5 fruits et légumes par jour : pourquoi ça ne marche pas

Depuis plus de 15 ans, les responsables de la santé publique expliquent qu’il faut manger 5 portions de fruits et légumes par jour. Pour que ça marche, il faudrait que l’État cesse de se mêler de tout et que chacun soit vraiment responsable de sa santé.

Par Richard Guédon.

En février dernier le Haut Conseil de la Santé Publique a rendu, à la demande du ministère de la Santé, un « Avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les adultes du futur Programme National Nutrition Santé 2017-2021 ». En clair il s’agit de faire évoluer les règles permettant de manger, et de bouger, dans des conditions optimales pour rester en bonne santé.

Ces normes, qui sont diffusées depuis 2001 dans le cadre d’un Programme National Nutrition Santé (PNNS), évoluent régulièrement pour suivre les nouvelles connaissances scientifiques, et aussi, nous le verrons, les modes politiques du moment.

Les nouveaux « repères » pour bien manger

Il est certain qu’une bonne alimentation est, toutes choses égales par ailleurs, un déterminant essentiel pour acquérir et garder la meilleure santé possible. La quantité calorique et la qualité nutritionnelle de nos repas permettent à notre organisme de contrôler son poids, de fonctionner au mieux et d’éviter nombre de cancers et de maladies cardiaques.

Quelques-uns de ces nouveaux conseils méritent d’être retenus : manger toujours plus de fruits et légumes, surtout des légumes, même si on en mange déjà 5 portions quotidiennes ; limiter la consommation de viande rouge et de charcuterie ; consommer tous les jours une poignée de fruits à coque sans sel ajouté (amandes, noix, noisettes, pistaches) ; manger au moins 2 fois par semaine des légumineuses (lentilles, fèves, pois, haricots) ; privilégier les céréales complètes etc.

Tout cela est bel et bon mais l’ensemble de cette démarche appelle un certain nombre de remarques.

Les structures publiques se marchent sur les pieds

En premier lieu on constate que, pour produire ces repères, il faut pas moins de 4 organismes publics ou para publics, qui semblent se marcher sur les pieds : la Direction Générale de la Santé est à l’origine de la démarche ; l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) est chargée de concevoir les repères en fonction des études médico-scientifiques ; le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) doit proposer une formulation de nouveaux repères pour les adultes en vue du 4ème PNNS 2017-2021 ; enfin l’Agence Santé Publique France élabore les messages à communiquer au grand public et aux acteurs de santé.

À noter que l’ANSES a fini ses travaux fin 2016, le HCSP en février 2017 et que, 6 mois après, on attend toujours les messages de « Santé Publique France » qui semble avoir tout son temps.

Le « bio » recommandé sans preuves scientifiques

Seconde remarque : les subtils équilibres écologico-socialistes du gouvernement précédent sont passés par là et l’on a tordu le bras des scientifiques pour leur faire écrire, pour la première fois depuis 2001, qu’il fallait consommer des aliments ayant reçu le moins possible de pesticides.

Il est intéressant de lire, dans l’avis du HCSP, que cette recommandation est donnée « au nom du principe de précaution », autrement dit qu’il n’y a aucune preuve scientifique pour étayer ce soi-disant « repère ».

Le bio est lui aussi déclaré préférable sans la moindre preuve. Comme pour l’homéopathie, remboursée sans preuves, comme pour les « perturbateurs endocriniens », accusés sans preuves, ou ces jours-ci, le soi-disant « scandale des œufs contaminés », là où  les écologistes passent, la rationalité trépasse.

15 ans de messages qui ne marchent pas

Troisième remarque, et non des moindres, ce lourd travail de communication publique ne marche pas. Le CREDOC, organisme institutionnel de recherche sur les modes de consommation, titre son bulletin « Consommation et modes de vie » de juillet 2017 « Fruits et légumes : les Français suivent de moins en moins la recommandation ».

Il précise que les jeunes générations mangent moins de fruits et légumes que leurs aînés et que « les Français qui respectent le moins cette recommandation sont toujours les individus vivant dans des familles de deux enfants ou plus, très peu diplômés et habitant plutôt dans la moitié nord de l’Hexagone. Dans les catégories défavorisées, le surpoids et l’obésité augmentent de nouveau en 2016, parmi les adultes comme parmi les enfants. »

Autrement dit, malgré plus de 15 ans de campagnes intensives, on constate un échec complet sur leurs axes principaux : l’augmentation de la consommation de fruits et légumes et la baisse de l’obésité chez les personnes à faibles revenus, les plus touchées.

En fait ces messages sont entendus, mais pas suivis : ce phénomène bien connu en marketing où connaissance du produit et intention d’achat sont des réalités bien différentes.

Les messages sur les produits alimentaires sont contre-productifs

Ceci n’est pas vraiment étonnant puisque 2 chercheuses françaises ont démontré dès 2012 que les bandeaux « consommez 5 fruits et légumes par jour » sur les boites de produits « plaisir » sont contre-productifs et poussent paradoxalement à la consommation de ces produits sucré et/ou gras réputés mauvais pour la santé.

On parle même d’effet « boomerang ». Cette étude, non démentie à ce jour, n’a entraîné, cinq ans après, aucun changement de communication et les bandeaux sont toujours là.

Le professionnalisme des grandes firmes alimentaires

Comment expliquer ces coûteuses absurdités ? Avec ces campagnes, la santé publique joue, si j’ose dire, dans la même cour que la grande industrie des produits alimentaires et elle ne fait pas le poids.

La sophistication et l’efficacité des outils du marketing d’aujourd’hui et leur force de frappe commerciale ne sont même pas imaginables par les non spécialistes que sont les responsables de la santé publique.

Aguerris par une concurrence féroce et mondialisée, les fabricants de céréales, de barres chocolatées et autres friandises ont une connaissance approfondie de leur consommateurs et de leur concurrence. Ils améliorent constamment leurs produits, pré-testent, testent, re-testent, ont des stratégies promotionnelles quasi scientifiques.

Santé publique : une communication vouée à  l’échec

La santé publique n’a ni les moyens ni la compétence de s’opposer à ces campagnes mais surtout, elle n’y est pas à sa place. Dans un système où l’État se prétend pilote omniscient de la santé de tous, il n’y a pas de solution et on ne peut qu’aller d’échec en échec.

La santé est avant tout un bien individuel

Il faut enfin considérer la santé comme ce qu’elle est, un bien précieux que nous possédons à titre personnel, que nous gérons comme nous l’entendons et pour lequel nous devons payer le vrai prix, comme nous sommes prêts à payer le vrai prix d’une tablette de chocolat pour le plaisir qu’elle nous donne.

Il nous faut pouvoir compter sur des professionnels de santé libres, eux-mêmes concurrents, que nous choisissons librement. Et comme ceux-ci, s’ils sont bons, ne peuvent qu’être chers, nous devons pouvoir mutualiser nos risques de santé avec des assureurs libres, eux-mêmes en concurrence.

Connaître le vrai prix de la santé

Quand nous serons en mesure de connaître vraiment les prix de notre santé, totalement faussés par l’omniprésence publique, chacun saura gérer sous sa propre responsabilité son rapport plaisir / risque et les messages de prévention auront enfin une chance d’être entendus, compris et suivis.