L’État ne doit pas intervenir dans le marché pharmaceutique

En intervenant, l’État fausse systématiquement le marché et empêche l’innovation.

Par Bill Wirtz. 

Mi-janvier l’OCDE a publié un rapport intitulé « New Health Technologies : Managing Access, Value and Sustainability », qui analyse les régulations pratiquées dans le domaine de l’innovation pharmaceutique. Ce rapport est tout à fait opportun quand il s’agit d’identifier les problèmes liés à l’intervention de l’État. Cependant, il ne parvient pas à en tirer les conclusions appropriées.

L’une des plus grandes démonstrations du succès de la « libre entreprise » reste le progrès réalisé dans le domaine de la médecine moderne. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale nous avons inventé un vaccin contre la tuberculose (1927), la défibrillation (1947), un vaccin contre la polio (1962), des antiviraux (1979), un vaccin contre l’hépatite B (1980), le clonage d’un mouton (1996), ou encore le premier œil bionique/artificiel (2007). L’innovation pharmaceutique apparaît à la fois comme une nécessité et comme une obligation morale que nous portons envers ceux qui souffrent de maladies incurables.

Un exemple contemporain est celui de la firme pharmaceutique Sanofi, dont le Dupixent a été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) le mois dernier – une entrée dans le marché qui représente plus de trois milliards d’euros et qui pourrait traiter l’eczéma atopique de millions de patients affectés.

Ces avancées dans la recherche pharmaceutique sont souvent lentes et difficiles. Nous devons donc faire tout notre possible pour la faciliter. Malheureusement, l’intervention étatique, destinée à assurer de façon bien intentionnée la sécurité des patients face aux nouveaux médicaments, réduit considérablement la marge de manœuvre des chercheurs. Le rapport de l’OCDE en témoigne parfaitement.

L’intervention des États n’est pas très utile

Le rapport de l’OCDE montre que le délai nécessaire à l’obtention d’une autorisation d’administrer un traitement varie entre 300 et 500 jours selon les pays (le délai le plus court au Japon, le plus long en Suisse et au sein de l’Union européenne) et que tous les pays membres tendent à faire des efforts afin d’accélérer leurs procédures.

En effet, l’OCDE reconnaît que la durée précédant l’émission des autorisations nécessaires aux traitements augmente le coût pour les patients :

Les efforts actuels devraient être concentrés sur la réduction des coûts associés. Les bénéfices de toute régulation devraient toujours être évalués par rapport aux coûts qu’elle engendre, à la fois en termes de délai d’attente pour les patients souhaitant accéder aux produits innovants, en termes de coûts pour les innovateurs et de frais administratifs.1

L’OCDE poursuit sa critique en affirmant que le manque de communication entre les États ralentit l’innovation : en coopérant davantage avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), des traitements légaux dans un pays pourraient le devenir plus rapidement dans un autre.

Les seules pratiques reconnues par le rapport comme ayant une influence positive sur le marché pharmaceutique sont les «Risk-Sharing Agreements», des accords de partages des risques, comme il en existe au Royaume-Uni et en Italie. En vertu de ces engagements, les laboratoires pharmaceutiques remboursent une partie ou même l’intégralité des traitements si la condition du patient ne s’améliore pas après un certain temps. Ainsi, les laboratoires sont évalués en fonction de leurs résultats.

Il semble vital que toute régulation appliquée au marché des nouveaux traitements fasse l’objet d’une véritable coopération entre l’ensemble des acteurs de l’industrie, dont les producteurs et les scientifiques, afin d’éviter la situation actuelle dans laquelle l’État participe à un travail d’équipe qu’il sabote de façon répétée.

L’État ne doit pas déterminer la valeur de la recherche pharmaceutique

Si l’État se permet de déterminer qui seront les gagnants ou les perdants de la recherche et du développement pharmaceutique, alors personne n’en profitera, et surtout pas les patients.

Le rapport de l’OCDE reconnaît la lenteur du processus concernant l’autorisation d’administrer des traitements, mais ne reconnaît pas l’influence néfaste du contrôle des prix : la mise en place de prix déterminés pour de nouveaux traitements ou produits diminuera l’innovation dans le secteur, puisqu’ils réduisent l’effet incitatif du profit.

Le professeur Darius Lakdawalla, enseignant dans le domaine pharmaceutique, expliquait dans le New York Times en 2015 que ces prix fixés par l’État pourraient réduire de 20% l’innovation relative aux traitements :

Ces contrôles de prix étoufferont l’apparition de nouveaux médicaments dans la mesure où les innovateurs passeront moins de temps à en développer puisque ces découvertes leur rapporteront moins d’argent.

L’exemple de l’Amérique du Nord est une belle illustration. Les Canadiens pratiquent ces contrôles de prix. En revanche ils profitent d’États qui interviennent moins dans ce domaine, au profit de l’innovation. Par conséquent, des milliers de Canadiens se déplacent aux États-Unis pour l’administration de traitements médicaux.

Le futur de la médecine est prometteur, ne le gâchons pas

Le passé regorge d’exemples de mauvaise gestion de la part de l’État dans la régulation du marché pharmaceutique, qui, malgré tout, a un avenir prometteur. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère où la médecine moderne est sur le point de guérir beaucoup de maladies, et d’éradiquer des fléaux qui touchent surtout les individus les plus pauvres. Le rapport de l’OCDE nous a donné des bons indices concernant les réformes à adopter. Nous devons cependant insister sur le fait que toute action de l’État doit se faire avec la communauté scientifique ainsi qu’avec les producteurs pharmaceutiques, afin de favoriser l’innovation dans le domaine de la santé.

  1. OECD (2017), New Health Technologies: Managing Access, Value and Sustainability, page 125, OECD Publishing, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264266438-en