctionnaires censés organiser l’offre de soins au niveau des régions.

L’assurance maladie publique, si elle était privée, serait en faillite depuis bien longtemps, puisqu’elle est déficitaire chaque année depuis 20 ans, sans aucune autre raison que l’incurie de ceux qui la gèrent, du haut en bas de l’échelle. Elle est responsable de l’essentiel de la dette sociale de la France qui se monte à elle seule à 10 % du PIB.

Alors qu’elle dispose d’une masse inépuisable de données de remboursements médicalisés anonymisables qui devraient donner lieu à un flux permanent de publications scientifiques, rien n’est fait. Il suffit de compulser les revues scientifiques internationales pour voir ce que font avec le même type de données d’autres assureurs publics ou privés aux USA et en Scandinavie par exemple.

Enfin, comme nous l’avons signalé plus haut, l’assurance maladie fait partie des nombreux acteurs publics contribuant à la démotivation des médecins libéraux. Là aussi, est à la manœuvre un corps de pompeux directeurs fiers d’eux-mêmes, formés dans la même école, endogamiques, irresponsables et inamovibles.

Autre domaine d’inefficacité flagrante, la politique de prévention : en matière de tabac et d’alcool, l’État est en position quasi mafieuse, puisque d’un côté il prétend vertueusement lutter contre « ces fléaux de santé publique » et que de l’autre il empoche discrètement les bénéfices des énormes taxes dont ils sont chargés.

Hystérie et confusion

Concernant l’obésité et l’alimentation la Santé Publique confond allègrement politique et pseudoscience et rêve tout haut d’imposer à l’industrie agro-alimentaire ce qu’elle doit fabriquer et vendre, puisque, c’est bien connu, le pauvre consommateur est incapable de décider lui-même comment remplir son caddie.

Voir par exemple la campagne hystérique visant à imposer le label « Nutriscore » sans évidence aucune (à Contrepoints nous avons bien regardé) que cet outil ait la moindre utilité. Voir aussi les recommandations de plus en plus pressantes des organismes de santé publique en faveur de l’alimentation biologique sans la moindre preuve scientifique d’un quelconque bénéfice pour la santé humaine.

Biopouvoir

Qui ne voit qu’il faut aujourd’hui renverser la tendance, reprendre le chemin de la liberté, celui de l’individu ?

Il faut passer de la politique à la science, du public au privé, du collectif à l’individuel, de l’irresponsabilité à l’exigence, de la rente à la concurrence, des corps d’État inamovibles au management, de l’emploi garanti à l’émulation, de la taxe à la vérité des prix. Il faut y venir dans tous les domaines de la santé : le savoir scientifique, les soins de ville, les hôpitaux, l’assurance maladie, la prévention, les produits de santé et les technologies etc.

Dans son Histoire de la sexualité Michel Foucault définissait le biopouvoir comme un type de pouvoir qui s’exerce sur la vie des corps et celle de la population, remplaçant peu à peu le pouvoir monarchique de donner la mort.

Nous autres libéraux, nous autres démocrates devons convaincre nos concitoyens qu’ils doivent choisir la liberté s’ils veulent sauver leur système de santé.

 

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