Le bio : ni vraiment bio, ni vraiment bon

Projet 365 by Nicolas Buffler(CC BY 2.0)

Malgré l’énorme pression sociale et médiatique qui martèle le contraire, il faut se rendre à l’évidence : le bio n’a aucun effet sur la santé des gens.

Par Richard  Guédon.

Étude après étude, malgré l’énorme pression sociale et médiatique qui martèle le contraire, il faut se rendre à l’évidence, le bio n’a aucun effet sur la santé des gens qui le consomment à grand frais. Pourtant, certains scientifiques entretiennent  la confusion.

L’état actuel des connaissances ne permet pas de conclure avec un niveau de preuve suffisant, fondé sur le consensus scientifique, sur un effet bénéfique de la consommation d’aliments « bio » pour préserver la santé de la population…

C’est la conclusion limpide d’un article paru dans le dernier numéro de « La Revue du Praticien », revue médicale française de référence sous le titre « Les aliments bio sont-ils meilleurs pour la santé ? »1.

L’auteur appartient au « Centre de recherche en épidémiologie et bio statistiques, Sorbonne-Paris-Cité (CRESS), équipe  de recherche  en épidémiologie nutritionnelle (EREN), Inserm U1153/Inra 1125/Cnam/ université Paris-13, Bobigny, France », où l’on reconnait les plus grandes institutions de recherches françaises : en santé humaine l’INSERM, et en agriculture l’INRA.

Mais il faut en manger quand même…

Une fois de plus l’examen rigoureux des dossiers par les experts les plus compétents démontre que l’alimentation bio n’a aucun effet sur la santé des gens qui la consomment à grands frais.

Pourtant ce scientifique ne peut être soupçonné d’appartenir à une obscure officine favorable à l’agriculture conventionnelle puisqu’il termine ainsi sa conclusion :

… toutefois comme cela est recommandé par le Haut Conseil de la Santé Publique, dans un principe de précaution et compte tenu des éléments liés à la protection de l’environnement, il est prudent de privilégier les produits végétaux issus de pratiques agricoles limitant les intrants synthétiques (engrais et pesticides).

En bon français : « Je vous prouve par A + B que le bio n’est pas meilleur pour la santé mais il faut en manger quand même ».

Pourquoi faire des études ?

Imaginons un instant que les études aient démontré une meilleure santé chez les consommateurs de bio, la recommandation pratique aurait été bien évidemment : « Gavez-vous de bio ».

Qu’on vous prouve ou non que le bio est meilleur pour la santé, on vous dit que c’est mieux d’en manger. Mais pourquoi dépenser de l’énergie et de l’argent à faire des études si la conclusion est connue d’avance ?

Pour en appeler au principe de précaution, on l’a noté, l’auteur ouvre le parapluie et, sans doute parce qu’il ne se sent pas très à l’aise, invoque l’autorité du Haut Conseil de la Santé Publique, organisme chargé de conseiller nos gouvernants sur les questions de santé.

Un principe bien confus

Celui-ci, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas à l’aise non plus sur ce sujet glissant. Dans son « Avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les adultes du futur Programme national nutrition santé 2017-2021 », il conseille de « privilégier les fruits et légumes, légumineuses et produits céréaliers  cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides (selon un principe de précaution) ».

Voici comment il justifie ce principe de précaution :

Le BIO est un mode de production limitant les intrants et constitue à ce titre un moyen de limiter l’exposition aux pesticides. Cependant, il ne permet pas d’éliminer totalement certains contaminants présents dans l’environnement (métaux lourds, dioxines, mycotoxines, pesticides organophosphorés, etc.).

Par ailleurs, le recours aux produits BIO est un élément complémentaire aux repères principaux de consommation, qui sont eux des critères de choix prioritaires : par exemple, pour les fruits et légumes, le repère de consommation est d’au moins 5 par jour qu’ils soient BIO ou non ; s’ils sont issus de l’agriculture biologique, c’est un plus. Un produit gras et/ou sucré, même BIO, reste un produit gras et/ou sucré.

Le bio : ni vraiment bio, ni vraiment bon

Si on comprend bien, le bio n’est pas bio puisqu’il contient lui aussi de nombreux contaminants, et, en plus, en manger ou pas n’est pas important sur le plan nutritionnel mais… il faut en manger quand même, à cause du principe de précaution.

Tout cela est si ridicule que le premier réflexe est d’en rire mais le rire s’évanouit dès qu’on réfléchit un peu.

En premier lieu, il y a là une énorme injustice pour les filières agricoles modernes dont la créativité et la productivité nourrissent des milliards d’êtres humains dans des conditions de sécurité jamais vues dans l’histoire humaine, à des prix incroyablement bas. Or, même devant l’évidence scientifique, on les stigmatise encore au nom du principe de précaution. Comment s’étonner que les agriculteurs soient malheureux et en colère..

Bio : mais où est la parole scientifique ?

Ensuite, il est malsain que des scientifiques se laissent aller à communiquer non seulement sur le beurre mais aussi sur l’argent du beurre.

Quand l’auteur de l’article de la « Revue du Praticien » conclut 1/ que le bio n’est pas meilleur pour la santé mais que 2/ il faut en manger quand même au nom du principe de précaution, la proposition 2/ est en trop.

Un scientifique fait une hypothèse : « Manger du bio permet-il d’être en meilleure santé ? » et y répond, au moyen d’une expérience, par oui ou par non. Son travail de scientifique lui impose de s’arrêter là et, s’il veut progresser, de construire une nouvelle hypothèse en fonction de ses résultats. Seule cette méthode lui permet de nous fournir du vrai.

Le bio, la parole politique et les scientifiques

Invoquer le principe de précaution n’est pas une posture scientifique, c’est une posture politique, et en l’occurrence une posture politique populiste : on me démontre 10 fois que le bio n’est pas bio, qu’il n’est pas meilleur pour la santé mais j’invoque tout de même le principe de précaution parce que je sais que mes électeurs ont peur de ce qu’ils mangent et que je ne veux surtout  pas les contredire, même avec une vérité.

Comment les scientifiques peuvent-ils être écoutés, crus et respectés s’ils endossent dans une même phrase la posture de la science et celle du politique ? Dans des sociétés qui prétendent dépasser les impératifs religieux, seule la science détient la légitimité de produire du vrai. Ce vrai est toujours questionnable par de nouvelles expériences scientifiques mais c’est le seul vrai sur lequel les êtres humains peuvent s’accorder, au moins pour un temps.

Conclusion : mangez ce que vous voulez

Aucun scientifique, même payé par l’État, ne doit courber l’échine devant les peurs millénaristes relayées par les politiques, il doit s’en tenir aux faits : à ce jour le bio n’est pas vraiment bio, et il n’est pas spécialement bon pour la santé. Un point c’est tout.

Avant de reprendre la parole, le scientifique devra formuler une nouvelle hypothèse et la vérifier au moyen d’une nouvelle expérience. On l’attend, mais d’ici là on casse la croûte comme on l’entend, bio ou pas bio.

  1.  Larevuedupraticien Vol. 68 _ Février 2018, p 134,135, 136.